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Bolo, dit Bolo-Pacha depuis que l'ancien khédive d’Égypte - qu'il compte parmi ses relations - lui a octroyé ce titre, est un aventurier à la fois dentiste, importateur et représentant en vins de champagne, déjà condamné pour escroquerie.


Durant le premier conflit mondial, il convainc l'Allemagne de corrompre la presse française pour y publier des articles pacifistes destinés à atteindre le moral des Français.

Arrêté en septembre 1918, après avoir reçu sur son compte 11 millions de marks en provenance de la Deutsche Bank, Bolo-Pacha est jugé par le 3e conseil de guerre en février 1918 et condamné à mort.

Le capitaine Bouchardon, magistrat détaché comme juge d'instruction, découvre plusieurs lettres de Caillaux dans les papiers de Bolo, qui font peser des soupçons sur le patriotisme de l'ancien ministre des finances.

L'affaire « Bonnet Rouge »

Organe d'extrême gauche, le Bonnet Rouge a défendu le rapprochement franco-allemand avant le premier conflit mondial. En 1914, à la demande de Joseph Caillaux, le journal a publié des articles prenant la défense de sa femme, Henriette Caillaux, accusée du meurtre de Gaston Calmette, le directeur du Figaro.

Pendant la guerre, le directeur du Bonnet Rouge, Vigo, dit Almereyda, laisse la direction de son journal à un dénommé Duval, qui reçoit de l'argent de l'étranger pour infléchir la ligne éditoriale : de pacifiste qu'il était, le journal devient franchement antimilitariste, provoquant l'intervention fréquente de la censure.

Lorsqu'il enquête sur l'origine des fonds versés au Bonnet Rouge, le capitaine Bouchardon, magistrat détaché comme juge d'instruction auprès du 3e conseil de guerre, découvre un échange de correspondances aimables entre Almereyda et Caillaux, qui devra s'expliquer sur ses relations entretenues avec les dirigeants de ce journal.

http://www.senat.fr/evenement/archives/D40/bon.html

 

 

Les Gants du Pacha - Une exécution est toujours un spectacle horrible. De tous les détails que les reporters des journaux quotidiens prirent plaisir à publier sur la mort de Bolo, un seul nous semble à retenir, parce qu'il aide à préciser la psychologie du condamné. En présence des magistrats qui venaient de l'éveiller et de lui annoncer la fatale nouvelle, le pacha Bolo se plut à revêtir du linge fin; il boutonna habilement un faux col; il refit deux fois le nœud de sa cravate; puis il prit un vêtement noir et de coupe élégante que son frère lui avait apporté à la prison et, avant de quitter sa cellule, il tint à enfiler des gants de chevreau blancs. Ne cherchons pas à connaître exactement son attitude, ni à savoir si son visage était pâle, sa voix saccadée, sa démarche trop raide. Ne voyons pour la dernière fois Bolo que d'après le vivant portrait dessiné par le capitaine rapporteur Bouchardon « doué par la nature d'avantages dont il sait tout le prix, blond, grand, mince, élégant de tournure, moustache soyeuse, œil câlin, faconde intarissable et art du boniment, toutes les allures d'un charmeur et d'un félin ». Et notons qu'il tendit ses mains gantées de blanc aux gendarmes qui lui passèrent les menottes et que, dans le trajet de la prison à Vincennes, on ne vit sous les stores de l'automobile que ses gants blancs...

 

Ainsi, Bolo s'est efforcé de disparaître tel il était apparu, lorsqu'il se croyait irrésistible et omnipotent, tel qu'il s'était maintenu, autant que ses forces le lui permirent, dans les longues journées du procès qui finissaient par épuiser sa faconde et par courber sa taille. C'est une scène à ajouter à Paraître. Barbey-d'Aurevilly aurait été passionnément intéressé par ce singulier dandysme. Il n'aurait pas été jusqu'à rechercher des points de départ ou de ressemblance dans les épisodes des romans policiers et des films cinématographiques qui nous sont venus d'Amérique, comme le pacha... Il n'eût peut-être pas goûté cette élégance entachée d'un trop lourd passé de bellâtre traînant sur le port de Marseille; mais il aurait fait jaillir l'orgueil inutile de cet homme réalisant jusqu'à sa dernière minute l'ambition à laquelle il avait tout sacrifié.

