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http://criminocorpus.hypotheses.org/files/2012/01/expo.jpg“Condamné à mort. La peine capitale dans les archives historiques de la cour d’assises de la Charente-Maritime.” Du 14 décembre 2011 au 4 mai 2012.

 

 Cette exposition s’attache à évoquer, à partir des documents conservés aux Archives départementales, les affaires criminelles pour lesquelles la cour d’assises de Saintes a été amenée à prononcer des condamnations à mort, depuis sa première séance le 16 juillet 1811, jusqu’à celle du 23 janvier 1947, date du dernier arrêt de condamnation à mort.

 

Après un rappel historique sur l’évolution de l’application de la peine capitale en France jusqu’à sa suppression par la loi du 30 septembre 1981, sont présentés les bâtiments successifs occupés par la cour d’assises de Saintes qui a succédé au tribunal criminel départemental. Puis le visiteur suit les étapes de l’instruction d’une affaire, depuis la révélation du crime jusqu’à l’exécution de la peine, en passant par le déroulement d’un procès devant la cour d’assises. Les exemples pris dans les dossiers d’affaires permettent de montrer l’évolution des motifs de condamnation. La modification du statut des exécuteurs et du choix des lieux d’exécution, jusqu’à l’effacement total du châtiment suprême de la scène publique, sont également illustrés par des documents d’archives, certains provenant des fonds anciens de la médiathèque de Saintes.

 

A la fin du parcours, huit récits d’affaires, histoires de vies interrompues, sont présentés au public, pour certains accompagnés d’articles de journaux régionaux qui, dès la seconde moitié du XIXe siècle, ont diffusé les comptes rendus d’assises et relaté plus particulièrement certains procès. Les derniers condamnés à mort en Charente-Maritime sont Germaine Besse, la dernière femme exécutée à Saintes le 8 juin 1943 et René Andrès, le dernier homme guillotiné le 26 juillet 1947.

 

 

 

http://www.sudouest.fr/images/2012/01/09/jeanne-grit-a-epluche-pendant-pres-de-trois-mois-les_621153_460x306.jpgOn le voit encore aujourd'hui avec Mumia Abu-Jamal, qui a évité récemment la peine capitale aux États-Unis, la question de la peine de mort est toujours d'actualité. C'est à l'occasion des trente ans de la loi Badinter sur l'abolition de la peine de mort que les Archives départementales ont décidé de présenter cette exposition, riche en documentation, sur les condamnés à mort du département à travers le temps.


Durant près de trois mois, Jeanne Grit, chef de service en charge de l'exposition, s'est plongée dans les dossiers d'instruction des 44 condamnations à mort survenues sur le territoire maritime, entre 1811 et 1947. Il ressort de ce travail une exposition complète, avec de nombreux documents d'époque à l'appui.


Tout démarre avec une frise chronologique permettant de situer dans le temps les dates importantes de la législation en matière de peine de mort. Lors de la première rédaction du Codé pénal napoléonien en 1811, ce dernier listait un total de 39 crimes susceptibles d'entraîner la peine de mort. Dans la liste, on comptait, par exemple, la fabrication de fausse monnaie ou la provocation d'un incendie (lire par ailleurs).


Saintes et sa cour d'assises


Historiquement, dans le département, la cour d'assises se situe à Saintes. Et même après l'adoption de la loi de 1810 sur le découpage des départements, nommant ainsi La Rochelle en tant que chef-lieu, le tribunal est resté en place à Saintes.


« On a beaucoup débattu à cette époque, les élus saintais ont bataillé ferme pour garder une importance administrative sur le territoire, explique Mme Grit. C'est une vieille querelle entre le nord et le sud du département. »


Un pan de l'exposition consacre ensuite une place à l'historique des exécutions à Saintes.

C'était d'ailleurs tout un cérémonial, à cette époque. « Au début, chaque mise à mort se faisait sur le champ de foire, cours Reverseaux. J'ai retrouvé des plaintes du voisinage, demandant que les exécutions soient déplacées. »


Elles se sont donc déroulées, par la suite, place du Pré-Leroy, à côté du jardin public. Pour ensuite prendre place devant la prison. Et, enfin, à l'intérieur, dans la cour de la prison, avec un public limité, dont les officiels tels que le directeur de la prison.


