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http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/files/2009/12/page-876x12661c.1260754227.JPGDocument archive du 01/02/2003 - Coup de balai sur les trottoirs de l'Hexagone : le ministre de l'Intérieur s'attaque au racolage passif, les sénateurs dénoncent l'esclavage moderne. Qu'il semble loin l'univers ouaté des cocottes convoitées par les grands de ce monde ! Retour sur le quotidien des plus en vue de ces dames... et de leurs clients.


La prostitution n'a pas toujours eu le sens qu'on lui donne de nos jours. Chez les Anciens, elle est associée à  l'idée d'hospitalité. En Egypte et en Inde, elle est organisée par des prêtres et à  leur propre bénéfice. Plus tard, les potentats d'Asie organisent le " travail " en série, dans des établissements d'État.


La première réglementation est établie en Grèce par Solon qui fonde à  Athènes les maisons closes. Il confie la direction de ces institutions d'État à  des fonctionnaires des contributions, les pornotropos , qui se chargent d'encaisser l'argent des clients et de le reverser au trésor public !


A côté des prostituées ordinaires, apparaît une nouvelle catégorie de pratiquantes, d'un rang supérieur, les hétaïres qui agrémentent de leur présence les grandes réceptions et les dîners officiels. Par leur éducation et leurs manières, elles sont les ancêtres des courtisanes de la Belle Époque. Dans la Rome antique, les maisons de tolérance vont se multiplier sous le nom de lupanar .


En 531, l'empereur Justinien, afin de lutter - déjà  - contre les proxénètes et les souteneurs, essaie d'interdire la prostitution. Ce n'est là  qu'une des multiples et vaines tentatives pour éradiquer le phénomène. Sous l'influence du christianisme, la prostitution est pourchassée. Charlemagne l'interdit de manière formelle par un capitulaire qui est le premier texte juridique en la matière. La sanction, à  l'époque, frappe surtout la femme, qui est fouettée en place publique. Mais toutes les tentatives de suppression se heurtent aux causes mêmes de la prostitution : la misère, qui sévit un peu partout dans le royaume et le lucre des familles des prostituées. Le vertueux Saint Louis lui-même devra se résoudre, par une ordonnance de 1254, à  autoriser la réouverture des maisons publiques.


Dans le domaine de la santé, des mesures sont prises en 1370 avec la reine de Naples, Jeanne Ire, qui rend obligatoire une visite médicale des filles publiques tous les samedis. Cependant, vers la fin du XVIe siècle, la morale religieuse s'insurge. Un arrêt des États d'Orléans supprime les bourdeaux, comme on nomme alors les maisons. En même temps, est instituée une réglementation qui prescrit d'expulser les individus atteints de maladies vénériennes sous peine de... noyade ! Louis XIV va se montrer encore plus sévère : soucieux de la santé de ses troupes, il publie en 1687 une ordonnance impitoyable : conseil de guerre pour les soldats qui fréquentent des prostituées, oreilles et nez coupés pour quiconque protège la prostitution. Le racolage est poursuivi, l'hôtelier qui accueille des filles publiques et leurs clients est frappé d'une amende de 500 livres. Comme d'habitude, c'est surtout sur les filles que s'abat la répression.


L'hostilité du pouvoir n'empêche pourtant pas, au siècle suivant, le phénomène de se développer, notamment à  Paris, dans le quartier du Palais-Royal. On voit même, en 1790, des courtisanes adresser une pétition à  l'Assemblée nationale pour protester contre les titres déshonorants dont on les gratifie. La Révolution tente d'imposer une réglementation codifiée et, un peu plus tard, le Directoire s'efforce à  son tour d'endiguer la pratique. Pourtant, à  partir du XIXe siècle, tous les pays, à  défaut de l'autoriser, vont finir par tolérer - c'est le terme employé - l'existence de la prostitution.


