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http://urbanistablog.files.wordpress.com/2010/04/la-verite.jpgOn peut voir dans "La vérité" d'Henri-Georges Clouzot une forme d'affrontement à plusieurs niveaux. A travers le procès de Dominique Marceau, cette jeune femme aux mœurs légères qui a tué son amant (la question est de savoir si le crime était passionnel ou prémédité), le cinéaste montre une France partagée entre le conservatisme de ses institutions (incarné ici par le monde de la Justice et des tribunaux) et le modernisme d'une jeunesse progressiste. Il filme le malaise d'une jeunesse éprise de liberté, qui a bien du mal à trouver sa place dans une société sclérosée, qui la condamne et qui manque sérieusement de "fun". Il n'y a qu'à voir la moyenne d'âge élevée des jurés et des juges qui s'opposent à la jeune accusée. Quelque part, celle ci incarne l'émancipation que vont connaître par la suite les années 60, dont le point culminant sera bien sûr 1968... Mais pour Clouzot, la notion d'affrontement et d'opposition se joue très probablement aussi sur le plan cinématographique : trop vite classé dans la catégorie "qualité France" d'un vieux cinéma mourrant, "La Vérité" alterne pourtant les scènes de tribunal, filmées "classiquement" en intérieur et en studio, avec des flash-back décrivant la vie dissolue de Dominique Marceau, qui eux sont tournés en décors naturels (principalement dans le Quartier Latin à Paris) et même en extérieur ! Le réalisateur confond ainsi un cinéma "à l'ancienne" avec une nouvelle façon de filmer, qui sera finalement celle de la "nouvelle vague" tout juste naissante... Il se montre alors comme un cinéaste ouvert, capable d'entrer dans la modernité, contrairement à tout ce qu'on a pu dire de lui à l'époque,


A la Cour de justice, on assiste à des joutes oratoires incroyables entre les avocats, par le biais de dialogues parfaitement écrits et souvent ironiques, teintés de noirceur et de cynisme... Les rapports entre les deux avocats symbolisent d'ailleurs très bien cet esprit retors, pétri d'ambiguïté, puisque s'ils s'affrontent acerbement au cours du procès, ils s'entendent finalement à merveille en "off", capables de conversations parfaitement amicales et chaleureuses, voire amusées sur leur métier ou leurs clients... L'un des avocats ira même jusqu'à lancer cette boutade savoureuse : "Et dire que ça pourrait être un si beau métier... sans les clients !"


Mais à travers cette ambiguïté, Clouzot cherche justement à saisir cette "Vérité" dont son film porte le nom... Il démontre habilement, par des dialogues et un scénario malin, mais aussi par une remarquable réalisation, qui sait amener les choses au moment même où il le faut, que la vérité est un concept assez flou et surtout instable, capable de se transformer constamment, ou plus précisément d'incarner une chose et son contraire selon le point de vue où l'on se place. Les plaidoiries contradictoires lors d'un procès au tribunal étaient bien entendu la meilleure façon de rendre compte de cette dimension des choses. Clouzot s'expliquera d'ailleurs très bien lui-même à ce propos : "J'ai voulu montrer cette ambiguïté constante de la vérité et les éclairages différents qu'on peut donner à un même évènement. [...] Ce que je veux montrer, c'est que tout le monde dit la vérité, mais que ce n'est jamais la même." Tout le monde peut ainsi avoir raison (ou tort !) en même temps, la Justice s'avérant donc finalement infiniment subjective et aléatoire... D'ailleurs, le verdict n'intéresse pas Clouzot, celui-ci laissant son film se conclure sur un coup de théâtre, qui empêchera toute délibération aux jurés !

http://www.cinereves.com/photos/la%20verite%202.JPGCôté interprétation, on peut dire que l'on est gâté ! Autour des deux avocats brillamment incarnés par Charles Vanel et Paul Meurisse, symboles d'un cinéma "classique", on peut apercevoir la jeunesse dramatique montante et moderne : Samy Frey, Jacques Perrin... et bien sûr Brigitte Bardot, encore une fois dans un rôle de fille de petite vertue, mais quel rôle ! Qui aurait pu aussi bien incarner la jeunesse avec autant de fraîcheur et d'avant-garde qu'elle à l'époque ? Et surtout quelle interprétation ! Jamais BB n'aura sans doute aussi bien joué le mélodrame flamboyant (avec une aussi criante "vérité", oserait-on dire) que dans "La Vérité" : comme quoi la direction d'acteur, lorsqu'elle est réalisée par les plus grands, peut accomplir des miracles !

http://cinematheque.over-blog.net/article-la-verite-d-henri-george-clouzot-france-1960-59976098.html

 

Année de réalisation : 1960
Réalisation : Henri-Georges Clouzot
Production : Han Productions, CEIAP
Scénario : Henri-Georges Clouzot, Simone Drieu, Jérôme Géronimi, Michèle Perrein, Véra Clouzot
Adaptation : Henri-Georges Clouzot, Simone Drieu, Jérôme Géronimi, Michèle Perrein, Véra Clouzot
Dialogues : Henri-Georges Clouzot, Simone Drieu, Jérôme Géronimi, Michèle Perrein, Véra Clouzot
Chef-opérateur : Armand Thirard
Décors : Jean .André.
Son : William-Robert Sivel
Montage : Albert .Jurgenson.

 

La Vérité obtint l' Oscar du Meilleur Film étranger à Hollywood en 1960 et le grand Prix du Cinéma français Louis Lumière.


 

Quelques vidéos utiles


  1. Brigitte Bardot - La Vérité - Au tribunal - YouTube

    www.youtube.com/watch?v=wtfB5Ah_HDc13 mars 2010 - 4 mn - Ajouté par DivineBB
    La Vérité est un film franco-italien d'Henri-Georges Clouzot sorti en 1960, avec Brigitte ... You need Adobe Flash Player to ...
  2. Brigitte Bardot sur le tournage de 'La Vérité' - Jalons pour l'histoire ...

    www.ina.fr/.../brigitte-bardot-sur-le-tournage-de-la-verite.html2 août 2009 - 3 mn
    (ina.fr - Fresques hypermédias - Archives vidéo et radio) ... Dans La Vérité, Clouzot utilise le "mythe Bardot" pour créer un ...
  3.  

    BB aguicheuse - YouTube

    www.youtube.com/watch?v=nTCdQ3D9nKQ28 oct. 2008 - 1 mn - Ajouté par cdrikb06 - Bloquer tous les résultats de www.youtube.com
    Scène du film la Vérité. ... You need Adobe Flash Player to watch this video. Download it from Adobe. Alert icon. Upgrade to ...

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