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Ce dimanche 14 février 2010, la chaîne France 5 a diffusé le premier épisode d'une série sur une agence mythique, le FBI. Il est suivi à 22h30 d'un débat sur «le FBI, Mythes et réalités».

Au total cinq épisodes chaque dimanche à 21h30, avec une rediffusion le vendredi suivant à 23h50...

Le FBI est fondé en 1908 sous le nom de Bureau of Investigation par Charles Bonaparte, ministre de la Justice dans le gouvernement du président Theodore Roosevelt... et petit-neveu de Napoléon 1er (l'appellation Bureau, inusitée en anglais, est due aux origines françaises du ministre).

L'agence a pour mission de lutter contre le crime organisé dans toute l'étendue des États-Unis, en suppléant aux insuffisances des polices des différents États. Elle a en charge aussi la sécurité intérieure.

Hoover, directeur du FBI pendant 48 ans

L'agence prend son envol à partir de la nomination comme directeur John Edgar Hoover en 1924. Elle reçoit le nom de Federal Bureau of Investigation en 1935. Durant un demi-siècle, son histoire va se confondre avec celle de son redouté directeur qui écarte tous les subordonnés susceptibles de lui porter ombrage.

Il le façonne à sa guise, exigeant que les agents soient des hommes, blancs, portant costume, cravate et chapeau, diplômés d'une université, si possible anciens joueurs de football américain. Placée sous la tutelle du ministère de la justice, l'agence est chargée de lutter contre les criminels qui échappent à la police des États américains en passant les frontières. Dans le détail, ses buts évoluent : durant les années 1930, la lutte contre les braquages de banque et le blanchiment d'argent sont au premier plan, puis durant la Seconde guerre mondiale, le FBI s'oriente vers le contre-espionnage.

Hollywood au service de la police

Pour mener à bien ces tâches, Hoover comprend qu'il lui faut gagner l'opinion publique et s'efforce de donner dans les médias une image positive de son agence. Il harcèle les producteurs d'Hollywood pour obtenir que ses agents soient présentés sous un jour favorable dans les films.

C'est ainsi que la star James Cagney incarne un agent pourvu de toutes les qualités dans «Les Hors-la-loi» (G-men, pour «hommes du gouvernement»), en 1935, et suscite des vocations nombreuses. Depuis, le FBI est une vedette médiatique, mais les séries et films américains, en laissant entendre que les agents passent leur temps en fusillades contre les gangsters, en donnent une image faussée.

Le premier épisode de cette série n'est pas le plus intéressant : il tente à la fois de présenter les grandes lignes de l'histoire du FBI, de traiter plus particulièrement du rôle de Hoover, et d'analyser la représentation du FBI dans les médias (sans doute la partie la plus intéressante).

Qui trop embrasse mal étreint : on a du mal à trouver un fil conducteur et à comprendre les raisons des choix éditoriaux. On peut s'étonner au passage que les réalisateurs, qui nous expliquent à quel point les films et séries donnent une image tronquée du travail de l'agence, recourent autant à des extraits de film !

Les choses s'améliorent dans les épisodes suivants, malgré une tendance à l'allusion et des ellipses qui laissent parfois au téléspectateur un goût d'inachevé et le désir d'en savoir plus. Le deuxième opus est consacré au rôle du FBI dans les années 1960 et 1970, alors que la contestation bat son plein : mouvements ségrégationnistes, lutte pour les droits civiques, agitation communiste réelle ou supposée, que Hoover craignait plus que tout...

Les assassinats de John Kennedy, de Martin Luther King et de Robert Kennedy font apparaître les limites de l'agence, minée par des querelles pour la succession de Hoover. Ce dernier tient bon malgré tout et, sous les années Nixon, refuse de se laisser instrumentaliser par le pouvoir : le scandale du Watergate sera pour le FBI l'occasion de se venger du président. Mais l'histoire ne s'arrête pas là et des agents du FBI sont jugés en 1980 pour avoir illégalement espionné les Weathermen, étudiants radicaux et violents.

Le troisième épisode relate la lutte contre la mafia durant les années 1980 et 1990, entreprise de longue haleine mené à l'aide d'agents infiltrés, comme «Donnie Brasco». Le quatrième relate le développement des profilers, ces hommes chargés d'élaborer non seulement le profil psychologique des tueurs en série, mais aussi de mettre en place stratégie d'enquête et d'interrogatoire. Là-aussi, c'est un film, le Silence des agneaux, qui place ces spécialistes dans la lumière et suscite nombre de vocations dans les lycées et universités américaines. On apprend au passage que presque la moitié des crimes ne sont pas élucidés ! Le cinquième, que nous n'avons pas visionné, est consacré à la lutte anti-terroriste qui se développe durant les années 1990, sans parvenir à empêcher le 11 septembre.

Une réalisation efficace

On est frappé, s'agissant d'un documentaire français, par une réalisation à l'anglo-saxonne, qui insiste souvent sur quelques moments spectaculaires et laisse dans l'ombre certains aspects moins reluisants (quid des relations troubles entre Hoover et la mafia, par exemple ?).

Avers de la médaille, cette réalisation rend l'ensemble assez plaisant. Les nombreuses interviews d'acteurs et, dans le deuxième épisode, de saisissants extraits de conversations téléphoniques entre le président des États-Unis et Hoover, donnent de l'allant et permettent surtout de percevoir à quel point entrer au FBI est pour ses agents comme entrer en religion, ce qui fait la force et fonde la rayonnement de cette agence.

Fabrizio Calvi et David Carr-Brown, auteurs et réalisateur de la série, publient en librairie les documents à partir desquels ils ont travaillé (FBI, l'histoire du Bureau par ses agents, Fayard).


 FBI : La construction d'un mythe hollywoodien

Yves Chenal

http://www.herodote.net/articles/article.php?ID=1070&target=1


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