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« Des foyers de divertissement pour l’armée d’occupation »
« Des foyers de divertissement pour l’armée d’occupation »

 

ll y a cinquante ans, la France fermait ses maisons closes. Natacha Henry, journaliste et féministe, publie une biographie de celle qui a donné son nom à la loi de 1946, Marthe Richard. Entretien.

Pourquoi avez-vous eu envie d’écrire une biographie de Marthe Richard ?

Natacha Henry. Marthe Richard a donné son nom à la loi de 1946 qui ordonne la fermeture des maisons closes. Elle a fait fermer les prisons qu’étaient les bordels, tout en ouvrant la voie aux nostalgiques, qui regrettent les maisons closes d’antan. On parle donc de la « loi Marthe Richard ». Cette étape essentielle dans l’histoire de la prostitution fait d’elle un personnage historique. Il n’existe aucune autre biographie de Marthe Richard, à part une enquête menée par Alphonse Boudard dans son livre La Fermeture (1). Marthe Richard a publié une autobiographie fantaisiste, Mon destin de femme (2) dans laquelle elle ment beaucoup.

Qui était Marthe Richard pour pousser à la fermeture des maisons closes ?

Natacha Henry. En 1946, elle est connue du public français. Un roman de 1932 et un film de 1937 avec Edwige Feuillère et Erich von Stroheim, Marthe Richard, espionne au service de la France, l’ont rendue célèbre. En effet, maîtresse d’un gradé allemand en 1916, à la demande des services secrets, son destin a même croisé Mata Hari, à Madrid. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1945, bien qu’elle ait eu de forts liens avec la Gestapo, elle se fait élire au Conseil de Paris, sur une liste de la Résistance. Les abolitionnistes lui demandent de porter le projet de fermeture. Les maisons closes dépendaient des municipalités. Le 15 décembre 1945, elle prononce un discours demandant au préfet de police de Paris la fermeture. Marthe Richard n’était pas très politisée mais elle avait été prostituée à 16 ans, autour des casernes, à Nancy. Elle avait eu la syphilis et la santé des femmes lui importait beaucoup. En outre, les bordels avaient été des foyers de collaboration et de divertissement pour l’armée d’occupation. Dans le livre, j’ai apporté un éclairage important sur cette époque. Le climat en 1946 est favorable à la fermeture.

Quel est son parcours ?

Natacha Henry. Marthe Richard est née en Lorraine en 1889. Elle a été couturière avant de se prostituer. A 16 ans, elle s’est enfuie d’une maison de correction, a rejoint Paris, a rencontré un homme riche, qui lui a permis de réaliser son rêve : devenir aviatrice. Elle a obtenu son brevet de pilote en 1913. Quand son mari a été tué à Verdun, elle a essayé de travailler pour l’armée française, en tant qu’aviatrice. Mais à l’époque, ces emplois étaient réservés aux hommes. C’est pourquoi on lui a proposé l’espionnage horizontal. Dans les années 1930 elle est célèbre, jusqu’à la loi qui porte son nom. Par la suite, elle s’est prononcée en faveur de la réouverture de maisons closes sous forme de cliniques aseptisées.

La loi porte son nom mais elle n’était pas députée…

Natacha Henry. Elle était élue à Paris, pas députée. Les abolitionnistes ont fait pression sur les députés pour que la fermeture porte sur tout le territoire national, c’est la loi du 13 avril 1946. Par son second mariage avec un Anglais, Marthe Richard était Britannique et non plus Française. En outre, elle était inculpée pour recel de vol. Elle a donc été utilisée et comme elle adorait la gloire, elle a amplifié son rôle. Donner son nom à une loi, c’est vraiment une imposture…

Natacha Henri, Marthe Richard, l’aventurière des maisons closes, Editions Punctum, mars 2006, 18,50 e/

1er avril 2006 - Clémentine Autain

http://www.regards.fr/article/?id=2324

 

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