Celle-ci, à  cette même époque, va subir une profonde métamorphose, en ce sens qu'à  côté des prostituées habituelles apparaît une nouvelle catégorie de filles galantes dont l'activité s'exerce dans un tout autre registre. Avec elles, plus question de racoler sur la voie publique, ni de devenir " pensionnaires " d'une maison de tolérance. Elles refusent qu'on les appelle prostituées ; désormais, ce sont des courtisanes ou encore des " demi-mondaines ". Gracieuse, frivole, audacieuse, avec juste ce qu'il faut d'élégance et d'esprit, la courtisane va régner des débuts du Second Empire au premier coup de canon de la guerre 1914-1918, en véritable idole que célèbrent ses fidèles, les hommes... Car ils y passent tous, rois, ducs, banquiers, militaires, fils à  papa... Tous, impatients de déposer leurs offrandes aux pieds de la déesse... Celle-ci a les quartiers de noblesse qu'elle s'est elle-mime octroyés : une demi-mondaine se doit en effet de porter un nom de guerre à  particule qui fait oublier ses origines modestes. Car souvent elle vient de la rue, et souvent aussi elle y retournera, une fois sa jeunesse enfuie. Mais entre-temps, quel parcours ! Avec virtuosité, elle a su s'intégrer à  son nouveau milieu, traiter d'égal à  égal avec les plus hauts personnages, jeter par les fenêtrés des fortunes que ses admirateurs lui ont apportées sur un plateau.


Elle est encouragée dans ses folles dépenses par son protecteur lui-même, dont elle consacre la réputation mondaine. Dans l'aristocratie comme dans la haute bourgeoisie, il est alors de bon ton d'avoir une maîtresse en renom et de la montrer. A cet égard, le théâtre se révèle le meilleur des pourvoyeurs. Pour les courtisanes, sauf exception, il ne s'agit pas de faire carrière à  la scène, mais de s'en servir comme tremplin pour exciter la convoitise des amateurs. A cette époque, le théâtre occupe en effet une place prépondérante dans la vie parisienne et draine chaque soir un public masculin aussi nombreux que fortuné. Que ce soit à  l'Opéra, à  la Comédie-Française ou dans les salles des boulevards, il y a chaque soir un " marché " qui se conclut et qui consacre une nouvelle souveraine des plaisirs.


La plupart du temps, cette dernière a des débuts modestes qui confinent à  la simple prostitution, jusqu'au jour où elle rencontre le " pigeon " idéal qui l'installe dans ses meubles et la comble de présents. Alors, à  elle l'hôtel particulier, les toilettes les plus élégantes, une domesticité nombreuse, les bijoux étincelants ! Pour faire face aux exigences de la dame, il faut avoir les reins solides. En veut-on quelques exemples ? Anne Deslions, courtisane très recherchée sous le Second Empire, a une technique singulière : lorsqu'elle doit passer la nuit avec un monsieur, elle fait porter chez lui dans la journée par sa femme de chambre son déshabillé sur lequel elle a laissé, comme par mégarde, l'étiquette avec le prix du vêtement, en général trois mille francs, si bien que, d'après la facture, le monsieur peut estimer ce que la nuit elle-même lui coutera !


Un noble Hollandais, Heinrick V. H. fait la connaissance d'une jeune fille dont il tombe amoureux... Passion fatale qui lui coutera la bagatelle d'un million de francs-or que la jeune personne emploiera pour s'offrir un hôtel particulier. Quand au jeune comte Marie de Pourtalès, c'est l'héritage complet de sa famille - deux millions - qui y passe pour les beaux yeux d'une jeune comédienne. De son côté, le duc d'Uzès, est si fortement ponctionné par la fameuse Emilienne d'Alençon que sa famille le pourvoit d'un conseil judiciaire et l'expédie au Congo, afin qu'il perde le goût de cette croqueuse de diamants. Hélas ! c'est la vie qu'il y perdra.


