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http://prod.jdf.lefigaro.fr/basemedias/2007/07/28/624303001_1.gifLa Crise européenne - L'Histoire, en Europe, a pris un singulier coup d'accélérateur, en quelques semaines, de la crise grecque aux plans de rigueur qui se succèdent dans les pays les plus fragiles de l'Union...

Joseph Savès a cherché un sens à ces événements qui nous déroutent, à la lumière du passé récent et des expériences plus ou moins heureuses de l'entre-deux-guerres. Son analyse est sévère. Nous ne pouvons que souhaiter qu'il se soit trompé.

Pour tâcher de comprendre la politique «déflationniste» des gouvernements européens d'aujourd'hui et les enjeux monétaires, nous vous proposons par ailleurs un retour sur quelques événements similaires des années 1920 et 1930 ...



16 juillet 1935

La déflation Laval



Le 16 juillet 1935, à Paris, le président du Conseil Pierre Laval promulgue 29 décrets-lois.

Entre autres mesures, ils comprennent une réduction générale de 10% de toutes les dépenses publiques. Y compris les salaires des fonctionnaires et les intérêts des emprunts.

Cette politique dite de «déflation» (diminution des salaires et des prix par voie d'autorité) est la seule manière qu'a trouvé le président du Conseil de relancer l'activité et les échanges sans avoir à dévaluer la monnaie.

Il n'atteindra ni l'un ni l'autre de ces objectifs et laissera le pays plus désemparé qu'avant...

Joseph Savès



Une rapide dégradation des comptes

Grâce à la dévaluation Poincaré, en 1928, et aussi à la moindre intégration de la France dans les échanges internationaux, le pays a été d'abord peu affecté par le krach boursier de Wall Street, en octobre 1929. Mais la dévaluation de la monnaie anglaise, le 21 septembre 1931, lointaine conséquence de la réévaluation de la livre par Churchill (1925), vient tout chambouler alors même que la crise mondiale pouvait sembler en voie de résorption.

La France découvre à son tour la crise économique, avec une baisse de l'activité industrielle et une augmentation sensible du nombre de chômeurs. Or, la classe politique, éprouvée par l'audace de Poincaré, qui a divisé par quatre la contrepartie en or du franc, ne veut plus entendre parler de dévaluation et s'accroche à la parité or de sa monnaie.

Pour retenir les détenteurs de francs autant que faire se peut, les taux d'intérêt progressent en France de 3,9% à 5,6% entre 1931 et 1936, alors qu'ils diminuent dans le même temps de 4,6% à 2,9% au Royaume-Uni et de 3,6% à 2,7% aux États-Unis.

Les investissements et la consommation, à cause du coût élevé du crédit, chutent en conséquence. Les exportations tombent de 14,2% à 6% du PIB et les entrepreneurs se replient sur l'empire colonial, qui absorbe 32% des exportations françaises en 1935 contre seulement 20% en 1929. Le chômage progresse jusqu'à frapper un million de personnes, alors qu'il régresse dans la plupart des autres pays, y compris en Allemagne, désormais aux mains des nazis.

L'austérité à tous les étages

Le 31 janvier 1933, alors qu'à Berlin, la veille, le Reichspresident von Hindenburg a appelé Hitler à la chancellerie, à Paris, le président Paul Doumer appelle à la présidence du Conseil Édouard Daladier.

Le nouveau chef du gouvernement soumet à l'Assemblée un programme d'économies budgétaires qui inclut déjà des prélèvements sur les traitements des fonctionnaires. Dévaluer ? Jamais. Le représentant de la France à la conférence économique et monétaire de Londres (juin-juillet 1933), Georges Bonnet, plaide en vain pour le retour à l'étalon-or face à des Américains qui, ayant dévalué leur dollar le 19 avril 1932, ne sont pas pressés d'y revenir.

Les chefs de gouvernement qui succèdent à Daladier reprennent les grandes lignes de sa politique : économies tous azimuts et maintien de la parité or de la monnaie contre vents et marées.

