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Archive de presse - Si l’on connaît bien le Charlie Hebdo des années 2000, notamment grâce aux coups médiatiques de son ancien directeur Philippe Val, celui des années 1970, créé et animé par François Cavanna et le professeur Choron, n’avait fait l’objet d’aucune analyse. C’est chose faite avec l’ouvrage de Stéphane Mazurier, qui adopte « une approche à la fois technique, économique et sociologique ». Revenant sur l’histoire du journal, souvent escamotée par l’équipe actuelle, l’auteur s’est nourri des témoignages des principaux acteurs et de ceux de nombreux contemporains.

De la gestation dans le chaudron soixante-huitard à l’arrêt décidé en 1982 pour raisons financières, en passant par les rivalités internes et les désillusions, les compagnons de route et les « têtes de Turcs » du journal, l’auteur n’oublie rien. Et surtout pas que Charlie Hebdo, autrefois symbole de liberté et de transgressions, formait alors un univers à part, comme le laisse entendre, sans fausse modestie, Cavanna : « Notre journal était le plus beau parce que nous étions les meilleurs. »

Par Mathias Reymond

Maître de conférences en sciences économiques à l’université d’Evry.

http://www.monde-diplomatique.fr/2009/07/REYMOND/17590
juillet 2009 -  Page 25

Bête, méchant et hebdomadaire. Une histoire de « Charlie Hebdo » (1969-1982)

Buchet-Chastel, Paris, 2009, 512 pages, 28 euros.


Interview de l'historien Stéphane Mazurier

«Charlie Hebdo», canal historique

Par Stéphane Mazurier (Historien)

Consacrer une thèse de doctorat au journal satirique «Charlie Hebdo», il fallait oser. Stéphane Mazurier, agrégé d'histoire, l'a fait. Hasard du calendrier, le livre qu'il en a tiré, «Bête, méchant et hebdomadaire», [dont Cavanna vous parle cette semaine dans l'Obs => Les copains d'abord] sort au moment où se clôt l'affaire Siné (que le tribunal correctionnel de Lyon a relaxé mardi 24 février). Entretien

 

BibliObs.-D'où vient le nom de «Charlie Hebdo»?

Stéphane Mazurier.- Ce n'est pas en référence à Charles de Gaulles, comme on a pu le croire. Quand «Hara-Kiri» est interdit en 1969, après sa fameuse Une «Bal tragique à Colombey - 1 mort», l'équipe décide de le remplacer en  créant un supplément hebdomadaire à un autre journal du groupe, un mensuel. Le journal en question, entièrement consacré à la BD, s'appelait «Charlie», en hommage à Charlie Brown, un personnage de BD. Mais le nouvel hebdo n'avait donc que peu à voir avec le mensuel dont il tire son nom. C'était simplement un subterfuge pour passer outre l'interdiction d'«Hara-Kiri».

BibliObs.-A vous lire, on a parfois l'impression que la bande de «Charlie Hebdo» avait tout compris: écolos avant tout le monde, et même inventeurs de l'écologie, plus à gauche qu'à droite bien sûr, mais jamais prisonniers d'une quelconque idéologie, ils auraient même prédit l'émergence de la Chine et sa conversion au capitalisme. N'idéalisez-vous pas un peu?

S. Mazurier.- Je précise tout de même dans mon livre qu'ils étaient plus faibles en économie et en politique internationale. Même si ponctuellement ils pouvaient être clairvoyants dans ces domaines-là. Le cas de la Chine est effectivement frappant. Le jour de la mort de Mao, Reiser pose une question: «Et si la Chine devenait capitaliste?». Son raisonnement est presque prophétique: «800 millions de  petits robots disciplinés, âpres au travail, jamais en grève, acceptant des salaires de misère, quel pays capitaliste pourrait soutenir la concurrence?»

Mais par ailleurs, «Charlie Hebdo» a parfois fait preuve d'une certaine étroitesse d'esprit. Par exemple sur la construction européenne. Ils s'en moquaient et n'ont pas du tout vu ce que cela représentait.

BibliObs.- On lit dans votre Avertissement: «Certains des auteurs de «Charlie Hebdo» n'ont pas tenu à ce que leurs dessins paraissent dans ce livre. C'est pourquoi ils sont remplacés par des rectangles noirs lorsqu'ils figurent dans les pages du journal.» Des noms!

