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Avec Simone Bertière, reçue par Laetitia de Witt


Simone Bertière nous propose non pas une biographie d’Alexandre Dumas mais une histoire intellectuelle. L’histoire d’un brillant dramaturge que les circonstances poussèrent au roman historique, genre pour lequel il avait le plus grand mépris et qui lui assura le plus grand succès ! Laissons Simone Bertière nous faire redécouvrir un auteur aimé depuis l’enfance.


Emission proposée par : Laëtitia de Witt  
Référence : pag709
Adresse directe du fichier MP3 :http://www.canalacademie.com/emissions/pag709.mp3
Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/Dumas-et-les-Mousquetaires.html
Date de mise en ligne : 31 janvier 2010

   

Simone Bertière commence par retracer l’enfance et les jeunes années d’Alexandre Dumas, marquées par la mort de son père alors qu’il n’a que quatre ans. Plus tard, lorsque Dumas se lancera en politique, il s’appuiera sur la figure idolâtrée de son père, général opposé à Bonaparte.


Les débuts de Dumas dans la carrière littéraire sont rapides. Artiste passionné déjà gourmand de la vie et de ses plaisirs, il a vingt-six ans lorsqu’il devient la jeune gloire du théâtre romantique auquel il donne son premier drame – avant Hugo lui-même – avec Henri III et sa cour. Il révolutionne le théâtre classique par la forme, en passant du vers à la prose, et par le fond en quittant l’histoire pour l’actualité avec Antony… A la fin des années 1830, vivant dans l’opulence, Dumas est au faîte de la gloire. Mais son talent de dramaturge s’essouffle. Il ne cache pas son mépris pour le roman historique, qu’il accuse de tronquer l’histoire. Pourtant, un double événement va l’amener à reconsidérer les choses : l’invention de la presse à grand tirage et la naissance du roman-feuilleton. Eugène Sue rencontre en effet un succès aussi immense qu’inattendu avec Les Mystères de Paris. Toujours à la recherche d’argent, Dumas perçoit l’intérêt qu’il pourrait retirer d’une conversion progressive à l’écriture. Il est d’abord recruté par la Revue des Deux Mondes et La Presse pour des Scènes historiques et des comptes-rendus de théâtre. Il faut préciser que le théâtre reste l’essentiel de sa vie : en quête de respectabilité, il est persuadé qu’il obtiendra le succès par le théâtre. Voilà pourquoi il s’y maintient, or le théâtre ne fera qu’accélérer sa déchéance.


L’histoire en dramaturge


C’est avec Les Trois Mousquetaires qu’Alexandre Dumas inaugure la série des grands romans historiques qui ont assuré sa célébrité. Sans livrer ses secrets de fabrication, Dumas avoua s’être inspiré d’un vieux livre sur lequel il tomba par hasard : Les Mémoires de M. d’Artagnan, publié en 1700 par un certain Courtil de Sandras. Ce texte apocryphe de mauvaise qualité lui fournit l’origine de son chef-d’oeuvre. Mais il a besoin de se documenter : son imagination ne s’exerce qu’à partir de matériaux, qui lui servent de tremplin. Il a besoin aussi de raconter avant d’écrire : c’est la parole qui libère son écriture. Il trouve la perle rare en la personne d’Auguste Maquet. Petit à petit, Auguste occupe l’emploi enviable et délicat, indispensable et frustrant, de confident littéraire, de collaborateur privilégié et finit par être le coauteur de tous ses grands romans. Pendant sept ans, ils travaillent ensemble. Douze pages de Maquet deviennent soixante-dix quand Dumas s’en empare. Mais cette belle collaboration finira au tribunal : ne se contentant pas de partager l’argent, le coauteur prétendra partager la gloire...


Personnages fictifs, les trois mousquetaires (qui sont... quatre) se mêlent à des personnages réels et se glissent dans les blancs de l’Histoire. Dumas s’est identifié au jeune d’Artagnan, qui n’a ni la lucidité d’Athos, ni la force de Porthos, ni la séduction complexe d’Aramis. Quatre héros au lieu d’un lui permettent de quadrupler les péripéties. L’œuvre d’Alexandre Dumas est indissociable de sa vie comme le souligne Simone Bertière. Aussi aborde-t-elle la question de ses frasques. Connu pour être un jouisseur invétéré, Dumas travaille pourtant douze à quatorze heures par jour dans sa retraite de Saint-Germain-en-Laye. Il compte un quart d’heure pour quarante lignes : quasiment pas de ratures et presque pas de ponctuation, pour gagner du temps. On découvre aussi qu’il a composé ses grands romans sans répit, et même parfois en les menant de front. Les Trois Mousquetaires se terminent en juillet 1844 dans Le Siècle. Le mois suivant, c’est Le Comte de Monte-Cristo qui commence dans le Journal des débats.


Pour finir, Simone Bertière s’intéresse au rapport qu’Alexandre Dumas entretient avec l’histoire. Elle recense les inexactitudes flagrantes qui émaillent sa trilogie, mais surtout elle constate la place grandissante de l’histoire au détriment de la fiction entre les Trois Mousquetaires et Le Vicomte de Bragelonne. A la fin de sa vie, Dumas se recompose et cherche à donner une dimension historique à son œuvre qu’il dit être « la condition humaine du passé ». Suivons plutôt Simone Bertière qui voit en lui avant tout un merveilleux conteur.


Présentation de l’éditeur


Alexandre Dumas, vous connaissez ? Oui, bien sûr, l’auteur des Trois Mousquetaires ! Mais encore ? Il n’est pourtant pas l’homme d’un seul livre. Il est vrai que les Mousquetaires occupent dans son immense production une place à part et continuent de lui valoir une popularité mondiale qui ne se dément pas. Pourquoi ? Comment ? Leur rédaction, tardive, ne s’inscrivait pas dans la ligne de ses projets initiaux : il se voulait dramaturge. Sa conversion au roman doit beaucoup au hasard et aux contraintes extérieures. Elle est le fruit d’une maturation à laquelle ont contribué concurremment les leçons de la vie et la pratique assidue de l’écriture. Ce livre conte l’itinéraire qui l’a conduit à son chef-d’oeuvre. Contraint de vivre de sa plume, il fut partie prenante dans les principales batailles politiques et littéraires sous la Restauration et la monarchie de Juillet. Sa carrière est inséparable de l’histoire du temps, qu’on tente ici de faire revivre. Enfin on s’efforce de découvrir les secrets de fabrication de la très fameuse trilogie - dans son recours à l’histoire notamment - et l’on évoque les relations de Dumas avec son collaborateur, Maquet, condamnées à mal finir. Le récit vivant, alerte, souvent fort drôle, réserve plus de place à l’oeuvre qu’à la vie privée. Mais l’oeuvre n’est-elle pas le meilleur moyen d’accès à celui qui y a épanché ses rêves - qui sont aussi ceux de nous tous ?


L’auteur


Agrégée de lettres, Simone Bertière a enseigné la littérature avant de se consacrer à l’histoire. Elle a d’abord publié une Vie du cardinal de Retz et une édition commentée de ses Mémoires, avant de se lancer dans le récit d’une vaste fresque sur l’histoire des Reines de France des Temps Modernes. Le dernier volume de la série, intitulé Marie-Antoinette, l’insoumise, lui a valu le Prix des Maisons de la Presse, le Prix des Ambassadeurs et le Grand Prix de la Biographie historique de l’Académie Française. En 2007, sa biographie du cardinal de Mazarin est à nouveau récompensée.


- Retrouvez Simone Bertière sur Canal Académie en cliquant ici.

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