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Date de saisie : 30/09/2011

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Jacob-Duvernet, Paris, France

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 9782847243598

GENCOD : 9782847243598

Sorti le : 29/09/2011


  • Les présentations des éditeurs : 30/09/2011

 

Jadis demeure des rois de France, lieu sacré chargé de symboles et d'Histoire, pétri de rituels ancestraux, le Palais de justice de Paris est l'un des plus anciens au monde.


Chaque jour, des dizaines de procès, des plus retentissants aux plus discrets, s'y déroulent. Chaque jour, s'y jouent des vies au détour d'une salle d'audience ou dans l'un de ces couloirs où se croisent par milliers avocats, magistrats, accusés et badauds. Chaque jour, des juges enquêtent sur des centaines de crimes et délits, tandis que dans les souterrains, au dépôt, à la "Souricière", des cohortes de prévenus ordinaires ou illustres font le chemin de pénitence symbolique du justiciable.


En ce début de siècle, ce carrefour de tous les destins, cet univers bruissant et bouillonnant, prend le pas d'un monde changeant. Ses usages se transforment, ses pratiques sont mises en cause, ses hauts magistrats se penchent sur les questions qui tourmentent la société, alors que d'autres tentent de résoudre d'antiques dossiers et ouvrent de nouvelles voies pour rendre la justice. Devenu par la grâce des médias un "Boulevard du crime" moderne, comme le fut au XIXe siècle le boulevard du Temple, le Palais de justice vit ses derniers drames, ses dernières histoires, car le tribunal doit déménager en 2017.


En forme d'épitaphe, ce livre brosse pour la première fois un portrait vivant de ses habitants, raconte sa vie au quotidien, révèle ses secrets petits et grands et explore ses rêves avant que la page ne se tourne définitivement. C'est aussi un adieu à l'un des plus beaux lieux publics de France, et une approche sur le vif du fonctionnement de la machine judiciaire française.

Thierry Lévêque, journaliste à l'agence Reuters, est accrédité au Palais de justice de Paris depuis de nombreuses années où il a suivi les grands procès criminels des années 1990 et 2000, de Carlos à Guy Georges, de Fourniret au sang contaminé en passant par les affaires de la mairie de Paris, les dossiers Elf ou Clearstream.


 

  • Les courts extraits de livres : 30/09/2011 - Extrait du prologue

 

Je suis le Ténébreux, le Veuf, l'Inconsolé
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie
Ma seule Étoile est morte, et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé
Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie

Extrait du poème de Nerval « El Desdichado »,
gravé sur une pierre du Châtelet, près du Palais de justice

Ce jour sera un deuil. Quand la justice française quittera son Palais de l'île de la Cité, à Paris, entre les deux bras de la Seine, ses tours majestueuses, ses couloirs infinis, ses salles d'audience hautes et richement décorées, c'est d'abord à elle-même qu'elle dira adieu.


La planète connaît peu de lieux où on a tant jugé. Depuis mille ans et plus, ce théâtre social grandiose et dérisoire se déroule ici : imposant bâtiment entre Rive droite et Rive gauche, cette ville mystérieuse, changeante et figée, comme entourée de remparts, a vu tous les régimes. Univers sacré d'escaliers monumentaux, de sculptures solennelles, monde de carton-pâte, décor pour enfants. Dans son dédale, on croise la statue du premier des rois justiciers, Louis IX dit Saint Louis, « rendant la justice sous un chêne », les symboles francs-maçons de ses rambardes en fer forgé, les allégories naïves des salles d'audience, les robes désuètes des magistrats.


Ses façades déroutent. Côté Rive droite, près du Pont-au-Change, le Palais paraît sortir du Moyen Âge, avec ses quatre tours Bonbec, d'Argent, César et de l'Horloge. Côté Rive gauche, quai des Orfèvres, près du pont Saint-Michel, sa tour pointue présente un étrange cadran solaire décoré d'allégories du Temps et de la Justice, avec épée et balance. «Hora fugit, stat jus», peut-on y lire, « le temps fuit mais le droit demeure ». La façade noircie du tribunal correctionnel, qui porte en symboles des lions, les tables de la loi, le glaive mais aussi des traces d'impacts de balles remontant aux combats de la Libération de Paris en 1944, se prolonge par le « 36 », mythique siège de la police judiciaire parisienne. Entre les deux, sur l'île de la Cité, la vieille Sainte-Chapelle, lovée dans son enceinte, rappelle qu'à ses débuts la justice fut don de Dieu, pour ceux qui les premiers y crurent.


Par les grilles dorées, les grandes marches et les colonnes, entrent chaque jour par milliers magistrats, avocats, policiers, gendarmes, fonctionnaires, touristes, curieux, criminels, délinquants, innocents égarés, étrangers sans papiers en quête d'un sursis.


En 2010, le procureur a reçu 374.000 plaintes, la Cour d'assises a rendu 285 arrêts, le tribunal 23.600 jugements correctionnels et 53.200 décisions civiles, la cour d'appel 12.000 arrêts pénaux et 25.000 civils ou commerciaux. La Cour de cassation, plus haute juridiction française qui a son siège au Palais, a rendu 20.000 décisions civiles et 8.200 décisions pénales. Dans cette machine judiciaire géante, on vient jouer sa vie ou se distraire, car la justice, toujours publique, est d'abord et avant tout un spectacle, même si le mot hérisse.

 

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