« Au fil des années, cet événement public, qui rassemblait beaucoup de monde, est devenu plus confidentiel », explique Mme Grit.


Le problème, si l'on peut dire, c'est que ces exécutions se déroulaient à Saintes alors même que les condamnés n'avaient pas forcément commis leur forfait dans la cité saintongeaise.


« Afin de montrer l'exemple, le président de la cour d'assises avait requis que Jean Richard soit mis à mort sur les lieux de son crime, en l'occurrence à La Rochelle. »


Petites gens condamnées


Au XIXe siècle, les techniques scientifiques pour élucider les crimes n'étaient bien évidemment pas les mêmes qu'aujourd'hui. « Pour les empoisonnements, par exemple, le juge d'instruction faisait appel aux pharmaciens. Pour les crimes avec une arme à feu, c'est l'arquebusier qui était sollicité. »


Dans la majorité des affaires qui ont condamné ces personnes à la peine capitale, on note que ce sont des gens aux petites conditions. « Pour beaucoup de procès, il s'agissait d'hommes et de femmes peu éduqués, travaillant souvent dans le milieu agricole, précise Mme Grit. Ce qui est marquant, c'est qu'à la lecture des dossiers d'instruction, on se rend compte qu'au XIXe siècle, les juges ne cherchaient pas à comprendre le motif des assassinats », indique Mme Grit.


L'exemple avec cette jeune femme condamnée à mort pour infanticide. « À la lecture de son dossier, on se rend compte qu'elle avait été engrossée par son cousin germain. Ce dernier n'avait pas voulu reconnaître l'enfant. Ouvrière agricole aux faibles revenus, elle n'avait pas eu d'autres choix que de mettre fin aux jours du nourrisson. Tous ces aspects-là n'ont pas été pris en compte par les jurés. La notion de circonstances atténuantes n'était pas dans les mentalités. »


La presse a également joué un rôle. Ce n'est que vers la fin du XIXe siècle que les journaux relatent les affaires. Pour l'affaire Furet, en 1886, pas moins d'une dizaine de titres ont relayé le contenu des débats. Comme « Le Moniteur de Saintes », par exemple. « C'est à cette époque que certaines affaires, via la presse, ont eu un fort impact sur l'opinion publique ».


Exposition « Condamné à mort ». Jusqu'au 29 avril aux Archives départementales, 35, rue François de Vaux de Folletier. Renseignements : archives@cg17.fr et 05 46 45 17 77.


Profession bourreau


Une fois le criminel condamné à mort, il fallait bien quelqu'un pour actionner la guillotine, engin tranchant de décollation promu par le député saintais Joseph-Ignace Guillotin, non pas pour faire souffrir mais plutôt pour abréger la souffrance des condamnés et les rendre égaux devant la mort. Jusqu'à la guillotine, le mode d'exécution dépendait du rang social. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le docteur Guillotin (1738-1814), avant tout humaniste, donna son nom à une machine à tuer destinée à préparer… l'abolition de la peine de mort. Elle facilita aussi beaucoup la tâche du bourreau.


À Saintes, c'était notamment la famille Spirkel qui avait cette délicate mission. De père en fils, ils officiaient donc en tant qu'exécuteurs. Mme Grit, en charge de l'exposition, a ainsi retrouvé des traces de cette dynastie de bourreaux. On apprend que Mathieu, le fils de François Spirkel, a commencé en tant qu'aide exécuteur à l'âge de 14 ans. Et que c'est logiquement, à l'âge de 22 ans, qu'il succéda à son père.


En 1870, c'est la fin des bourreaux rattachés à une cour d'assises. Ils sont fixés à Paris et se déplacent sur tout le territoire pour officier. L'exposition montre d'ailleurs une note de frais d'un exécuteur. Ses frais de déplacement, mais aussi d'affûtage. Tout a un prix.

 

La Rochelle : la peine de mort, toute une histoire

Jusqu'au 29 avril, les Archives départementales proposent une exposition sur les condamnés à mort de Charente-Maritime.

06h00 | Mis à jour 10h44
Par Étienne Latry  - Sud Ouest

 


Justice - Peine d... (55)

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