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Il y a soixante-dix ans, la guerre d'Espagne commençait. Un conflit de trois ans qui divisa profondément le pays et l'Europe entière. Et dont les cicatrices ne sont pas toutes refermées.


La guerre idéologiqueEspagne 1936 la grande mobilisation


 

Au soir du 17 juillet 1936, un soulèvement militaire - désigné par les insurgés sous le nom de Movimiento ("mouvement") - éclate au Maroc espagnol. Il est relayé dès le lendemain dans plusieurs villes d'Espagne par des insurrections militaires soigneusement préparées. Ce coup d'État multiple échoue en partie : le gouvernement de la jeune République née en avril 1931 reste en place.

Mais du putsch va naître un conflit au retentissement considérable. Radicalisation des deux camps qui s'opposent, violences, mémoire qu'elle a laissée : cette guerre civile de près de trois ans demeure emblématique. Elle a aussi suscité une mobilisation internationale sans précédent : c'est ce qui en fait le caractère spécifique.

Pour expliquer tout à la fois le sens et les composantes de cette mobilisation, il faut rappeler que, depuis 1934, le Komintern (1) a renoncé à sa stratégie de "classe contre classe" pour recommander, dans les démocraties occidentales, la formation de "fronts populaires". Ceux-ci, fondés sur des alliances avec les "partis bourgeois" - socialistes en premier lieu -, sont destinés à contrer la contagion fasciste en Europe : à l'Italie de Mussolini et à la Hongrie de Horthy s'est ajoutée, en 1933, l'Allemagne de Hitler.

A Moscou, en 1935, le Bulgare Dimi­trov, membre du Komintern, à peine sorti des prisons hitlériennes, donne en exemple le Front populaire qui vient de se constituer en France à l'instigation du PCF. Dans la foulée s'organise le Front populaire espagnol, qui regroupe le Parti communiste espagnol (PCE), le PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol), le Parti républicain de Manuel Azaña, l'Union républicaine de Martinez Barrio, la Gauche républicaine catalane de Companys, le Poum (Parti ouvrier d'unification marxiste), proche du trotskisme. Le grand syndicat UGT (Union générale du travail, socialiste) apporte son soutien à cette coalition, tandis que les anarchistes recommandent discrètement une participation aux scrutins.

En Espagne - en février - comme en France - en mai - les Fronts populaires remportent les élections de 1936. En France, la coalition réunit 376 sièges sur 618. En Espagne, les deux formations de la Gauche républicaine obtiennent 126 sièges, le PSOE 99, le PCE 17, bien qu'il n'ait présenté que 25 candidats. Avec l'appoint de la gauche catalane et de quelques élus isolés, le Frente Popular espagnol dispose d'une majorité nette aux Cortes (l'Assemblée législative) : 278 sièges sur 473.

Réduire la guerre civile d'Espagne à un chapitre de l'affrontement entre fascisme et antifascisme serait toutefois faire bon marché des spécificités nationales. Car la guerre d'Espagne est l'aboutissement d'une crise mûrie dans les profondeurs du pays qui a engendré des éruptions sociales violentes mais chaque fois avortées ou rapidement étouffées, de sorte que le malaise est allé grandissant.

Au début des années 1930, l'Espagne cumule handicaps et motifs de conflits. Sur le plan politique, avant l'instauration de la république, le régime, qui oppose un pays légal contrôlé par les caciques (notables locaux) au pays réel, est à la fois inefficace et injuste, reposant sur une classe politique étroite. Sur le plan économique, de vastes régions agricoles à dominante céréalière, aux systèmes de culture archaïques et aux rendements faibles (Castille, Estrémadure, haute Andalousie, Aragon oriental), côtoient des zones de polyculture dynamiques, mais aussi des zones de cultures irriguées ( huertas ) à hauts rendements et des bassins industriels (Catalogne, Pays basque) comparables aux bassins européens moyens.

Les inégalités sont également sociales, avec, d'un côté, des minorités très riches (grands propriétaires fonciers - les latifundistas -, banquiers, armateurs, grands patrons catalans et basques, voire asturiens ou madrilènes) et, de l'autre, des masses ouvrières et surtout paysannes largement analphabètes, réduites à la pauvreté ( braceros ou paysans sans terres, peones , manoeuvres). Entre les deux se distingue une bourgeoisie trop peu nombreuse, quoique riche de talents.

Le pays est aussi divisé par la question religieuse. Une lutte d'influence met aux prises une Église encore riche et comptant de nombreux fidèles, contrôlant l'éducation des classes aisées, et une intelligentsia très anticléricale, qui aspire à la séparation de l'Église et de l'État. Enfin, l'Espagne souffre d'un déséquilibre territorial d'autant plus marqué que certaines régions, dotées d'une langue et d'une culture propres, revendiquent leur autonomie. Or, deux de ces régions, la Catalogne et le Pays basque, sont les plus riches du pays...


L'intégralité de cet article est disponible en cliquant sur le lien ci-dessous

Espagne 1936 la grande mobilisation

Par Bartolomé Bennassar
publié dans L'Histoire n° 311 - 07/2006  Acheter L'Histoire n° 311  +

http://www.histoire.presse.fr/content/2_articles_alaune/article?id=4446

 

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