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Georges Wilson s’est éteint mercredi 3 février à l’âge de 88 ans

Pour les uns, il restera à jamais le compagnon de Jean Vilar, son successeur à la tête du TNP en 1963. Pour d’autres, l’interprète aux allures d’ogre de Danton, Othello, Maître Puntila. Pour d’autres encore, le capitaine Haddock dans Tintin, au cinéma. Pour d’autres, enfin, le père de Lambert Wilson… Fort en gueule, le caractère entier, la stature impressionnante, Georges Wilson («le bourru » disait Jean-Claude Brialy) est décédé mercredi à l’âge de 88 ans.

Né le 16 octobre 1921 à Champigny-sur-Marne, il était arrivé au théâtre au lendemain de la guerre. Passé par le Centre du spectacle de la rue Blanche, il se forme à l’école de la décentralisation, sillonnant la France (la « province » comme on disait à l’époque) à la suite de la compagnie Grenier-Hussenot puis du Centre dramatique national de l’Ouest animé par Hubert Gignoux.

En 1952, une rencontre va sceller son destin : Gérard Philipe le présente à Jean Vilar. Aussitôt ce dernier l’engage dans la troupe du Théâtre national populaire. Georges Wilson y restera vingt ans. Acteur et metteur en scène d’abord. Puis, aussi, son directeur, succédant à Vilar lorsque ce dernier se retirera.

Le destin de l’homme de théâtre se confond avec celui du théâtre tout court

Durant tout ce temps, « artisan » de la scène, « funambule de la poésie » comme seuls le Front populaire, puis la Libération ont su en produire, il se fera le chantre d’un théâtre de service public, c’est-à-dire exigeant et populaire, dépoussiérant les classiques (Molière le tout premier) mais surtout créant des auteurs contemporains mal aimés ou méconnus alors : Martin Walser, Durrenmatt, Brecht et surtout Edward Bond qu’il est un des tout premiers à révéler en France avec Early Morning en 1970…

Reprenant Le Diable et le Bon Dieu de Sartre en 1968, mettant encore Gatti, Gombrowicz, Rezvani, Louis Guilloux… à l’affiche de Chaillot, il ouvre ses portes aux jeunes turcs de la scène hexagonale : Philippe Adrien, Patrice Chéreau, Jean-Pierre Vincent, Alfredo Arias, Jorge Lavelli et toute l’équipe de l’Aquarium, dont Didier Bezace… Le destin de l’homme de théâtre se confond avec celui du théâtre tout court.

Son plus beau spectacle aura été le dernier

Pourtant, en 1972, fatigué des attaques, il se retire. Sans doute ne quitte-t-il pas la scène. On le retrouve régulièrement, soit acteur, soit metteur en scène, soit les deux à la fois. Avec Delphine Seyrig, dans le Cri de la langouste en 1982. Ou dans Bérénice mis en scène par son fils en 2008.

Son plus beau spectacle aura été le dernier : Simplement compliqué. Interprète de Thomas Bernhard, il se jouait lui-même. Drôle. Solitaire. Douloureux. Tragique. Magnifique. Un soir, plus qu’un autre, le public lui fit une ovation qu’il n’attendait pas. C’était le 16 octobre 2009, jour de son 88e anniversaire.

Didier MEREUZE dans le journal La Croix

Photo : Georges Wilson au théâtre Marigny à Paris, le 7 mai 2001 (Muller/AFP).

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