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http://www.decitre.fr/media/catalog/product/9/7/8/2/9/1/5/6/9782915694178FS.gifDocument juin 2006 - " Comment j'ai pris la décision de sauver mon frère ? Pour commencer, il faut que tu saches que cela n'a pas été chose simple car cela n'était pas clairement verbalisé entre lui et moi, cela s'est fait de manière beaucoup plus subtile. Je t'avoue que tout cela était enfoui en moi depuis l'énoncé du verdict de la cour d'assises, mais ça n'avait pas encore émergé au niveau de ma conscience en termes de passage à l'acte. Lors du dernier parloir, l'émotion était si intense dans cette minuscule cabine, l'ambiance si électrique que j'osais à peine respirer - j'ai pris la main de mon frère dans les miennes et ce que j'ai ressenti est très, très dur pour moi à expliquer, il m'est difficile de traduire par l'écrit le sentiment douloureux qui m'a submergé en cet instant précis. En le regardant dans les yeux, j'ai vu toute notre enfance défiler dans son regard. " Cyril Khider, février 2006

 

Docteur en histoire médiévale, Philippe Maurice est actuellement chargé de recherche au Centre d'études médiévales attaché au CNRS. Il a déjà publié De la haine à la vie au Cherche Midi en 2001.


  • Date de parution : 01/06/06
  • Editeur : L'Insomniaque
  • ISBN : 2-915694-17-6
  • EAN : 9782915694178
  • Présentation : Broché
  • Nb. de pages : 93 pages

 

 

Archives du 03 mars 2001 - Condamné à mort pour le meurtre d'un policier en 1980, gracié par François Mitterrand, aujourd'hui libre et docteur en histoire, Philippe Maurice publie ce mois-ci son autobiographie.


Philippe Maurice s'exprime avec précaution, convaincu que les mots ont un poids, et s'il juge son propos incertain ou approximatif, il se reprend. « Un détenu qui se cultive acquiert la parole » , glisse-t-il, façon de s'excuser. Un sourire anime alors son visage, des traits étonnamment lisses chez un homme de quarante-quatre ans, dont la moitié passée en prison.


Il ne voudrait évoquer que sa passion de l'histoire qui le tient depuis l'enfance : « Je n'avais pas de bonnes notes à l'école, mais je lisais beaucoup ? des revues, des ouvrages de vulgarisation. »


Ce fil rouge l'a guidé jusqu'à sa thèse, un travail scientifique sur « La famille en Gévaudan, au XVe siècle, d'après les registres des notaires », soutenue à l'université de Tours en 1995 et publiée, depuis, aux Presses de la Sorbonne. Mais il sait que le passé éclaire le présent, que son incarcération explique son parcours : « de la haine à la vie », titre de son livre autobiographique qui va être publié dans les jours qui viennent.


Un jour, en décembre 1979 (il est alors en cavale après une première condamnation et évasion), Philippe Maurice s'est mis gravement hors la loi en tuant un policier. Sa cavale allait tourner court dans une impasse proche de la rue Monge, à Paris. Et ce n'était plus un enfant de choeur, loin s'en faut. A l'âge de six ans, il avait vécu le divorce de ses parents : un père inspecteur de police, « mais ça n'a rien à voir » , et sa mère, comptable, « caissière le samedi pour arrondir les fins de mois, fatiguée, déprimée, seule pour tenir deux garçons » .


Puis, son frère aîné, Jean-Jacques, l'avait entraîné sur la mauvaise pente, comme on dit. Une initiation à la délinquance, des cambriolages, des braquages et un jugement en correctionnelle pour fausse monnaie. Pas de quoi risquer sa tête, cependant. Jusqu'à l'évasion début 1979, plusieurs mois de « planque » et cette fusillade lorsqu'une voiture de police, une patrouille en maraude, avait barré la route. L'engrenage. Son camarade foudroyé à bout portant.


« J'ignorais qui tirait. Mais j'ouvris le feu, et je tuais sans le vouloir, par peur, pour la seule fois de ma vie. » S'ensuivront un procès « exemplaire » et une condamnation à mort, commuée en détention à perpétuité après la grâce du président François Mitterrand en 1981, prélude à l'abolition de la peine capitale.


Les chemins de la révolte sont ravageurs. Philippe Maurice, matricule 110211, en franchit les étapes une à une, à Fresnes puis à Fleury-Mérogis : le temps qui échappe à l'entendement, la solitude, le désespoir, l'espoir fou d'une évasion, son échec, le vide, le néant... « J'imagine que j'ai commencé à étudier par hygiène mentale. »


L'administration pénitentiaire est tenue d'assurer l'instruction des détenus jusqu'au BEPC. Ensuite, seuls les grands établissements, la Santé, Fresnes ou Fleury-Mérogis, s'intéressent encore aux études comme moyen de réinsertion, ou prétendent le faire. L'aventure en huis clos commence par une équivalence de baccalauréat, en 1983.