Parfois, les prodigalités des Messieurs de ces dames s'accompagnent d'une certaine fantaisie. Ainsi, sous le Second Empire, Hortense Schneider, qui a autant de succès à  la ville qu'à  la scène, choisit ses admirateurs parmi les têtes couronnées ou les fils de famille, au point que sa loge, au théâtre des Variétés, est surnommée " le passage des princes ", fréquentée entre autres par le roi de Prusse, le roi de Suède, le futur roi d'Angleterre Edouard VII, le tsar de Russie, le khédive d'Egypte et aussi de jeunes millionnaires comme le duc de Gramont-Caderousse. Le jour de Pâques, Hortense voit arriver sous ses fenêtres un chariot gigantesque, portant un non moins gigantesque œuf de Pâques. L'œuf s'ouvre en deux et laisse apparaître un élégant coupé attelé à  deux chevaux, avec son cocher et son postillon.


Ce genre de folie n'est évidemment pas à  la portée de toutes les bourses et rares sont les demi-mondaines qui réussissent à  " dénicher " un tel client. S'il y a beaucoup de candidates, peu d'élues atteignent les sommets de la galanterie. Pour la plupart, elles demeurent soumises aux incertitudes d'une activité précaire, jusqu'au jour où, atteintes par la limite d'âge, elles se retrouvent à  leur point de départ et sont tout heureuses d'épouser un brave provincial, ignorant de leurs frasques passées. A partir de 1900, débutent les années auxquelles on a donné le nom de Belle Époque et qui voient les prostituées séparées en deux catégories nettement différentes l'une de l'autre : au bas de l'échelle, rien qu'à  Paris, il y a alors 6 000 filles fichées par la Préfecture de police, dont 382 en maison. En province, les chiffres sont évidemment moins élevés, mais une ville comme Lyon compte quand même 1 000 prostituées dans la rue pour 264 pensionnaires de maisons. Au début du XXe siècle, on compte environ 250 usines à  plaisir dont 47 à  Paris.


Mais à  côté de cet aspect plutôt misérable de la prostitution, il y a un petit nombre de privilégiées qui tiennent le haut du pavé. Précisément à  la Belle Époque, elles sont trois dont les exploits amoureux sont tels que leur renommée est parvenue jusqu'à  nous. On les appelle les " Trois Grâces " ou les " Trois Grandes " : Liane de Pougy, la Belle Otero et Emilienne d'Alençon. Plus que toutes leurs rivales, elles sont désirées, adorées, célébrées. Quand elles font leur entrée chez Maxim's, au Café Anglais ou à  la Maison Dorée, un vent de curiosité soulève l'assistance et un murmure d'admiration les accompagne jusqu'à  leur table, tandis que le Monsieur qu'elle traîne derrière elles comme un petit toutou se rengorge de fierté.


Ces trois courtisanes de luxe, qui appartiennent à  des milieux très différents, ont entre elles un point commun : la galanterie est chez elles une vocation qui dirige leur comportement dans l'existence. Liane de Pougy, de son vrai nom Anne-Marie Chassaigne, est fille d'officier ; élevée dans une famille bourgeoise, elle est mariée à  16 ans à  un jeune lieutenant de vaisseau, Armand Pourpe. Mais après quelques mois d'union, le lieutenant Pourpe rentrant chez lui à  l'improviste - quelle imprudence ! - la découvre dans les bras d'un autre homme. Le scandale qui s'ensuit détermine la séparation des époux. Consciente de sa " valeur marchande ", elle est bien décidée à  en tirer profit. Ayant choisi le nom de Liane de Pougy, après quelques amants de rencontre, elle fait ses débuts aux Folies-Bergère où elle présente un numéro de magie vêtue d'un collant noir qui ne laisse rien ignorer de ses formes. Le prince de Galles se trouvant alors à  Paris, elle se paie d'audace et lui adresse une invitation : " Monseigneur, je serai consacrée si vous daignez m'applaudir. " Elle a visé juste, le futur roi d'Angleterre apprécie ses charmes et, à  sa suite, d'autres hauts personnages, dont le comte de Mac Mahon, le fils du président de la République. Elle a bientôt son hôtel particulier et une collection de bijoux qu'enrichissent encore davantage plusieurs grands-ducs russes, lors d'un séjour à  Saint-Pétersbourg. Un baron allemand fortuné prend le relais et verse à  la belle une rente de 5000 francs par jour qu'elle passe auprès de lui.


