Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Avril 1942, un policier collabo décrit de l'intérieur la Gestapo à Berlin

4e de couverture :

- "Exhumé des archives de l'épuration, voici le " rapport " Sadosky, ou comment un policier des RG, collaborateur exemplaire, découvre le quotidien de la Gestapo à Berlin en 1942.Un témoignage de première main. La confession d'un " bourreau ordinaire " sur l'appareil de répression nazi et l'extermination des juifs d'Europe.


Le 2 avril 1942, dans le cadre d'une obscure affaire d'espionnage, Louis Sadosky est arrêté par les Allemands et transféré dans la capitale du Reich. Revenu en France deux mois plus tard, il rédige d'une traite le compte rendu de cette incroyable odyssée au cœur du nazisme.


Dès son arrivée à Berlin, il subit les terrifiants interrogatoires " psychologiques " mis au point par la Gestapo. Mais ses geôliers comprennent rapidement qu'ils ont affaire à un " bon collaborateur ". Sadosky se lie à un sous-officier SS qui lui fait visiter le quartier juif de Berlin et lui apprend qu'Adolf Hitler a décidé d'exterminer l'ensemble des juifs d'Europe... II finit son séjour en invité choyé par une Gestapo qui lui enseigne ses méthodes de travail. De retour à Paris, Sadosky jouera jusqu'à la Libération un rôle actif dans la traque des juifs.


Un témoignage fondamental, présenté et annoté par Laurent Joly, sur le quotidien et les procédés de terreur de la police nazie.

Chargé de recherche au CNRS (CRHQ-Caen), Laurent Joly a notamment publié Vichy dans la " Solution finale ". Histoire du commissariat général aux Questions juives (1941-1944), Grasset, 2006."


Avertissement :

- "Cet ouvrage présente le rapport inédit de Louis Sadosky, brigadier-chef aux RG, sur sa détention à Berlin au printemps 1942. Destiné à ses supérieurs à la préfecture de Police, ce compte rendu détaillé de ses cinq semaines passées dans la capitale du Reich a été retrouvé par nos soins dans le dossier judiciaire de Sadosky aux Archives nationales."


Laurent Joly.

Pascal Riché :

- "C'est un document très étonnant et dérangeant que publie CNRS Editions sous le titre « Berlin 1942, le voyage d'un collabo au coeur de la Gestapo », présenté par l'historien Laurent Joly.


Un court récit, très détaillé, à mi-chemin entre le journal intime et le PV de police, d'un séjour forcé à Berlin, dans les salles d'interrogatoire de la Gestapo.


L'auteur est un flic des RG, un peu trouillard, un peu fragile, un peu salaud, très ordinaire : le visage de cette « banalité du mal » que Hannah Arendt a si bien su décrire.


Louis Sadosky a été arrêté par des policiers SS au début du mois d'avril 1942, ainsi que son ancien chef, Christian Louit, et embarqué en train vers l'Allemagne. La Gestapo s'intéresse à un agent polonais qui a été leur informateur.


Là-bas, les deux hommes, qui ne cessent de se chamailler, passent par diverses épreuves psychologiques et interrogatoires, avant d'être raccompagnés en France un mois plus tard. Au passage, Sadosky est informé des techniques et méthodes de la Gestapo.


Christian Louit sera arrêté de nouveau quelques jours après, et passera le reste de la guerre dans les geôles allemandes. Sadosky s'occupera tranquillement du « rayon juif » des RG."


Rue89, 17 octobre 2009.


Premières lignes du "rapport Sadosky" : -"...pensant qu'il devait être encore question de Juifs, je ne m'en souciais pas plus..."

Louis Sadosky, 10 avril 1942 :

- "{Préfecture de Police de Berlin} Le cantinier m'apporta un grand demi de bière et, dans une soucoupe, que l'on me tendit, étaient disposées trois cigarettes qu'on me pria a de prendre et de fumer(...).


Vers 12h45, nous fûmes (...) conduits dans les bureaux de la Gestapo (...).
Par le truchement de l'interprète, le capitaine {Klein} nous indiqua que la Gestapo n'était pas en réalité l'organisme tel qu'il était représenté par les Juifs et par les Anglo-Saxons.


Il nous expliqua qu'il était formellement interdit d'exercer aucun sévice sur un prisonnier, quel qu'il soit, sous peine, pour les auteurs, d'un internement temporaire d'au moins cinq ans. Que les fonctionnaires de la Gestapo avaient pour devoirs et obligations de conduire, mener ou traiter une affaire avec la plus stricte objectivité, et il ajouta : "Les gens qui entrent ici ont toujours quelque chose à se reprocher, aussi peu en sortent. Mais ceux qui n'ont vraiment rien à se reprocher, alors ceux-là en sortent, car la Gestapo ne recherche que la vérité simple, dans chaque chose et chaque affaire (...).