S. Mazurier.- Ce n'est pas très difficile à deviner... Il s'agit de Wolinski et Cabu. L'argument du premier, c'est que l'histoire de «Charlie Hebdo» appartient à ceux qui l'ont vécue et qu'un historien n'a donc pas le droit de se l'approprier. Quant au second, il n'a pas apprécié mes prises de position en faveur de Siné l'été dernier. Pour lui je suis le diable en personne, puisque j'ai osé critiquer Philippe Val. A vrai dire, c'est plutôt rigolo de voir ces rectangles noirs à l'emplacement de leurs dessins. Cela rappelle la censure pendant la guerre d'Algérie. Censure que Cabu et Wolinski combattaient à l'époque.

BibliObs.- Vous circonscrivez votre étude aux années 1969-1982 et restez très allusif sur le «Charlie Hebdo» de Philippe Val. Pourquoi ne pas l'avoir inclus dans votre étude?

S. Mazurier.- Ce n'était tout simplement pas l'objet de ma thèse de doctorat. Elle porte sur les années 1970. Ma démarche est avant tout celle d'un historien. Je ne voyais pas l'intérêt de sauter dix ans pour reprendre le fil en 1992 (puisque «Charlie Hebdo» a cessé d'être publié entre 1982 et 1992). L'optique aurait été complètement différente. Le «Charlie» des années 1990-2000 mériterait en fait un ouvrage à lui tout seul. Peut-être qu'un jour je m'y intéresserais. Même si je doute que la rédaction actuelle me laisse enquêter comme j'ai pu le faire sur celle des années 1970.

BibliObs.- Le «Charlie Hebdo» d'aujourd'hui est si différent de l'ancien?

Stéphane Mazurier.- Il est très, très différent. Dans la place accordée aux dessins par exemple. Ces derniers sont devenus très illustratifs, alors qu'avant, les dessinateurs laissaient libre court à leur imagination. Quand ils voulaient faire passer un dessin sans rapport avec l'actualité, simplement parce qu'il était dôle, ils le faisaient. Aujourd'hui, les caricatures sont à la remorque de l'actualité,elles sont devenues une simple déclinaison du sujet traité.

Le contenu du journal aussi a changé bien sûr. Il y a désormais une ligne éditoriale et politique imposée par Val. L'ambiance est différente. L'équipe des années 1970 fournissait un travail acharné, mais dans une atmosphère festive. Les soirées de bouclage étaient mémorables! Aujourd'hui, pour avoir assisté à une bonne dizaine de conférences de rédaction, je peux vous dire qu'on s'y emmerde un peu.

Il faut dire qu'à l'époque, Cavanna avait instauré une règle: comme il n'avait pas le temps de s'occuper de tout, chacun était maître de sa page. Et la liberté était absolue. La conférence de rédaction consistait à reconstituer le puzzle. Delfeil de Ton me racontait qu'il allait voir quelquefois Choron (qui, en tant que directeur de la publication occupait alors le poste équivalent à celui de Philippe Val aujourd'hui). Il voulait lui montrer les papiers qu'il avait rédigés, se demandant si sur tel ou tel point il n'y était pas allé un peu fort.  Mais Choron lui répondait qu'il ne voulait même pas lire ce qu'il avait écrit! C'était donc de la non-censure poussée à l'extrême.

BibliObs.- Il n'y a jamais eu d'autocensure, vraiment?

S. Mazurier.- En plus de dix ans, il y a eu un seul cas limite. Avec Siné. Il était parti au Portugal pour couvrir la Révolution des Œillets. Dans son article, il s'en prenait à la «gauche au grand cœur, pleine d'indulgence et de sensiblerie» et il appelait à «un bon génocide de CRS, de flics, de militaires, de curés, de juges, de bourgeois». Cavanna a cru bon de placer un encadré à côté de l'article, où il se désolidarisait des propos tenus par Siné en expliquant que ce n'était pas sa conception de la gauche. Mais il s'agissait d'un ajout, pas d'une censure en tant que telle.

