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Document 09/03/2012

 

 

Grévy : « un voyou profanateur, un goujat iconoclaste ».
Casimir-Périer : « une épave, un vagabond de la politique ».
Loubet : un « cornichon pourri ».
Lebrun : « une tête à faire tourner la mayonnaise ».
Auriol : « une pauvre nouille bedonnante ».
De Gaulle : « un paranoïaque et un malade ».

 

 

 

http://www.mollat.com/cache/Couvertures/9782221115640.jpgInsulter le chef de l'État est une tradition bien française ; c'est également un délit particulier, prévu par l'article 26 de la loi sur la presse de 1881, qui punit l'offense au président de la République d'une amende ou même de prison.

Depuis 1974 et une annonce officielle de Valéry Giscard d'Estaing, il n'y avait plus de poursuites pour offense au président en France. «Accordéoniste de mes deux, enflé de Chamalières, vieux beau, peigne-cul, Giscard à la barre», pouvait s'amuser Libération sans être poursuivi.

Et puis, par la grâce d'une simple pancarte brandie devant Nicolas Sarkozy («Casse-toi, pov' con»), le délit d'offense au président de la République a resurgi en France en 2008.

Qu'un tel texte existe encore au XXIe siècle n'est certainement pas un drame, mais tout de même : derrière l'offense au président se cachent le droit à la critique, la liberté d'expression, l'insolence de l'insoumission. Et faire l'histoire des insultes au président, c'est raconter l'évolution d'une société, de sa langue, de son degré d'acceptation de la critique. Mais aussi, tout simplement, du combat politique.

Raphaël Meltz est écrivain et cofondateur du magazine Le Tigre.


  • La revue de presse David Caviglioli - Le Nouvel Observateur du 19 avril 2012

 

Nicolas Sarkozy estime qu'il a été insulté comme aucun Président ne l'a été : il devrait lire le très complet «De Voyou à Pov' con» de Raphaël Meltz (Robert Laffont, 19 euros), une histoire des offenses au chef de l'Etat. On y découvre que des journalistes appelaient à la pendaison de Jules Grévy, que d'autres espéraient voir la «carcasse de bois» de Sadi Carnot «disloquée par une bombe». Casimir Périer était un «constipé», les passants frappaient Emile Loubet. Léon Daudet voulait qu'Armand Fallières soit «conduit à l'abattoir, débité, vendu, bouilli et mangé». Antoine Blondin représentait Vincent Auriol en torcheur de bidet. De Gaulle fut décrit dans «le Canard enchaîné» comme un baiseur de mules ou un pétomane, Giscard d'Estaing un «mange-caca» ou une «armoire à merde». Que Sarkozy se rassure, donc.


  • La revue de presse Pascale Robert-Diard - Le Monde du 8 mars 2012

 

Drôlement bonne idée, ce livre. Partir de quatre mots fameux, "Casse-toi, pov' con", et en écrire 270 pages informées et passionnantes sur l'histoire des offenses au chef de l'Etat, de Jules Grévy à Nicolas Sarkozy, c'est le pari réussi de l'écrivain et journaliste Raphaël Meltz. L'affaire est moins anecdotique qu'il n'y paraît car, comme l'écrit l'auteur dans sa préface, l'histoire des insultes au président est un précieux fil rouge pour raconter "l'évolution d'une société, de sa langue, de son degré d'acceptation de la critique et du combat politique". Où l'on découvre que Hervé Eon, le militant de gauche condamné à 30 euros d'amende avec sursis par la cour d'appel d'Angers en mars 2009 pour avoir brandi au passage du cortège de Nicolas Sarkozy, à Laval, un écriteau sur lequel il avait inscrit "Casse-toi pov'con", a de multiples prédécesseurs...


  • Les courts extraits de livres : 17/02/2012

 

Introduction - Est-ce grave ? Ce n'est peut-être pas très grave ; c'est peut-être même anodin. Qu'un texte de loi condamne encore, au XXIe siècle, l'offense au président de la République. Que des individus (au moins deux, au moment où l'écriture de ce livre s'achève) aient été condamnés à ce titre sous la présidence de Nicolas Sarkozy : amende de 30 euros avec sursis pour l'un, trente-cinq heures de travaux d'intérêt général pour l'autre. Bien sûr que les peines sont minuscules; bien sûr qu'on peut penser que la France, la démocratie, la liberté d'expression, ne sont pas en danger.


Mais tout de même. Derrière la notion de l'offense se cache celle de l'insulte; derrière l'insulte, le droit de critique, la liberté du bouffon, l'insolence de l'insoumis. Et, derrière le président de la République, qui se cache donc ? Le souvenir du souverain, du roi régnant sans partage sur son royaume ?


Le délit d'offense au chef d'État tel que nous le connaissons aujourd'hui apparaît dans la loi sur la presse de 1881 : sa naissance suit de peu celle de la IIIe République, même s'il prend la suite d'un délit similaire, l'offense publique au roi, prévu par la loi de 1819, lui-même descendant direct du crime de lèse-majesté. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, le délit n'occasionnera guère de débats. Sous Vichy, il prend une coloration autre, même s'il reste finalement assez peu usité par les tribunaux. C'est de Gaulle qui fera de l'article 26 de la loi sur la liberté de la presse une véritable star des tribunaux : plusieurs centaines de condamnations pour offense au président seront prononcées dans les premières années de la Ve République.


En 1974, Valéry Giscard d'Estaing déclare que cet article de loi ne sera plus utilisé. Ses deux successeurs, François Mitterrand et Jacques Chirac, suivent la même règle de conduite. Entre-temps, une disposition similaire, concernant les chefs d'État étrangers, est supprimée du droit français, en 2004, après une condamnation de la France par la Cour européenne de justice. Il semble alors évident à tous les juristes qu'on ne pourra plus être poursuivi pour offense au président. Survient l'élection de Nicolas Sarkozy. Le président non seulement laisse poursuivre des «offenseurs», mais il attaque lui-même régulièrement pour des délits civils, notamment concernant son droit à l'image.


Faire l'histoire des insultes au président, c'est raconter l'évolution d'une société, de sa langue, de son degré d'acceptation de la critique; c'est faire l'histoire de la satire, des gros mots, de la provocation, mais aussi tout simplement du combat politique. C'est également se pencher sur la question du statut pénal du chef de l'État, qui a changé en 2007, à la fin du dernier mandat de Jacques Chirac : le président ne peut désormais plus être poursuivi durant son mandat. Un président protégé de l'offense, et qui peut poursuivre sans être poursuivi : est-ce vraiment le signe d'une démocratie apaisée ?

 

De voyou à pov' con : Les offenses au chef de l'Etat de Jules Grévy à Nicolas Sarkozy

Auteur : Raphaël Meltz

Date de saisie : 25/04/2012

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Robert Laffont, Paris, France

 

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