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http://i.ebayimg.com/00/s/NjU3WDQ1NQ==/$%28KGrHqJHJCQE-d!UNZPCBPvPhft2jg~~60_35.JPGUne historienne américaine passionnée par la Belle Epoque. Jeanne Hugo, Léon Daudet et Jean- Baptiste Charcot, trois vies intimement liées, trois destins croisés, un milieu bouillonnant d'intellectuels, artistes et scientifiques. Voici les ingrédients d'un récit fourmillant de personnages et d'arrêts sur image, la fleur d'une jeunesse dorée, un livre à dévorer comme le Roman de la Belle époque.

 

La France de la IIIe République à travers les destins croisés de Jeanne Hugo, Léon Daudet et Jean-Baptiste Charcot, tous trois nés dans les années 1860 et héritiers, nés de familles célèbres très liées. L'auteure décrit les événement de l'époque : l'affaire Dreyfus, le scandale de Panama, la mort de Jaurès, la découverte de l'Antarctique ...

 

Le fils d'Alphonse Daudet, la petite-fille de Victor Hugo, le fils du professeur Charcot : Léon, Jeanne et Jean-Baptiste sont tous trois les héritiers des plus grands noms du XIXe siècle, la fleur d'une jeunesse dorée qui a grandi sous les yeux admiratifs, médusés et jaloux de leurs contemporains. Trois vies intimement liées : nés dans les années 1860, ils ont évolué dans le même milieu d'écrivains, de scientifiques et d'admirateurs ; enfants, ils ont joué ensemble, jeunes gens ils se sont aimés. Des trois, Jeanne est la seule qui a vécu avec orgueil, jusqu'au bout, le bonheur de sa condition : être la petite-fille de Victor Hugo, la joie du vieil homme, celle pour qui le poète avait écrit L'Art d'être grand-père. Léon et Jean-Baptiste, eux, se sont inventé un destin propre : Léon vivant mille vies en une, entre littérature, journalisme et politique ; Jean-Baptiste embrassant l'océan, l'exploration des mers et des continents.

Parce que leur existence s'est déroulée sous les feux de la rampe, Kate Cambor nous fait entrer, avec ses personnages, dans la chair même de leur époque. Les dîners littéraires réunissant Daudet, Flaubert, Zola, Tourgueniev et Goncourt, les leçons spectaculaires de Charcot père à la Salpêtrière, le mariage si couru de Léon Daudet et de Jeanne Hugo, le scandale de Panama, l'affaire Dreyfus, les aventures du Pourquoi-Pas ?, le vaisseau de Jean-Baptiste Charcot, sa mort tragique en mer... Fourmillant de personnages et d'arrêts sur image saisissants, le livre de Kate Cambor se dévore comme un film, comme un roman... le roman de la Belle Époque.

 

Belle Epoque

Kate Cambor

Kate Cambor
traduit de l'anglais par Laurent Bury
Flammarion , Paris
collection Essais
Parution :  août 2009

L’historienne américaine Kate Cambor publie un premier livre étonnant intitulé « Belle époque ». S’il est vrai qu’une bonne idée peut aboutir à un bon livre, il faut reconnaître à l’auteur un regard certain et original pour aborder une époque sur laquelle on a déjà beaucoup écrit. Son angle ? S’intéresser à trois descendants de personnes célèbres pour saisir une époque et en même temps s’interroger sur la façon dont ils ont pu vivre cette brillante ascendance.

Trois personnages pas ordinaires


Les trois personnages ne sont pas n’importe qui : on croise ainsi Léon, le fils d’Alphonse Daudet, Jean-Baptiste, celui du célèbre médecin Charcot et Jeanne, la petite fille de Victor Hugo. Ils ne sont pas choisis au hasard puisque leurs destins sont intimement liés. Il s’agissait en tout cas du « haut du panier » puisqu’ils passaient leurs vacances « dans les villégiatures européennes les plus en vue ». Alors certes il s’agit bien du destin de trois personnages d’une certaine société, mais l’auteur évite habilement un aspect « people » en les enchassant dans leur époque et ne s’appesantissant pas sur les prestigieuses réunions auxquelles par exemple Léon a pu assister étant enfant. A la maison, il pouvait croiser Zola ou Flaubert ! Leurs histoires s’entremêlent aussi puisque les deux garçons seront successivement les époux de Jeanne Hugo. On suit ce qui ressemble à l’ascension de ces trois personnages. Léon et Jean-Baptiste se retrouvent à l’école de médecine. Mais le premier nommé échoue. Il se tourne alors vers la littérature jusqu’à devenir la plume fielleuse de Charles Maurras. Lorsque Jeanne Hugo et Léon Daudet se marient en 1891, c’est un véritable événement. On a un peu du mal à imaginer que cette union occupa alors le devant de la scène.


