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http://s2.lemde.fr/image/2012/02/15/500x500/1643737_6_a28c_couverture-de-l-ouvrage-de-luc-boltanski_8eb28f10e2a7eef981f1723538bee8db.jpg Voilà qui devait attiser le soupçon. Avant même de remporter la primaire socialiste, François Hollande se fixait pour objectif avoué d'être un "président normal". De quoi pouvait-il bien s'agir ? D'un président blanc, hétérosexuel et quinqua ? A entendre le candidat, non, la question n'était pas là.


Le "président normal", a-t-il précisé, c'est celui qui remet de la cohérence et de la constance dans la vie publique. S'il s'installe au sommet de l'Etat, donc, c'est d'abord pour restaurer l'ordre, la confiance. "Le changement, c'est maintenant", dit le slogan. En fait, c'est plutôt avant-hier : la France tranquille est de retour. On ne vous promet aucune "rupture", ni grands soirs, ni lendemains qui chantent, juste des petits matins peinards, sans (mauvaise) surprise.

 

Ce ne serait déjà pas si mal, direz-vous. Certes, mais c'est pourtant là que le soupçon surgit. Depuis la fin du XIXe siècle, en effet, plus l'Etat a prétendu se porter garant d'une réalité stable, prévisible, bref "normale", et plus il a nourri le doute, voire la paranoïa, à l'égard de cette même réalité. Telle est du moins la thèse d'Enigmes et complots, l'essai publié aujourd'hui par le sociologue Luc Boltanski.

 

Paradoxalement, en exergue de cette enquête consacrée à l'Etat de droit et à ses failles intimes, il a placé une citation de Borgès : "Que l'histoire eût copié l'histoire, c'est déjà suffisamment prodigieux ; que l'histoire copie la littérature, c'est inconcevable..." Inconcevable mais vrai ! Et Boltanski, lui-même poète, entend le prouver. Impossible d'explorer le monde réel, affirme-t-il, sans prendre pour guides les écrivains. Et par exemple, qui veut comprendre les contradictions de la démocratie libérale doit plonger dans les oeuvres de fiction, à commencer par les récits policiers et les romans d'espionnage.

 

Plongeons donc. En compagnie de Boltanski, c'est une expérience exaltante. Avec érudition, méthode et humour, il nous lance sur les traces de détectives londoniens, de policiers parisiens et d'espions sans frontières. Voici d'abord Sherlock Holmes. Il "sait que le mal est partout, au sens où l'anormalité est partout, toujours prête à s'infiltrer dans l'ordre de la normalité, c'est-à-dire de la réalité". Si bien que cet homme d'action se tient prêt à mobiliser tous les moyens afin de préserver l'ordre existant. Puis vient le tour du commissaire Maigret, à la fois homme ordinaire et agent de l'Etat. Lui aussi est là pour défendre la réalité (sociale, morale...) face à ceux qui voudraient la déstabiliser : "Dès que quelque chose comme une énigme, à savoir une faille dans la réalité, se présente, souligne Boltanski, il est urgent de la dénouer afin d'éviter que le doute engendré par une défaillance locale ne prolifère, au risque de mettre en cause l'adhésion à la réalité dans son ensemble."


Mais, plus encore que le roman policier, c'est le roman d'espionnage qui sert de révélateur. Ici, le sociologue fait un sort particulier à John Buchan, auteur des 39 marches (1915), récit d'inspiration nationaliste qui a fixé les canons du genre. Cette fois, ce n'est plus le motif de l'énigme qui est central, mais celui du complot : si le vrai pouvoir est caché, si la vérité est ailleurs, c'est le signal que l'Etat affronte "une inquiétude concernant la robustesse et la stabilité de la réalité".

 

Or, au moment même où la littérature s'approprie ce doute croissant, d'autres dispositifs narratifs vont tenter d'en rendre compte : à la charnière du XIXe et du XXe siècle, quand triomphent le récit policier et le roman d'espionnage, la sociologie s'emploie à décrire scientifiquement les causes de ce qui arrive, tandis que la psychiatrie invente le sujet de la paranoïa (lire, ci-contre, la "Traversée" d'Elisabeth Roudinesco). Par-delà leurs différences, l'ensemble de ces discours, "fictifs" ou "savants", ont affaire aux figures de l'enquête, de l'énigme et du complot. Et sous la plume de Boltanski, tout se passe comme si ces différents discours étaient nés pour mettre en récit l'incapacité de l'Etat à se porter garant d'une réalité stable. Développant ce point, l'auteur montre que cette impuissance du pouvoir public est liée à la contradiction originelle entre démocratie libérale et société de classes, à la tension permanente entre émancipation politique et domination sociale.

 

Ici, l'influence du marxisme est manifeste. Mais ce qui donne son élan au récit de Boltanski, c'est sa capacité à jongler avec les traditions de pensée : marxisme et sociologie critique, bien sûr, mais aussi histoire et linguistique, philosophie analytique ou anthropologie mimétique. Si bien qu'Enigmes et complots se déploie à la manière d'une enquête conceptuelle, où Sherlock Holmes et Maigret sont eux-mêmes pris en filature par des personnages qui s'appellent "Violence légitime" (Max Weber), "Quelque chose" (Siegfried Kracauer) ou "Bouc émissaire" (René Girard).

 

Comme tous les bons polars, ce livre est écrit à l'encre ironique. Et comme tous les romans d'espionnage dignes de ce nom, il s'achève sur un double sentiment d'exaltation et d'incertitude. Ainsi, bien qu'il lui consacre un long chapitre, Boltanski se refuse à dire quel sens il donne au "complotisme" contemporain : les extraterrestres de Roswell sont-ils vraiment derrière les attentats du 11-Septembre ? Une fois le livre refermé demeure un problème non résolu : l'"ardissonisme" rampant qui distingue notre époque (on nous cache tout, on nous dit rien), en tant qu'il prend en charge notre angoisse à l'égard du réel, maintient-il l'ordre existant ou prépare-t-il l'avènement du pire ?

 

Auteur d'une oeuvre importante, Luc Boltanski est un esprit libre, toujours à l'affût d'un nouveau terrain d'enquête. Il est de ces sociologues qui détestent le dogmatisme et préfèrent creuser plutôt que trancher. Dans Enigmes et Complots, il se contente de rôder, d'arpenter les contradictions de l'Etat démocratique, et de mettre en lumière une incertitude que nous n'avons pas fini d'endurer, nous autres modernes : dans la vie sociale comme sur la route de l'Elysée, il n'est rien de plus précaire que le "réel", rien de plus fragile que la "normalité".


ENIGMES ET COMPLOTS. UNE ENQUÊTE À PROPOS D'ENQUÊTES de Luc Boltanski. Gallimard, "NRF Essais", 480 p., 23,90 €. - Jean Birnbaum

 

Boltanski, détective critique

LE MONDE DES LIVRES | 16.02.12 | 11h13   •  Mis à jour le 16.02.12 | 11h13

 

 

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