BibliObs.- Le «Charlie Hebdo» originel perdait presque tous ses procès. Le nouveau, en revanche, en gagne les trois-quarts. Me Malka, son avocat, en donne une explication dans votre livre. D'après lui, «il y a eu une vraie évolution juridique et sociologique. [...] La tolérance est beaucoup plus importante aujourd'hui qu'elle ne l'était il y a vingt ans.» C'est ce que vous pensez aussi?

S. Mazurier.- L'évolution juridique et sociologique est réelle. Ceux qui portaient plainte, c'étaient essentiellement l'armée et les vedettes du show bizness. Ce n'est plus le cas; il y a une plus grande prise en compte de la liberté d'expression.

Cela n'empêche pas qu'on ait assisté à un certain assagissement. La façon dont «Charlie» a traité de la vague d'antisémitisme de la fin des années 1970 avait de quoi choquer. Je pense par exemple à la couverture de Wolinski sur le «cul de juive», sous-titré «Est-ce que le racisme fait vendre?» On peut trouver ça très drôle. On peut détester. C'est une affaire de subjectivité. En tout cas, c'est inimaginable aujourd'hui. De même que le dessin intitulé «un bicot lèche le cul d'un youpin». D'ailleurs pour ce dernier, il y avait eu plainte de la Licra [Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme].

Pour la couverture de Reiser, qui disait «qu'est ce qu'on attend pour aller casser la gueule aux Arabes», «Charlie Hebdo» avait reçu une lettre intéressante. Le lecteur expliquait que lui savait bien que le dessin n'avait rien de raciste, qu'il était drôle avant tout, mais pouvait induire en erreur des personnes moins averties.

Propos recueillis par Baptiste Touverey

bibliobs.nouvelobs.com/20090227/10917/charlie.

 

=> Sur ce livre«Charlie Hebdo», les copains d'abord (par Cavanna)

=> Sur le plateau d'ObsVideo: Les pires images d'Hara-Kiri commentées par Delfeil de Ton

=> Toute l'actualité littéraire

Éditions - Librairies - Sites scientifiques (26)  

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Pierrot, rêveur équitable du Québec 15/02/2013 15:37

Ici Pierrot, rêveur équitable du Québec

bravo pour votre très bel article
sur Charlie hebdo
aussi inspiré de Charlie Brown

Dans le cadre de mon vagabondage poétique
blogues-musée pertinents mais aléatoires
pour mon oeuvre littéraire
pertinente mais aléatoire,

permettez-moi de vous offrir
une de mes chansons
inspirée de l'univers absurde
de Charlie Brown

----

L'HOMME-ORIGNAL

COUPLET 1

l’homme orignal gémit
câle la femelle la nuit

c’est infernal
le rvêe
de l’homme animal

la femelle veut un petit
du plus puissant buck
de la nuit

c’est visceral
pour l’homme animal
d’être choisi

alors
il
gémit

REFRAIN

j’arrive pas à croire
qu’à mon âge

j’ai encore de l’orignal
dans l’milieu du cadavre

même si
dans la neige mouillée
mes vieilles bottes sont trouées
mes deux bas sont trempés

j’ai quand même
quand même
un jeune buck
de caché
en d’dans d’moé

pis une femelle l’a flairé

mais pas question
d’lâcher lousse
l’homme-orignal
l’autre bord
de moé

COUPLET 2

entre le restaurant
et la vieille école barrée

y a deux maisons
une église
à traverser

j’ai beau
marcher ben ben vite
attendre qu’arrive
la nuitte

même une femelle
qui dort
peut lancer
un appel

à l’orignal
en elle

COUPLET 3

ça fait trois ans et demie
que j’ai pas d’femme
dans ma vie

j’étais ben sûr
que l’problème
était réglé

y a suffit
d’un rêve la nuit

d’un homme orignal
qui gémit

pour que la soif
de boire aux lèvres
d’une belle femelle

me fasse
gémir
vers elle

Pierrot
vagabond céleste

www.enracontantpierrot.blogspot.com
www.reveursequitables.com

www.demers.qc.ca
chansons de pierrot
paroles et musique

sur google,
Simon Gauthier, conteur, video vagabond celeste

merci
Pierrot, Rêveur équitable du Québec

15/02/2013 15:39



Laissé par : Pierrot, rêveur équitable du Québec aujourd'hui à 15h37