Se piquant de littérature, fréquentant l'intelligentsia de l'époque, Liane écrit plusieurs romans dont le style donne au lecteur d'aujourd'hui une irrésistible envie de rire. A quarante et un ans, fortune faite, Liane juge qu'il est temps de se ranger. Elle épouse Georges Ghyka, un prince roumain de quatorze ans plus jeune qu'elle. Oubliées les frasques de la courtisane, la " princesse " se veut désormais un exemple de vertu. Elle mourra en odeur de sainteté, sœur du tiers ordre de saint Dominique ! Que de chemin parcouru depuis l'alcôve d'Edouard VII ! Entre-temps son " palmarès ", outre ceux qu'elle a ruinés, compte trois désespérés qui se sont suicidés parce qu'elle les dédaignait, ce qui avait valu en Amérique à  notre hétaïre le surnom significatif de " suicidal sirene ".


Caroline Otero est, elle, une artiste authentique, carrière qu'elle mènera parallèlement à  celle de courtisane. Elle commence très tôt à  exercer ses talents. Fille d'une Gitane, elle connaît une enfance misérable, dont elle s'évade en dansant dès 14 ans dans des bouges de Barcelone. Un jour, elle prend le train pour Paris. Elle n'a pas de billet, mais elle subjugue le contrôleur. Dans la capitale elle va vite s'imposer aussi bien à  la scène... qu'à  la ville. D'un caractère impétueux, elle n'hésite pas à  " corriger " certaines de ses rivales, tout en faisant, elle aussi, de fructueuses conquêtes. Ainsi va-t-elle dénicher un " oiseau rare " en la personne d'un banquier allemand, le baron Ollstreber. Il est très laid, mais il offre chaque jour un bijou à  la belle Espagnole: " Dans ces conditions, déclare-t-elle, on ne peut même plus dire qu'un homme soit laid ! "


Effectivement, Ollstreber fait bien les choses puisqu'il offre à  la Belle Otero un collier de perles ayant appartenu à  l'impératrice Eugénie et la rivière de diamants de l'infortunée Marie-Antoinette. C'est à  Berlin qu'elle a connu Ollstreber. Dans la capitale allemande, elle fait une conquête encore plus prestigieuse : l'empereur Guillaume II en personne, qui va jusqu'à  écrire pour elle l'argument d'une pantomime qu'elle jouera dans un grand théâtre de la ville. Autre tête couronnée à  avoir succombé aux charmes de Caroline : Edouard VII d'Angleterre.


Tout au long de sa carrière, la Belle Otero s'y prend à  merveille pour " faire payer " ses admirateurs. Encore un exemple : un autre banquier allemand - elle les collectionne ! - lui offre chaque mois 10 000 francs rien que pour déjeuner avec elle chez Maxim's. Lors d'un de ces repas, il lui demande ce qu'elle exigerait pour passer une demi-heure - pas plus - avec lui en tête à  tête : " 25 000 francs ! " répond la belle. Marché conclu. Rendez-vous est pris ; le banquier arrive chez elle et remarque qu'elle a disposé une pendule sur la cheminée de sa chambre. Impatient de réaliser son rêve - il n'a que trente minutes ! - notre homme se précipite, mais Caroline l'arrête, elle veut d'abord lui montrer son album de famille. Il n'en a rien à  faire, mais il est bien obligé de s'incliner. Bouillant d'impatience, il voit défiler sous ses yeux une noria d'oncles, de tantes et de cousins espagnols. Soudain, la pendule sonne : " Que le temps passe vite en votre compagnie !" s'écrie Otero en se levant pour raccompagner son visiteur . Celui-ci n'a eu que le temps d'ôter une de ses bottines, pour 25 000 mille francs !


