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Archives - Il fut l’un des responsables de la Gestapo en France. Puis un agent zélé des dictatures militaires d’Amérique latine. Le film Mon meilleur ennemi retrace l’itinéraire de Klaus Barbie jusqu’à son procès. Henry Rousso l’a vu pour nous.

 



Entretien avec Henry Rousso , directeur de recherches au CNRS.


L’Histoire : Que pensez-vous du documentaire de Kevin Macdonald ?


Henry Rousso : Ce film se comprend dans le contexte de l’après-11 Septembre et de la guerre en Irak. Il est très critique vis-à-vis de Washington qui a utilisé les services de Barbie après la guerre. Plus même qu’à l’égard des réseaux nazis ou du régime bolivien qui l’a accueilli. Il dénonce les pratiques des services de renseignements américains et livre finalement une accusation convenue sur les turpitudes des démocraties …

En dépit de cette approche assez naïve, ce documentaire restitue bien l’itinéraire de l’homme, avec des images d’archives ou des témoignages parfois saisissants, sans avoir cependant la force d’Hôtel Terminus de Marcel Ophuls (1988). Surtout, il permet de percevoir un peu mieux la personnalité de Barbie, sa volonté de survivre, physiquement mais aussi politiquement et socialement, en restant fidèle pendant toutes ces années à l’idéologie nazie. Comme la plupart des anciens SS, il n’a jamais eu le moindre doute ni le moindre remords.

L’H. : Partons de ses années de guerre, à Lyon.

http://www.cinemovies.fr/images/data/photos/G14135465162568.jpgH. R. : Klaus Barbie a fait sa carrière dans la SD (service de renseignement de la SS) où il a fait la preuve de ses compétences policières. Ce n’est donc pas par hasard qu’il est envoyé à Lyon en novembre 1942, quelques jours après l’occupation de la zone libre par les Allemands : la lutte contre la Résistance y devient essentielle. Barbie est l’un des responsables de la Gestapo (ou plus exactement du Sipo-SD), chargé d’éradiquer la Résistance, mais aussi d’arrêter et déporter les Juifs.

Ce qui le distingue des autres, c’est d’abord les succès qu’il a rencontrés. C’est l’homme qui a arrêté Jean Moulin. Autre trait saillant : Barbie a très vite eu une réputation d’extrême brutalité, de sadisme. Dans l’environnement de la violence du front est, ses méthodes de torture, sa cruauté seraient passées inaperçues. Dans le contexte du front ouest, elles frappent les esprits. De ce fait, Barbie a été craint. Il a d’ailleurs été inscrit sur la liste des criminels nazis établie pendant et après la guerre par les Alliés.

L’H. : Comment expliquer qu’en 1947 il soit recruté par des services de renseignements américains ?

H.R.: Par le contexte de la guerre froide-ce que sous-estime le réalisateur. Les États-Unis se sentent en guerre, la peur d’un nouveau conflit est considérable. Barbie, comme bien d’autres nazis, fait figure d’expert de la lutte anticommuniste1. Son emploi par les services américains n’est pas une révélation. En 1983, juste après l’extradition de Barbie, un rapport officiel rendu par Allan Ryan faisait déjà le point assez précisément sur cet épisode.

L’H. : Barbie, sous le nom de Klaus Altmann, trouve finalement refuge en Bolivie en 1951…

H. R. : Oui, et son rôle y a été important. Klaus Barbie avait en effet des réseaux, un savoir-faire et une motivation idéologique : la lutte contre les communistes mais aussi les démocrates.

S’étant mis au service des dictatures militaires, il a aidé à mettre sur pied des agences de renseignements, formé à ses techniques d’interrogatoire, de torture, etc. Il savait pénétrer les réseaux, démanteler les organisations clandestines, faire parler les gens… C’est l’époque du combat contre la guérilla communiste menée par Guevara – tué en Bolivie.

L’H. : Pendant ce temps, Serge et Beate Klarsfeld ont retrouvé sa trace.

H. R. : En mars 1972, Beate Klarsfeld et Ita Halaunbrenner (dont les deux filles ont été raflées dans la maison d’Izieu et le mari ainsi que le fils aîné arrêtés par Barbie), entreprennent un voyage en Bolivie ; elles vont réclamer, en vain, l’extradition de Barbie, alias Altmann. C’est le début des formes d’action collective reposant sur la médiatisation.

Les images de ce périple restent d’ailleurs très fortes.

A cette époque, la Seconde Guerre mondiale et la Shoah ne sont pas dans l’actualité. C’est avec l’action des Klarsfeld ou de Simon Wiesenthal, autre « chasseur de nazis », que la poursuite et l’éventualité de procès contre ces criminels deviennent des problèmes publics. Ils réussissent, avec des méthodes nouvelles à l’époque, à sensibiliser l’opinion à des questions qui n’intéressaient plus personne.