« Ensuite, j'ai hésité entre psycho et philo. Mon internement en QHS, les quartiers de haute sécurité, m'avait fortement ébranlé. Je risquais de m'auto-psychanalyser et de tomber encore plus bas. En philo, les concepts m'échappaient. Il me restait l'histoire, cette vieille amie. »


Apprendre en cellule exige de l'énergie, une volonté farouche. Les cours dispensés par correspondance sont payants. « Celui qui n'a pas d'argent en prison n'a rien. » . Les professeurs sont rares à se déplacer et les surveillants parfois pris de jalousie. « Il faut se donner des chances et aussi avoir la chance d'en avoir ! » Obstiné, Philippe Maurice suit le cursus général. Il obtient le DEUG, puis la licence.


Il noue aussi des amitiés. « Beaucoup de gens se sont mis à m'aider. On m'aidait aussi parce que je travaillais. » Deux médiévistes de l'université de Tours, aujourd'hui professeurs émérites, Bernard Chevalier et Christiane Deluz, le soutiennent. Car les difficultés surgissent. Intimidations, provocations, pressions psychologiques. Il n'est pas facile d'échapper à la spirale de la criminalité.


« Pour la maîtrise, puis le DEA, j'ai dû me spécialiser. Pourquoi ai-je choisi le Moyen Age ? Parce que je pouvais parler d'un roi sans être gêné. Évoquer l'image de la femme sans être misogyne. Traiter de la peine de mort sans m'insurger. L'histoire contemporaine ne n'aurait pas permis de m'émanciper de ma révolte. Au contraire. Elle se serait nourrie de l'étude... Je n'aurais pas fait d'histoire mais de la politique. »


Finalement, l'étude envahit sa vie. Hier si frondeur, Philippe Maurice se tient à bonne distance des émotions et des émeutes qui secouent épisodiquement les prisons. Il apprend le latin et l'occitan pour accéder aux textes anciens ; il s'indigne que le droit ne soit pas obligatoire dans l'enseignement historique. « Je trouve cela très critiquable. On vit dans le respect du droit, on en fait quotidiennement sans le savoir. Pourquoi perdre cette connaissance lorsqu'on se réfère au Moyen Age ? Comment comprendre sans connaître le droit les lettres de grâce accordées aux criminels par les rois ? »


Hors les murs, le cas Philippe Maurice intéresse. Le ministère de la Justice le trouve édifiant.


« Un détenu agité qui étudie, ce n'est pas plus mal. Il reste tranquille. » L'université de Tours propose de fournir un ordinateur et un lecteur de microfilms. L'administration pénitentiaire hésite, puis cède finalement : a-t-on le droit d'empêcher quelqu'un d'étudier ? Profitant d'un transfert du prisonnier à la centrale de Caen, un réseau de solidarité s'organise à travers l'Université, l'école des Chartes et des archivistes départementaux.


Le condamné accède aux informations et aux documents anciens nécessaires pour nourrir son projet de thèse sur l'histoire médiévale de la famille en Gévaudan, sous la direction de Christiane Deluz et Bernard Chevalier : un travail de titan, cent cinquante registres de notaires déchiffrés, quarante mille pages en latin, la reconstitution d'une époque, quatre générations de petites gens, des marchands, des meuniers, des apothicaires et leurs filles qu'il faut doter !


« Pourquoi ce sujet ? Parce que la famille est pour moi une chose importante, que ma mère a toujours agi dans un esprit de solidarité familiale, que la famille protège l'individu... Le Gévaudan, je l'avais appris enfant, était le berceau d'une partie de mes parents. Quant à la justice, elle m'intéressait. On peut le comprendre ! »


Des médiévistes disent leur admiration, des revues de prestige lui ouvrent leurs colonnes. « Sans tous ces gens qui se sont portés garants, je ne serais jamais allé jusqu'au bout... Au mieux, aurais-je pu obtenir plusieurs licences qui ne m'auraient servi à rien. »


La soutenance se déroule à Tours, sur le campus et sous bonne escorte, en décembre 1995. « Je n'étais jamais entré dans une université. Et personne de ma famille avant moi... » Le jury délibère : mention très honorable et félicitations.


Cela ne saurait suffire. Philippe Maurice voit sa peine de sûreté confirmée : dix-huit ans à tirer ! Requêtes, démarches, sollicitations et autres recours se multiplient. Jusqu'au bout de l'angoisse... Après deux rejets de libération conditionnelle et huit mois de probation en semi-liberté, la levée d'écrou définitive intervient le 8 mars 2000.


Sourire. L'ombre d'une ride autour des yeux bruns. Et toujours cette légère hésitation dans la voix, le choix des mots :


« Je suis involontairement la preuve que le tout répressif n'est pas une solution. »


L'expérience d'une nouvelle vie commence. Avec ses aléas. Diplômé sans emploi, universitaire sans chaire, chercheur sans statut, Philippe Maurice doit encore jongler avec les difficultés de la réinsertion. Beaucoup de portes, à commencer par celle de la fonction publique, lui sont administrativement fermées par son passé judiciaire.


« Est-ce que j'ai le droit de travailler ? Comment ouvrir une brèche, me faufiler ? » Philippe Maurice a confiance. Il n'est pas seul. Son intelligence, son courage lui ont attaché des amis et forgé des armes. « Il faut être prêt à se battre. Quand on part de très bas, on se bat plus encore. »


Philippe Maurice sur le chemin de la liberté

Par Catherine Guigon

publié dans L'Histoire n° 252 - 03/2001

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Dailymotion - Philippe MAURICE son livre "De la haine à la vie ...

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