Tous les trésors que l'Espagnole a accumulés, s'en iront hélas comme la fumée sur les tables de jeux. Elle mourra presque centenaire, subsistant grâce à  une petite rente que lui verse le casino de Monte-Carlo, en reconnaissance des millions qu'elle lui a laissés.


Emilienne André - qui prendra le nom plus ronflant d'Alençon - est la fille d'une concierge de Montmartre. A quinze ans, ayant compris que sa beauté est le plus court chemin qui mène à  la fortune, elle quitte la loge maternelle et, comme tant d'autres, se montre sur les planches en quête d'un commanditaire. Au cirque d'Eté, elle présente un numéro où elle dresse des petits lapins blancs. C'est là  que le jeune duc d'Uzès la remarque et en tombe éperdument amoureux. A Londres, il la présente même au duc d'Orléans, le prétendant au trône, qui la salue en ces termes : " Bonjour, ma petite cousine d'Alençon.


- Monseigneur, réplique Emilienne, quand vous serez roi de France, je me permettrai de vous rappeler le nom que vous me donnez. "


Un peu plus tard, elle joue un page dans une revue des Folies-Bergère, quand le roi des Belges, Léopold II, la remarque. " Les rois, raconte Emilienne, je devais les connaître ; Léopold n'avait qu'un désir, passer inaperçu. Cuire un œuf lui-même au plat lui paraissait le comble du bonheur. " Lorsqu'il vient voir Emilienne, le roi est escorté discrètement par deux inspecteurs de police qui attendent devant la porte qu'il ait terminé son " entretien " avec la jeune femme ; celle-ci les en prévient en agitant les rideaux de son salon. La belle attrape dans ses filets un autre souverain : Edouard VII d'Angleterre, puis, désireuse de se ranger, elle épouse, à  la veille de la Première Guerre mondiale, un jockey anglais et mène une vie bourgeoise à  Maisons-Laffitte. Mais son mari est tué au front en 1916. Emilienne tombe peu à  peu dans la drogue et le dénuement. Elle meurt à  Nice en 1945, oubliée de tous.


Ajoutons que, lors de leurs voyages officiels en France, certains chefs d'État étrangers ne résistaient pas au désir de présenter leurs hommages à  l'une des " Trois Grâces " : dans ce cas, le protocole de la République leur octroyait un alibi en mentionnant qu'ils avaient rendu visite... au président du Sénat !


La guerre de 1914 sonne le glas des courtisanes. La clientèle huppée qui les fréquentait, mais qui n'a plus les mêmes moyens, se rabat sur des " maisons " de bonne tenue. Certains de ces établissements de luxe (une trentaine en 1922) ont laissé un nom dans l'histoire des amours tarifés : le One-Two-Two, ainsi nommé parce que situé au numéro 122 de la rue de Provence, le Sphinx, et surtout, le Chabanais, dont l'écrivain Florent Fels disait qu'il était " un musée national, un monument historique comme le Louvre ou la tour Eiffel ". On y croisait le Tout-Paris des lettres, des arts et de la politique, accueilli dans une atmosphère feutrée et luxueuse - la " chambre japonaise " de l'établissement avait méme obtenu un prix à  l'Exposition universelle de 1937.


Pendant des décennies, le Chabanais, tout comme les centaines d'autres établissements du même ordre, continuera d'attirer une clientèle recrutée dans toutes les couches de la société jusqu'à  cette loi du 13 avril 1946 qui ordonne leur fermeture. Une loi dont l'initiatrice est Marthe Richard - elle-même une ancienne fille publique, reconvertie dans la moralité - et le rapporteur un certain M. Jouy, un nom qui ne s'invente pas...