Dans le cas de Barbie, cela a pris dix ans avant que leur démarche aboutisse. Il a fallu que s’additionnent les volontés politique et judiciaire à la volonté policière. En France, l’élection de François Mitterrand en 1981 a joué un rôle : Robert Badinter, le garde des Sceaux, Régis Debray, conseiller du président, ainsi que Jean-Louis Bianco, secrétaire général de l’Élysée, ont été très actifs dans l’arrestation de Barbie.

En Bolivie aussi le climat avait changé. En 1982, Siles Zuazo est élu président par le Parlement et met fin à la dictature militaire. Pour une démocratie qui veut réintégrer la scène internationale, il devient difficile de continuer à protéger un ancien nazi.
Finalement, Barbie est extradé en 1983. Son arrestation et son procès ont un retentissement mondial.

http://grands.criminels.free.fr/barbie_fichiers/barbie_images/barbie_verges.jpgL’H. : Le procès Barbie s’est tenu il y a vingt ans. Quel regard portez-vous sur cet événement ?

H. R. : D’abord, pour moi, ce moment cristallise et résume toute l’évolution de la perception de la Seconde Guerre mondiale. Barbie est emblématique du changement du rapport que les sociétés entretiennent à l’égard de la guerre et de la Shoah. L’accent qui a longtemps été mis sur les résistants est désormais porté sur les victimes juives. C’est à ce moment qu’apparaît ce qu’on a appelé la « concurrence des victimes »2. Et on peut d’autant mieux l’observer avec Barbie qu’il a commis des crimes à l’égard de ces deux groupes.

La question se pose très concrètement lors de l’instruction. Sur quoi va reposer l’accusation ? Va-t-elle tenir compte des résistants ? N’oublions pas que seule l’inculpation de crime contre l’humanité peut être portée, elle seule étant imprescriptible. La Cour de cassation, en 1985, intègre les résistants parmi les victimes possibles de crime contre l’humanité – une décision à mon sens plus politique que juridique. Et les résistants seront représentés à la barre. Ils seront en revanche absents lors des procès suivants, ceux de Touvier et de Papon.

Autre difficulté : il faut que la notion d’imprescriptibilité passe l’épreuve d’une procédure et d’un procès effectif. Incluse en 1964 dans le droit pénal français, l’imprescriptibilité avait permis une première plainte pour crime contre l’humanité contre Touvier, en 1973, et une première inculpation, contre Leguay, en 1979. Mais aucune procédure n’avait encore été menée à son terme. Il y avait donc certaines craintes sur la solidité de l’inculpation. Il faut mettre au crédit du procureur général Pierre Truche d’avoir su tenir le procès dans un cadre juridique très strict. Quant à la défense de l’avocat Jacques Vergès, elle a eu bien moins d’impact que ce que l’on a prétendu.

Au final, je pense que le procès a inégalement rempli ses missions. D’abord une mission de justice : elle a été remplie, un criminel est mort en prison ; ensuite une mission mémorielle, elle aussi remplie, le procès permettant la focalisation sur ces crimes ; enfin une mission didactique. C’est sur ce point que je suis le plus sévère. Pour moi – et je n’ai pas changé d’opinion –, le prétoire n’est pas le lieu pour dire l’histoire ; c’est là où s’affrontent deux argumentations contradictoires, utilisant un arsenal juridique – très loin de la construction de faits historiques. Le procès peut même conduire à une désinformation historique.

Reste que le procès Barbie, comme « procès-spectacle », a joué son rôle. Le fait qu’il ait été filmé a permis d’en faire un instrument éducatif et un corpus historiographique. La force des témoignages qui s’y font entendre est extraordinaire : la violence d’une mère blessée (Ita Halaunbrenner), la souffrance intacte, quarante ans après, de la résistante Lise Lesèvre torturée par Barbie…

(Propos recueillis par Héloïse Kolebka.)

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Autour de Klaus Barbie :


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Mémoires de justice : barbie, touvier, papon

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Quand la france payait klaus barbie ? Révélations de paul

 

 

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  2. Dailymotion - montage sur procès klaus barbie - une vidéo Actu et ...

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  3. Dailymotion - Le procès Klaus Barbie... en dvd! (Lyon) - une vidéo ...

    www.dailymotion.com/video/xib3hi_le-proces-klaus-barbie-en-dvd-lyon...2 mn - 20 avr. 2011
    Sites webs/blogs, copiez cette vidéo avec le bouton "code embed" ! Si vous voulez télécharger, allez sur http://myreplay.tv/v/GgijscP5 . Klaus ...
     
  4. Vidéo Ina - [Condamnation à perpétuité pour Klaus Barbie], vidéo ...

    www.ina.fr/.../video/.../condamnation-a-perpetuite-pour-klaus-barbie.fr.h...2 mn - 4 juil. 1987
    Après huit semaines de procès, Klaus Barbie, a été condamné hier soir à la prison à perpétuité. Il a été reconnu coupable de 17 crimes sans ...
     

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