Sombres destins


On ne peut pas reprocher à l’auteur d’avoir choisi des histoires glamour. Pour s’en rendre compte, on peut prendre l’exemple des Daudet. On découvre un Alphonse rongé par la maladie et qui dut en permanence faire des efforts pour apparaître en public. Philippe, le fils de Léon se suicida et cet épisode alimenta toute une affaire. On a oublié qu’elle tint en haleine la France et que chacun y allait de son avis. Le fils de Léon Daudet appartenait à la mouvance anarchiste. Son père refusa toujours de croire au suicide et pencha pour l’assassinat. Léon, ce porte-parole de l’action Française, déplaça ensuite le combat à la chambre des députés. Finalement un procès s’ouvrit en 1925 qui offrit à Léon une tribune de choix. Ce suicide était une marque d’infamie pour celui qui incarnait notamment l’attachement à l’église par exemple. Le destin de Jean-Baptiste Charcot, lui, fut de disparaître à 69 ans au large de l’Islande, lors de ce qu’il veut être son dernier voyage. On ne s’intéresse alors plus guère à celui qui fut pourtant considéré comme le plus grand connaisseur du monde polaire. Jeanne, enfin, connut plusieurs mariages, et elle fut selon l’auteur « une enfant gâtée, puis une mondaine adorée pour sa beauté et son élégance, presque autant que pour son nom illustre ». A l’issue du livre, on perçoit mieux le décalage qu’ont dû ressentir ces trois personnages. Elle le résume d’une formule lapidaire : « Ils ont grandi à l’époque où les voitures à chevaux circulaient dans Paris et ils sont morts alors que les avions s’emparaient du ciel ». Néanmoins ce sentiment n’est-il pas celui de toutes les générations face aux précédentes ?


La Belle époque à travers leurs yeux


Elle souligne fort justement qu’ils font partie d’une génération qui n’a connu ni « révolution, ni barricade, ni bain de sang » . En quelques pages Kate Cambor donne vraiment à comprendre ce que fut l’aura de Victor Hugo et suggère le poids que cela représenta pour ses descendants. Le grand homme et ses frasques amoureuses n’est pas épargné, mais il n’est pas non plus accablé. Son enterrement officiel marqua vraiment un moment clé dans l’histoire de la III eme République. L’auteur nous restitue donc toute l’ambiance de ces années. On navigue aussi parmi l’affaire de Panama ou encore l’affaire Dreyfus. Mais la force de ce livre, c’est sans doute aussi de mettre l’accent sur des moments de débat, de discussion comme l’affaire Philippe Daudet qui sont passées aux oubliettes de l’histoire. C’est toujours au détour du récit que Kate Cambor glisse des remarques qui disent beaucoup. Ainsi pour la guerre de 1914, elle souligne que plus de mille français sont morts chaque jour, soit près d’un homme sur cinq qui a été mobilisé.

 

Ecrire l’histoire autrement


On aura compris à travers déjà plusieurs remarques qu’il s’agit là d’un livre d’histoire difficile à classifier. Les esprits chagrins pourraient déplorer une tendance parfois à la digression, mais cela s’explique par une manière particulière d’aborder le récit. En effet, il ne s’agit pas d’un livre d’histoire classique même s’il y a plus de vingt pages de références. Cependant, afin de ne pas alourdir la lecture, elles ne se retrouvent pas en notes de bas de page. On pourrait l’assimiler à un roman, mais l’ampleur du travail de référence n’incite pas à pencher de ce côté, tout comme l’abondante bibliographie. On pourra donc être étonné par cette manière d’écrire l’histoire, utilisant le présent comme temps de narration, mais reconnaissons un plaisir certain de lecteur. Ce n’est pas si souvent que l’on chemine avec intérêt avec des personnages pour lesquels on n’a pourtant pas d’attirance particulière. Incontestablement un livre à lire pour le tableau qu’il dresse de la Belle époque ou pour s’interroger, preuve à l’appui, sur une autre écriture de l’histoire.

 

lundi 12 octobre 2009, par Jean-Pierre Costille


 

Romans - Essais - Polars - Thrillers (68)

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