La crise économique et l'impuissance des hommes politiques suscitent une vague d'antiparlementarisme qui culmine avec l'affaire Stavisky, un escroc soupçonné de collusion avec des élus. Édouard Daladier, rappelé le 30 janvier 1934, en pleine affaire Stavisky, est contraint à la démission après les manifestations sanglantes du 6 février. Il est remplacé à la présidence du Conseil par Gaston Doumergue (70 ans), ancien président de la République.

On espère de «l'ermite de Tournefeuille» le même miracle que Poincaré, quelques années plus tôt. Il appelle quelques sommités dans son gouvernement : Herriot, Tardieu et aussi le maréchal Pétain, au ministère de la Guerre !

Mais le miracle ne vient pas. L'opinion se rebiffe face aux mesures déflationnistes, en particulier une tentative de diminuer les retraites des anciens combattants. Le 8 novembre 1934, Doumergue retourne dans sa retraite de Tournefeuille et laisse la place à Pierre-Étienne Flandin.

Après la Grande-Bretagne (1931), les États-Unis (1932) et quelques pays satellites, voilà que la Belgique, à son tour, en 1935, dévalue sa monnaie. Les pays attachés à la parité fixe avec l'or ne regroupent plus que la France, la Suisse, les Pays-Bas et l'Italie de Mussolini. C'est le «bloc-or». Le cercle se resserre mais les Français se cramponnent.

Stricte rigueur

Le 31 mai 1935, Pierre-Étienne Flandin est mis en minorité au Parlement. Le président Albert Lebrun appelle Pierre Laval à la présidence du Conseil. Celui-ci affiche l'objectif de «défendre le franc et lutter contre la spéculation» (car il est bien évident que les tracas du pays ne viennent que de gens mal intentionnés : les spéculateurs !).

Refusant comme ses prédécesseurs de dévaluer la monnaie, il va tenter d'aligner les prix français sur les prix étrangers par une politique autoritaire de déflation active.

Pour cela, le chef du gouvernement procède par décrets-lois. Il s'agit de mesures gouvernementales qui ont valeur de lois sans avoir pour autant été approuvées par le Parlement, siège de la souveraineté populaire !

Laval choisit sciemment de promulguer le premier train de décrets-lois pendant que les députés sont en vacances et deux jours après la Fête nationale, laquelle a donné lieu à Vincennes à un grand rassemblement de l'opposition de gauche.

Il faut dire que ses décrets-lois ont de quoi révulser les citoyens ordinaires. Le premier train, le 16 juillet 1939, comporte, outre la réduction de 10% de toutes les dépenses publiques, diverses économies (augmentation de taxes).

Dans le même temps, le gouvernement prévoit des réductions autoritaires sur les prix pour adoucir l'effet des mesures budgétaires : baisse de 10% du prix du courant et du gaz, baisse de 5% du prix des engrais potassiques (la France est encore un pays essentiellement agricole), baisse sur le prix du pain etc.

La presse conservatrice se félicite de toutes ces mesures. Le journal Le Temps (20 juillet 1935) écrit : «La réduction des dépenses publiques, parce qu'elle allège les charges qui pèsent sur la production, parce qu'elle rend l'aisance au marché des capitaux, parce qu'elle tend à remettre en marche le mécanisme du crédit, ne peut qu'accroître le pouvoir d'achat de l'ensemble des consommateurs» (cité par Alfred Sauvy, Histoire économique de la France entre les deux guerres).

Deux autres trains de mesures, plus techniques, viennent compléter le premier, les 8 août (61 décrets) et 30 octobre (317 !).

Le mécontentement social engendré par la déflation, en rejetant les classes moyennes et les employés vers le Front Populaire, va contribuer à la victoire de celui-ci aux élections législatives du 3 mai 1936. Malgré son mot d'ordre : «Ni déflation, ni dévaluation», le nouveau chef du gouvernement, Léon Blum, va devoir se résoudre à dévaluer le franc en septembre 1936. C'est la conséquence logique d'une politique de déflation qui prétendait l'éviter.


Sur le site Herodote.net


Churchill réévalue la livre (1925)  

 Poincaré dévalue le franc (1928)

 

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