Nous vous demandons de nous dire toute la vérité, et de nous dire tout ce que vous savez. Nous ne vous demanderons rien en ce qui concerne vos camarades ou collègues de votre administration. Nous ne vous demanderons rien également en ce qui concerne des Français, mais nous vous demanderons tout en ce qui concerne des Allemands, des Autrichiens, des Tchèques, enfin tout ce qui concerne "les cochons" qui ont trahi ou vendu leur pays, tous ces Juifs, ces émigrés, ces politiciens qui s'étaient réfugiés dans votre pays et qui, en fin de compte, trahissaient même le pays qui leur donnait asile."
(PP. 81 à 84).

17 avril 1942 :

- "Vers midi (...), on m'emmena dans un grand restaurant situé Koënigstrasse, à l'enseigne "Pilsator" (...) un très grand restaurant moderne où l'on sert, m'a-t-on dit, journellement près de 30 000 repas.


Nous fûmes, ce jour-là, très favorisés. On nous servit une soupe, un plat de poisson (cabillaud), un légume, 50 gr de pain, et une sorte de gâteau de semoule avec un sirop ersatz, parfumé à la framboise.


Après ce déjeuner, nous revînmes assez rapidement au bureau où mon interrogatoire reprit.


Jusque vers 16 heures, celui-ci porta sur mon activité au sein de la colonie allemande anti-hitlérienne de Paris, et sur des relations que j'avais eues avec des membres de cette colonie. A la fin de cet interrogatoire on m'invita, comme à l'habitude, à fournir des rapports écrits."
(P. 113).

21 avril 1942 :

- "Vers 15 heures, (...) on nous laissa un moment seuls (...). {M. Louit, ancien chef de Sadosky} me traita de "bavard" et puis, ajouta-t-il, vous écrivez de trop, faites comme moi, me dit-il, répondez à côté et écrivez peu (...). "C'est bien fait ce qui vous arrive, quand on est comme vous un collaborateur, vous n'avez pas à vous en plaindre et vous saurez bien vous débrouiller".


Mais, lui répondis-je, je ne suis pas plus collaborateur qu'avant. J'ai des chefs, j'exécute ce qu'ils me commandent ou m'ordonnent, et voilà tout (...).


D'un côté je passe pour être pro-juif, et de l'autre je passe pour un anti-juif.


Non, mon cher, me dit M. Louit, "vous passez surtout pour "martyriser les juifs", et là-dessus, je suis renseigné."
(PP. 122 à 125).

1950 : détail d'une fiche d'interdiction de séjour au nom de SADOSKY Louis (DR).

25 avril 1942 :

- "Il reste encore à Berlin, nous ont confié les inspecteurs, 63 000 Juifs allemands, mais, ajoutèrent-ils, chaque jour des convois de Juifs sont formés à destination de l'est, et nous pensons, dirent-ils encore, qu'en 1943, il ne restera plus un seul Juif à Berlin. Mais où les conduit-on, demandais-je.


Dans le gouvernement général {en Pologne}, me répondit-on.


Alors, dis-je, le gouvernement allemand n'aurait-il pas l'intention de créer dans le gouvernement général un ghetto universel.


Oh, non, me répondit-on, ce n'est pas l'intention du chancellier Hitler, mais au contraire celle de la destruction complète et à jamais de la race. Dans le Gouvernement général, les Juifs ne vivent pas longtemps."
(PP 137-138).

Devenu début 1943 le chef du "Rayon juif" des Renseignements Généraux, Louis Sadosky sera arrêté le 19 août 1944.


S'il est condamné aux travaux forcés le 12 janvier 1946, Louis Sadosky aura ensuite sa peine réduite à dix années de réclusion. Sa libération conditionnelle interviendra dès septembre 1950. Le président de la République le grâcie en avril 1952. Il ne restait plus qu'à rétablir ce collabo dans ses droits, ce qui ne tarda pas.


Par contre, Christian Louit que Sadosky accable auprès de la Gestapo mais aussi dans son rapport, sera le dernier fonctionnaire déporté de la préfecture de Police à rentrer d'Allemagne. Il a perdu quarante kilos en trois ans de captivité.


Christian Louit prendra sa retraite en 1957 comme sous-directeur à la direction de la PJ.


motsaiques.blogspot.com/2010/04/p-264-avril-1...

Commenter cet article