Le fait est si caractéristique qu'il risquera d'indigner les moralistes insensibles à la pitié très particulière que nous avons coutume d'accorder aux condamnés, - pitié non seulement très particulière et qui s'étend parfois jusqu'à l'oubli des victimes, mais encore tout à fait ridicule, pour peu que l'on songe à l'analyser. La société décide de prendre à un homme sa vie, en punition du crime commis et principalement pour imposer un exemple public. Aussitôt elle gratifie le misérable d'attentions réservées aux malades; elle lui assure un régime substantiel; elle lui offre des cigarettes, et, au matin fatal, elle lui accorde le réconfort d'un verre d'alcool. Ne vaudrait-il pas mieux, bien souvent, et pour que l'horrible spectacle de l'exécution ait tout son enseignement moralisateur, que la loi impitoyable soit appliquée sans cette fausse pitié? On n'en est pas encore arrivé à permettre à un voleur d'emporter au bagne l'argent qu'il a volé. Une des premières mesures de la justice, mettant la main sur un criminel, est de confisquer ce qu'il possède, de l'obliger à restituer. Pour les traîtres à la Patrie, la Chambre des députés a voté rapidement une loi qui leur reprend leurs trente deniers. Mais Bolo avait été condamné avant le vote du projet. Ce n'est donc que par une indulgence indifférente qu'il a gardé la liberté de son vêtement et le choix de ses gants blancs. Au reste, il n'aurait jamais compris le rapport d'expert établissant que, depuis le jugement du Conseil de guerre, tout ce qui lui restait d'élégant ou de confortable devait être considéré comme produits de sa trahison et confisqué de ce fait.

On dit même qu'il n'a pas compris sa condamnation et qu'il a conservé jusqu'au dernier jour son indéchiffrable espérance. Les hommes qui ont traîné longtemps un passé boueux prennent, lorsqu'ils parviennent à s'en dégager, une légèreté qu'on ne peut pas soupçonner. En quelques mois de réussite, et au fur et à mesure que la considération publique vient s'ajouter à l'argent, ils sont transformés. C'est le passé qui devient un rêve, - un rêve à oublier. Du moment que le présent est favorable, il n'a plus rien de chimérique; il est dans l'ordre des choses et l'avenir s'annonce mathématiquement plus favorable encore. Il n'y a pour eux qu'à se laisser vivre. L'argent permet tout et attire l'argent. Aucun vertige dans les ascensions les plus folles. Chaque jour, ils sont en quelque sorte mithridatisés, non pas contre les remords ou les scrupules, évanouis depuis longtemps, mais contré les hésitations et les craintes. Aussi, le jour de la culbute, sont-ils aiïolés, indignés et presque le plus sincèrement du monde. Ils avaient tellement compté, sur l'impunité, qu'ils ne se. sentaient plus coupables. Ils crient à l'injustice, à l'infamie. C'est le qualis artifex de Néron. Et ils prennent des airs de rois détrônés. Ils suivent les gendarmes comme des victfmes innocentes. Ils mettent des gants blancs.

Moi, c'est moralement que j'ai mon élégance dit Cyrano de Bergerac, mobilisé depuis le premier jour sur le front et qui a vu tant de bons camarades tomber au .champ d'honneur. La guerre na nous a pas encore laissé le temps de raconter toutes les morts glorieuses de nos jeunes saint-cyriens de 1914 qui s!étaient promis, fiancés trop lyriques à la Patrie, de mettre leurs gants blancs pour monter à l'assaut. Mais nous connaissons les dernières semaines de Bolo pacha.

Rappelons ici pour mémoire que, condamné à mort le 14 février par le Conseil de guerre, il s'était vainement pourvu en cassation. Le 7 avril, M. Poincaré avait refusé d'exercer en sa faveur son droit de grâce. Alors, tous les délais expirés, le condamné déclara qu'il avait des révélations à faire sur les instructions en cours. Un sursis fut immédiatement ordonné. Bolo gagna dix jours de nouveaux interrogatoires et de nouvelles confrontations. On ignore ce que furent ses déclarations tardives; mais elles ne lui valurent aucune circonstance atténuante. Le 17 avril, il paya son crime envers le pays.

L'expiation fut prompte. Une heure après avoir été réveillé à hi prison, le traître s'est trouvé attaché au poteau, devant douze soldats, tous volontaires, qui le passèrent par les armes. Justice était faite. Il n'y eut plus qu'un cadavre écroulé. Dans l'aube qui s'élevait au-dessus de la caponnière de Vincennes, on ne pouvait plus reconnaître Bolo Pacha qu'à ses gants blancs.

Régis Gignoux

http://www.greatwardifferent.com/Great_War/Spies/Pacha_Bolo_01.htm


 

Pour en savoir plus


 

Dans les archives inédites des services secrets

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