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Repaire des Apaches et de Casque d'or, Belleville a longtemps souffert d'une fort mauvaise réputation. Aujourd'hui les associations locales et le dynamisme des architectes l'ont métamorphosé. Visite guidée.


En 1860, au moment du rattachement des communes suburbaines à Paris, Belleville tenait le rang de deuxième ville d'Ile-de-France : 60000 habitants qui jouissaient d'une réputation douteuse, et plus que centenaire(1). C'était ici, dans le cabaret à l'enseigne du « Pistolet », rue des Couronnes, que le brigand Cartouche avait été arrêté en 1721(2). Si les Parisiens se rendaient en masse place du Combat, c'était pour assister à des batailles d'animaux d'une rare violence. Et la fameuse « descente de la Courtille », au moment du carnaval, se déroulait sous forme de farandoles endiablées qui ne ressemblaient en rien aux danses pratiquées par les personnes « convenables ». Là se déchaînaient « les plus bas instincts de notre nature déchue » , selon un moraliste de l'époque... A cela s'ajouta une crainte nouvelle, sociale et politique celle-là. C'est à Belleville, où il fut candidat aux élections législatives de 1869, que Gambetta présenta son programme républicain, véritable charte du radicalisme : suffrage universel, libertés individuelle, de réunion, d'association et de la presse, séparation de l'Église et de l'État, instruction primaire gratuite, laïque et obligatoire... Élu, il siégea parmi les opposants au Second Empire. En 1871, les Bellevillois participèrent en première ligne aux événements de la Commune, cette insurrection révolutionnaire qui fit suite à la défaite française face à la Prusse. Contre le Paris bourgeois de l'Ouest se souleva le Paris populaire de l'Est, Montmartre, Ménilmontant et Belleville, où se ...

Souviens-toi de Belleville...

Par Roger-Henri Guerrand
publié dans L'Histoire n° 247 - 10/2001  Acheter L'Histoire n° 247  +

Biographie de Roger-Henri Guerrand

Roger-Henri Guerrand était spécialiste de l'histoire de la vie quotidienne en milieu urbain.
Il avait notamment publié : Les lieux : histoire des commodités et Le confident des dames : le bidet du XVIIIe au XXe siècle.





http://www.lexpress.fr/images/jaquettes/14/9782842300814.gifWilly Ronis, bientôt 90 ans, est un humaniste qui a toute sa vie photographié les petites gens avec tendresse.


L'immeuble du vingtième arrondissement n'a guère de charme. L'ascenseur sent un peu la soupe aux poireaux mais, lorsqu'il se hisse poussivement au dernier étage, la lumière du ciel parisien et le sourire gentleman de Willy Ronis effacent aussitôt toute cette banalité. Il y a de quoi être impressionné par la moustache fine et blanche, l'élégance discrète et la langue châtiée de ce photographe qui, depuis plus de cinquante ans, raconte la vie quotidienne des hommes de la rue avec de l'amour au coin de l'?il et du respect amical pour tous ceux qu'il croise et qu'il photographie. Installé derrière son bureau, les mains bien à plat sur son grand agenda, Willy Ronis répond posément aux questions, et dès qu'on se penche sur une photo particulière, tirée de la réédition de son Belleville Ménilmontant, les souvenirs reviennent. L'enthousiasme joyeux est le même qu'en 1947, lorsqu'un ami peintre lui fait découvrir le quartier. Chaque photo lui raconte une histoire.


La jeune femme qui entrouvre le rideau de son meublé à Ménilmontant, qui attend-elle, belle comme une héroïne d'un film de Marcel Carné? Et cet homme à la valise qui reprend son souffle avant d'affronter les escaliers, d'où vient-il? «Cette question-là, je me la posais justement lorsque je me trouvais avec Didier Daeninckx. Il m'a dit qu'il allait me piquer l'idée pour écrire le récit accompagnant les photos», s'amuse Willy Ronis. Et l'écrivain, interrogé à son tour, confirme à la fois son inquiétude à rédiger une histoire autour de photos qui parlent d'elles-mêmes et à succéder à Pierre Mac Orlan, le précédent préfacier. «Mac Orlan n'était pas de Belleville, il connaissait surtout Pigalle. J'ai eu envie de demander à Didier Daeninckx - que je connaissais bien et dont j'appréciais le travail - d'écrire pour cette nouvelle édition», reprend le photographe.


Cette envie de se consacrer au quotidien est née avec le désir de la photographie.


«Je n'étais ni un agité ni un voyageur. Je n'ai jamais été l'homme du scoop, j'aime la permanence, pas le fugace.» Pour exprimer sa vision des choses, Willy Ronis s'attache à cinq mots: patience, réflexion, hasard, forme et temps. Lorsqu'on lui demande d'illustrer ces mots clés, ses mains s'agitent, cherchent la photo qui raconte l'histoire idéale. Cette scène de marché où l'artiste se place, remarque un premier plan idéal - quelques hommes qui se reposent -, tout y semble parfait. Mais Ronis n'appuiera qu'à l'instant où une femme affairée glissera dans le champ, le regard lointain, tenant fermement son cabas, le corps en avant.


Le hasard, c'est une silhouette qui passe, un vélo, une voiture. Le hasard est toujours attendu par le photographe. La réflexion, autre mot incontournable, c'est cette recherche du bon point de vue lorsqu'une situation est assez stable pour qu'il puisse prendre son temps. Comme cette photo prise au cours d'une grève d'ouvriers. Ronis raconte, en le mimant, comment il s'est hissé sur un vélo pour saisir la scène de plus haut, attraper tous les visages fermés, tendus vers le représentant syndical qui s'explique avec ardeur. Quant à la forme, Willy Ronis reprend la phrase de Victor Hugo - «quand le fond remonte à la surface» - pour expliquer ce principe fondamental, ce refus de l'image sans contenu, de la gratuité simplement jolie.


Certes, il a fait de la photo de mode à l'époque où Edmonde Charles-Roux dirigeait Vogue. «Je choisissais les mannequins, précise-t-il avec un brin de fierté.» Sa récente rétrospective au Pavillon des Arts rappelle à quel point cet homme n'a jamais dévié de ses convictions artistiques. Aujourd'hui, il s'émeut de voir qu'un jury d'adolescents l'a élu pour une exposition à Nancy; qu'une fillette de douze ans l'a interviewé sur son travail. L'homme sort moins qu'autrefois dans les rues parisiennes, l'appareil en bandoulière. «Je traverse moins vite la rue quand je vois quelque chose d'intéressant à photographier», regrette-t-il. Jurerait-il que l'heure de la retraite a sonné, celui qui aura quatre-vingt-dix ans en l'an 2000? Les expositions qu'il prépare seul dans tous les pays du monde occupent l'essentiel de son temps, mais il trouve toujours un moment pour repartir à la découverte de la vie.

Photographe des rues

Par Lire, publié le 01/06/1999

  • Livre: Belleville Ménilmontant

  • Auteur: Willy Ronis et Didier Daeninckx

  • Éditeur: Hoebeke

www.lexpress.fr/culture/livre/photographe-des...

 

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