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Recueil de lettres écrites par le futur Céline ou adressées à lui entre 1912, date à laquelle il s'engage dans la cavalerie, et 1919, où il commence sa médecine. Inédites, elles furent conservées par sa mère jusqu'à sa mort en 1945 puis par son oncle qui les remit à l'écrivain en 1951. Elles témoignent de son séjour au Cameroun, de son expérience de la guerre et de sa trajectoire intellectuelle.


Quatrième de couverture

En 1912, Louis Destouches, dix-huit ans, s'engage dans la cavalerie. En 1919, il s'apprête à commencer sa médecine. Entre ces deux dates, les cuirassiers, la guerre, une blessure, des hôpitaux, Londres, des femmes, l'Afrique, la découverte d'une double vocation littéraire et médicale, le retour en France et une tournée de propagande contre la tuberculose. Les lettres ici réunies retracent cette sinueuse trajectoire. Conservées par sa mère puis par son oncle, elles furent remises à Céline à son retour d'exil, en 1951, et restèrent inédites. Beaucoup sont de lui. D'autres lui sont adressées. D'autres encore sont écrites à son sujet. Celles qu'il envoya d'Afrique complètent notre information sur son séjour au Cameroun. Celles qui évoquent l'engagé au 12e cuirassiers ou le soldat au combat comblent de véritables lacunes. Elles réservent en particulier des surprises aux lecteurs de Casse-pipe et de Voyage au bout de la nuit. Au-delà de la multiplicité des auteurs, des formes et des intentions, ces lettres constituent donc d'irremplaçables documents : elles nous aident à comprendre comment Louis Destouches put devenir Céline.

Devenir Céline
lettres inédites de Louis Destouches et de quelques autres, 1912-1919
Gallimard , Paris
collection Hors série littérature
Parution :  novembre 2009

Fiche technique

  • Page : 202 p



LE CAPITAINE SCHNEIDER

À FERNAND DESTOUCHES

Rambouillet, le 22 nov. 1912


Cher Monsieur,

Il ne faut pas que votre fils se décourage, il a tout pour bien faire et il doit réussir, en dominant par la volonté la dépression qu'il subit en ce moment.

Nous avons eu pour lui, depuis son arrivée à l'Escadron, toute la patience possible, tenant compte de son peu d'aptitude au cheval et de son peu d'entraînement physique.

Mais je crois qu'au Cours des Élèves Brigadiers qu'il suit en ce moment ces ménagements n'ont pu lui être continués.

J'ai pourtant attiré sur lui, tout dernièrement encore, la bienveillante attention de l'officier qui en est chargé,

— mais il échappe, pour ce qui est de ce Cours, à ma direction.

Je viens de lui faire donner un cheval plus facile, pour qu'il ait moins de fatigue et d'appréhension, et je sais que son officier de Peloton lui a un peu remonté le moral qui en avait besoin.

Vous voyez qu'il n'est pas abandonné, mais il ne faut pas qu'il s'abandonne lui-même, et il y a des choses faciles, de soin, où il pourrait mieux faire. Je le lui ai dit et j'espère qu'il en tiendra compte. Il est intelligent, bien élevé, instruit, il faut qu'il me fasse un Brigadier et un sous-officier

Ensuite. Je me rends très bien compte du changement complet de son existence et de la fatigue physique et morale qu'il peut en éprouver, — mais il faut persévérer. Je le considère comme un très bon sujet et suis heureux de l'avoir sous mes ordres, et s'il a besoin de conseils, il peut venir me trouver en toute franchise. Mais je suis d'avis qu'il doit continuer à suivre le cours des Élèves Brigadiers et s'y faire remarquer en BIEN, même si la question « cheval » reste son point faible, ce qui n'est pas dit, car un beau jour ça ira.

Je l'envoie en permission de 24 h, malgré l'avis défavorable de l'officier du Cours, pensant que cette faveur lui fera du bien, et s'il tient bon jusqu'à Noël, je lui donnerai tout ce qui sera possible à ce moment.

Dites bien, je vous prie, tout cela à votre fils en y ajoutant vos bons conseils, et j'espère que d'ici peu il aura repris courage.

Son échec au Brevet d'aptitude m[ilitair]e n'a aucune importance, si ce n'est qu'il dénote sa faiblesse en Équitation.

Tout cela s'arrangera, — et s'il en était autrement, pour vous éviter tout dérangement, je vous écrirais ou passerais vous en parler.

Veuillez croire, Cher Monsieur, à mes sentiments les meilleurs, — et à tout l'intérêt que très sincèrement je porte à votre fils.

Schneider

Capne Cdt au 12e Cuirassiers


LE GÉNÉRAL ROSSIGNOL

À FERNAND DESTOUCHES

Saint Germain en Laye, le 28 nov. 1912


Monsieur

J'ai reçu hier, seulement, les renseignements que j'avais demandés à Rambouillet au sujet de votre fi ls et je m'apprêtais à vous les transmettre, ce matin, quand j'ai reçu la visite de Madame Destouches.

J'estime que votre fils doit prendre confiance et rien ne me paraît dans les comptes-rendus être de nature à lui donner lieu de se désespérer.

Le médecin militaire l'a examiné soigneusement, il n'a aucune lésion, est bien constitué et d'un développement musculaire moyen, son poids qui était de 70 kil. est actuellement de 68, mais cette diminution s'explique aisément en raison de son âge et de sa profession antérieure.

Son entraînement aux divers exercices nécessite des ménagements, une note dans ce sens a été portée sur le cahier de visite et l'officier chargé des élèves brigadiers lui a dit que lorsqu'il serait fatigué il n'aurait qu'à le dire et qu'il l'exempterait d'une partie du service.

Le Capitaine commandant, de son côté, reconnaît qu'il est intelligent, instruit et pourra faire plus tard un bon gradé ; il est d'avis qu'il doit donc continuer à suivre le cours des élèves brigadiers.

Je dois aller d'ici peu à Rambouillet et j'en profiterai pour voir encore sa situation et ce qu'il sera possible de faire.

Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.

Gal Rossignol

Devenir Céline. Lettres inédites : 1912-1919

Par L'EXPRESS.fr, publié le 12/11/2009 12:23 - mis à jour le 13/11/2009 17:39

http://www.lexpress.fr/culture/livre/devenir-celine-lettres-inedites-1912-1919_827859.html




 

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