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Canal Canal+ - 23h05

Spécial investigation

Comment j'ai tué Pierre Goldman

http://www.parler-de-sa-vie.net/pierre/images/titre_pierre.jpgRéalisateur :  Philippe Nahoun

Vendredi 29 Janvier 2010 > 23h10 sur Canal +

Présenté par : Stéphane Haumant

Durée : 55 minutes

En 16:9


http://static.programme-tv.net/var/p/l/36/361273.jpgLe sujet : Le 20 septembre 1979, Pierre Goldman a été abattu en plein Paris par un commando de quatre hommes armés. Son assassinat a été revendiqué par un mystérieux groupe, Honneur de la police, mais l'affaire est toujours demeurée une énigme judiciaire. Aujourd'hui, un homme s'accuse du meurtre et explique ses motivations.

Le 20 septembre 1979, le militant d'extrême gauche Pierre Goldman a été abattu en plein Paris par un commando de quatre hommes armés. En 68, il était parti en Amérique du Sud pour s'engager dans une guérilla révolutionnaire et, à son retour, il avait sombré dans la délinquance. Arrêté en 69, Goldman avait été soutenu par toute l'intelligentsia de gauche, puis acquitté au cours d'un deuxième procès. Son assassinat dix ans plus tard a été revendiqué par un mystérieux groupe, Honneur de la police, mais l'affaire est toujours demeurée une énigme judiciaire. Aujourd'hui, un homme s'accuse du meurtre et révèle comment et pourquoi il aurait décidé d'éliminer Pierre Goldman.


La critique

Il dit s'appeler Gustavo. Il parle le visage masqué. Il porte un costume croisé à rayures et un borsalino qui lui donnent l'allure d'un caïd des beaux quartiers. D'une voix maquillée, il raconte une histoire folle. Celle d'un groupe de tueurs d'extrême droite qui a transformé un gauchiste devenu braqueur en icône des années 1980. Le 20 septembre 1979, dans le 13e arrondissement de Paris, ils ont assassiné Pierre Goldman, de quatre balles. Un meurtre lâche et sordide. Pierre Goldman, journaliste à « Libération », ancien taulard, condamné puis acquitté pour le meurtre de deux pharmaciennes au cours d'un braquage qui avait mal tourné, sortait de chez lui quand Gustavo et ses acolytes l'ont abattu dans le dos et l'ont achevé au sol. Gustavo a donné le coup de grâce. Il dit : «Je l'ai fini...» Il raconte l'action avec la froideur du tueur à gages. Il se dit militant, mercenaire d'extrême droite. Gustavo est ce qu'on appelle en jargon policier un témoin pas net.


Trois décennies après les faits, il accepte de parler anonymement devant les caméras de Michel Despratx et de donner aux enquêteurs suffisamment d'éléments pour identifier ses complices. Pourquoi agit-il ? Par vanité ? Par espoir d'une rédemption ? Pour régler des comptes ? Seule certitude : Gustavo, aujourd'hui, ne risque plus rien. Trente ans après son crime, les faits qui pourraient le conduire devant une cour d'assises sont prescrits. Il témoigne « à blanc ». Sa thèse ? Pierre Goldman, le demi-frère du chanteur Jean-Jacques Goldman, a été assassiné sur ordre. Le commanditaire ? Pierre Debizet, patron du SAC, le Service d'Action civique, officine barbouzarde du gaullisme déclinant. http://a7.idata.over-blog.com/1/08/62/92//Pierre-Debizet.jpgSelon Gustavo, le témoin sans visage, Pierre Debizet a agi sous la tutelle de l'Elysée, plus précisément celle d'un certain Victor Chapot, conseiller pour les affaires de sécurité de Giscard. L'homme porte bien son nom. Il est décédé et ne peut plus se défendre. C'est la faiblesse de Gustavo : il fait beaucoup parler les morts. Il raconte comment Debizet l'a convoqué, lui et le chef du commando, un flic inspecteur de la DST, connu pour ses opinions fascisantes, quelques jours après l'assassinat, pour les féliciter du travail accompli. Il leur aurait même lâché, paternel : «Ne vous inquiétez pas, j'ai revendiqué l'action en haut lieu. On sait que c'est moi.» Pierre Debizet, hélas, n'est plus là, lui non plus, pour réagir aux propos de son accusateur.


Si les enquêteurs de cet excellent documentaire s'étaient contentés des déclarations de Gustavo, on aurait pu s'inquiéter. Mais au fil des minutes, on découvre que l'équipe de Canal+ a méthodiquement vérifié ses dires, confronté ses assertions à d'autres témoins de l'époque. Flics, journalistes, militants d'extrême gauche. Et, peu à peu, la thèse prend de la consistance. Alors que l'affaire est classée depuis belle lurette, on finit par admettre que la http://media.paperblog.fr/i/128/1283943/pierre-goldman-sombre-heros-annees-dillusion-L-1.jpegpiste explorée par Michel Despratx est plus que consistante. Pour la suivre, il faut revenir à la personnalité de Pierre Goldman, juif polonais né en France. En 1963, il adhère à l'Union des Étudiants communistes, puis file au Venezuela jouer les guérilleros. Il est fasciné par Guevara et la révolution cubaine. Hanté par le mythe des « barbudos », il rentre en France et traverse Mai-68 l'œil sourcilleux. Il ne voit dans les barricades de la rue Gay-Lussac qu'un gentil monôme de petits-bourgeois. Il se lance alors dans des braquages « révolutionnaires ». On l'accuse d'avoir participé à celui qui a coûté la vie à deux pharmaciennes. Condamné à perpétuité, puis acquitté en appel grâce à la mobilisation de la mouvance d'extrême gauche, il est dans le collimateur des flics. Il est devenu un « tueur en liberté ». Les RG et la DST le surveillent. Va-t-il se ranger, comme la plupart des soixante-huitards ?


Goldman continue à croire à la lutte armée. Ses amis évoquent son intention de créer un groupe français destiné à aider les terroristes d'ETA. A ce moment, les services français le soupçonnent de tremper dans un gros trafic d'armes. Gustavo est-il vraiment un des quatre membres du commando qui, en 1979, a empêché Goldman de devancer Action directe sur le chemin de la violence ? Le tueur a-t-il agi sur ordre des plus hauts sommets de l'État ? Ce film est un incontestable pas en avant vers l'élucidation de l'affaire. Un jour, peut-être, Gustavo révélera sa véritable identité. En aura-t-il le courage ? - Serge Raffy

 

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