Alors, du jour au lendemain, des légions de prostituées se mettent à  arpenter les rues, tandis qu'à  un niveau plus élevé, apparaissent les call girls , version moderne des courtisanes d'antan. Les unes et les autres enrichissent des proxénètes venus de tous les horizons du monde. Non, décidément, la prostitution n'est plus ce qu'elle était !



Par Claude Dufresne *

Marthe Richard démythifiée

http://www.dailyaviator.com/2006-08-pages/images/08-marthe-richard.jpgConseillère municipale de Paris en 1946, Marthe Richard voit son nom attaché pour toujours à  la fermeture des maisons closes. Pourtant, avant même qu'elle se soit rendue célèbre de cette manière, l'existence de Marthe Richard évoque par ses péripéties le plus ténébreux des romans-feuilletons.


Née Marthe Betenfeld, en 1889, dans un petit village de Meurthe-et-Moselle, elle quitte très vite sa famille... pour se livrer à  la postitution à  Nancy, où elle est mise en fiche par la préfecture. Jolie fille, dénuée de scrupules, elle déniche un riche mandataire aux Halles, Henri Richer, qui finit par l'épouser. D'un tempérament hardi, elle se passionne alors pour l'aviation naissante et devient l'une des premières femmes à  obtenir son brevet de pilote. Arrive la guerre de 1914. Son mari meurt au front en 1916 et elle entre en contact avec le capitaine Ladoux, qui dirige le 5e Bureau de contre-espionnage. Il la recrute. C'est alors qu'elle prend le nom de Marthe Richard. Pour Ladoux, elle effectue différentes missions, dont une en Espagne au cours de laquelle elle devient la maîtresse d'un attaché militaire allemand. Par la suite, Marthe Richard et Ladoux vont surévaluer leur rôle. Grâce à  cette affabulation, Marthe Richard passera longtemps pour une héroïne nationale, sera décorée de la Légion d'honneur et verra ses exploits faire l'objet d'un film (Marthe Richard d'Erich Von Stroheim, 1937) où elle sera incarnée par Edwige Feuillère. Elle écrit un livre de souvenirs, Mon destin de femme , véritable tissu d'inventions où elle se drape dans les voiles de la respectabilité. Pendant l'Occupation, elle s'attribue un rôle héroïque loin de correspondre à  la vérité. Pourtant, lorsqu'elle meurt en 1982, à  93 ans, la presse rend hommage à  " la glorieuse espionne " et à  la vertueuse protectrice de la morale bourgeoise. Seul, Le Figaro émet alors quelques doutes sur sa véritable personnalité, doutes qui, aujourd'hui, se sont mués en certitudes.


Repères

XIVe siècle

En 1370, la reine Jeanne Ire rend obligatoire une visite sanitaire hebdomadaire des filles publiques.


XVIe siècle

En 1560, l'édit d'Amboise promulgue la fermeture des maisons publiques.


XXe siècle

En 1946, Marthe Richard fait voter une loi pour la fermeture des maisons closes. La prostitution sauvage gagne du terrain.


La vie mondaine des demi-mondaines

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=6816

 



Liens utiles sur le blog :


Les maisons closes, 1830-1930

"le péril vénérien" sous la troisième république

"aux bons soins" de la brigade mondaine...

Marthe richard, un itinéraire presque parfait ....

Prostitution sous l'occupation allemande ...

Les "bordels" du moyen âge

fripon, sublime ou atroce: le sexe en temps de guerre

Les secrets des bordels des camps nazis...

Le one-two-two, un bordel parisien

Le chabanais, un bordel parisien ...

Etre lesbienne sous le iiie reich

La chasteté ... De nos croisés !

Réouverture des maisons closes ?

Policiers et prostituées à la belle epoque

« Des foyers de divertissement pour l’armée d’occupation »

Guy de Maupassant : La maison Tellier

Marthe Richard, "une aventurière habile" ?

 

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