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http://static.nme.com/images/gallery/84-Take-Five-Dave-Brubeck070312.jpgSa marque de fabrique tenait en un mélange érudit de polyrythmie, de polytonalité, de métriques inusitées, souvent dans un décompte impair et une attention régulière aux croisements entre les grammaires de la musique classique et du jazz. Pianiste, compositeur et maître d'oeuvre de l'un des quartettes les plus délicieux de l'histoire du jazz, qui a laissé une série de thèmes marquants durant les années 1960 (Blue Rondo à la Turk, Three to Get Ready, In Your Own Sweet Way, Unsquare Dance...) devenus des succès mondiaux, Dave Brubeck est mort, mercredi 5 décembre, d'une attaque cardiaque à l'hôpital de Norwalk (Connecticut). Il aurait dû fêter son quatre-vingt-douzième anniversaire le 6 décembre. La nouvelle a été annoncée par Russell Gloyd, son producteur et manager depuis presque quarante ans.


Comme d'autres avant lui, en même temps ou après lui – le trompettiste Louis Armstrong (1901-1971) après-guerre ; ses confrères pianistes Errol Garner (1921-1977) ou Oscar Peterson (1925-2007) ; le Modern Jazz Quartet ; le saxophoniste David Sanborn ; le trompettiste Wynton Marsalis... – Dave Brubeck n'aura pas connu une unanimité critique. Pas assez de drames, d'excès, de tourments créatifs et trop de succès auprès d'un large public.

 

C'était oublier ses innovations harmoniques – certains thèmes sont des casse-tête d'enchaînements d'accords – et les complexités rythmiques expérimentées avec son quartette historique – Paul Desmond (1924-1977), saxophone, Eugene Wright, contrebasse et Joe Morello (1928-2011), batterie. Au-delà de Take Five (composé par Desmond, en cinq temps) et Blue Rondo à la Turk (qui mêle une division en neuf temps ternaires et un quatre-temps swing), exploration savante du foisonnement rythmique du monde entier et des racines africaines du jazz, il osait les plus improbables combinaisons. Le tout joué, sur disque et au concert, avec une superbe élégance musicienne.

 

Né le 6 décembre 1920 à Concord (Californie), Dave Brubeck apprend le piano classique avec sa mère dès l'âge de 4 ans. Durant son adolescence, il travaille précocement dans le ranch de son père, commence à jouer du jazz vers l'âge de 15 ans dans des clubs et se destine à devenir vétérinaire. En 1942, il s'engage dans l'armée et ira combattre avec les troupes du général Patton en Europe. Après la guerre, il s'inscrit au Mills College d'Oakland (Californie) et étudie la composition dans le cours donné par le compositeur Darius Milhaud (1892-1974). C'est ce dernier, comme l'indique la biographie publiée sur le site Internet de Brubeck, qui encourage le pianiste à faire carrière dans le jazz. De Milhaud, Brubeck va apprendre à jouer avec les combinaisons rythmiques et les tonalités.


Brubeck met alors en place plusieurs formations, du trio à l'octette, avant d'opter pour la forme du quartette. A ses côtés le saxophoniste Paul Desmond et, durant plusieurs années, divers bassistes et batteurs avant que Morello ne les rejoigne en 1956, puis Wright en 1958. Brubeck fait la couverture de l'hebdomadaire Time daté du 8 novembre 1954 – après Armstrong en 1949 –, où il est présenté comme "the most exciting new jazz artist" ("la révélation du jazz la plus excitante"). Il a alors déjà à son actif sept ou huit albums, enregistrés pour la plupart en concert, témoignages de l'intérêt du public à son égard. Avec Desmond, il partage le goût de l'exploration rythmique, que l'arrivée de Morello renforcera.


C'est en 1959 que paraît Time Out, premier de nombreux enregistrements pour le label Columbia (jusqu'à quatre par an durant une dizaine d'années), sur lequel figurent Take Five et Blue Rondo à la Turk. Le succès est immédiat. Brubeck, star du jazz, peut alors tout se permettre. Enregistrer les Dialogues for Jazz Combo and Orchestra de son frère Howard avec le New York Philharmonic dirigé par Leonard Bernstein, composer pour l'American Ballet Theatre, enregistrer le très réussi Elementals avec le quartette et un orchestre symphonique, avoir pour partenaires Louis Armstrong, Carmen McRae, le trio vedette Lambert, Hendricks & Ross pour The Real Ambassadors, pièce musicale antiraciste et humaniste, donner sa version de West Side Story, jouer à Carnegie Hall... et continuer ses aventures rythmiques dans Time Further Out, Time in Outer Space, Time Changes, Time in...


Les concerts et les enregistrements s'enchaînent de manière soutenue jusqu'en décembre 1967, date qui marque la séparation du quartette. Brubeck souhaite passer plus de temps en famille et intensifier son écriture classique, souvent d'inspiration religieuse. The Light in the Wilderness, oratorio créé en février 1968, suivi de la cantate The Gates of Justice, d'après des textes de Martin Luther King Jr. et de l'Ancien Testament. Il monte brièvement un nouveau quartette avec le saxophoniste Gerry Mulligan. Puis, tout en se partageant avec l'écriture de pièces orchestrales, musique de ballets, opéras et oeuvres chorales etc., il perpétue la forme du quartette, notamment avec ses fils.


S'il a été un peu en retrait dans les années 1980, il menait, ces vingt dernières années, une activité régulière, qu'avait à peine atténuée la pose d'un stimulateur cardiaque en octobre 2010. En 2009, venant s'ajouter à de nombreuses récompenses, il avait reçu en présence du couple présidentiel Obama un Kennedy Center Honor pour sa contribution à la culture américaine.

 

Parcours

6 décembre 1920
Naissance à Concord (Californie).

1946-1947
Suit les cours de composition de Darius Milhaud au Mills College d'Oakland (Californie).

1951
Rencontre le saxophoniste Paul Desmond.

5 décembre 2012
Meurt à Norwalk (Connecticut).

 

 

Dave Brubeck, l'érudit de la rythmique

LE MONDE | 06.12.2012 à 09h19 Par Sylvain Siclier

 

 

  1. Dave Brubeck - Take Five - 1966 - YouTube

    fr.youtube.com/watch?v=faJE92phKzI
    25 mai 2007 - Ajouté par Astrotype
    Top Tracks for Dave Brubeck 99 videos Thumbnail Top Tracks for Dave Brubeck · Lindi Ortega ...
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