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270169 134700713279745 100002194527562 240800 6714841 nSi l’on compare la prison à l’Enfer de Dante, le prisonnier est dans un cercle, mais « une fois refermé, il ne pourra plus y échapper, même après sa libération [74] ». Des témoignages contemporains mettent des mots plus précis mais aussi plus crus sur cette réalité, qu’il s’agisse de ceux des détenus auxquels l’initiative entreprise par Michel Foucault, Pierre Vidal Naquet et Jean-Marie Domenach en 1971 a donné la parole [75], ou de ceux, moins nombreux, publiés par les détenus eux-mêmes à des fins testimoniales ou autobiographiques. On remarque que depuis le XIXe siècle il existe une continuité dans l’imaginaire carcéral et dans écrits testimoniaux autant que dans la pratique pénale.


Plus que d’architecture, en prison, il est question d’espace. De gestion de l’espace, plus précisément. Il s’agit de l’espace corporel du détenu, celui de son lieu de vie personnel – la cellule –, et celui dans lequel il évolue en communauté – l’établissement de détention dans son intégralité –. Les témoignages mettent prioritairement en question l’emprise qu’a le détenu sur son espace, de manière directe ou indirecte. Pour qualifier sa cellule, Roger Knobelspiess n’hésite pas à parler de « cage à fauves sans espace [76] », qui nierait sa qualité d’être humain au point de le réduire à l’état d’animal. Dans les premiers temps de sa captivité, la littérature nous décrit en effet un détenu qui ne reconnaît pas l’espace dans lequel il est plongé comme lieu de vie, mais comme ligne de séparation avec le monde réel, mis désormais à distance. Marthe Guimier-Mayenc, qui a fait de la prison littéraire son objet d’étude, dit à ce sujet : « Au-delà des limites qui permettent le déploiement du corps et son déplacement, les dimensions objectives du lieu de vie ne sont pas perçues par le détenu. La cellule est appréhendée en fonction des frontières qu’elle impose et non dans l’aire d’évolution qu’elle permet [77] ».


http://www.criminocorpus.cnrs.fr/IMG/jpg/Couverture.jpgLa bande dessinée L’évasion, du dessinateur Berthet One [78], offre une occasion inédite de s’interroger sur la perception de l’espace carcéral par le détenu. En effet, l’auteur est un ancien détenu ayant purgé une peine de cinq ans dans différents établissements carcéraux : la maison d’arrêt de Nanterre, celle de Bois d’Arcy, de Fleury-Mérogis, et le centre de détention de Val de Reuil. Écrite en cours d’incarcération, cette bande dessinée livre un témoignage graphique à la fois riche et complexe permettant plusieurs types de questionnements. Un entretien avec l’auteur est venu compléter notre analyse [79]. Dans une forme contemporaine propre à la culture urbaine de la fin du XXe siècle, le témoignage livré par Berthet One s’inscrit dans l’histoire littéraire du fait carcéral, tout en proposant une mise à distance de son objet qui oblige à une interprétation en creux. La vie en détention y est illustrée de manière à la fois précise, pudique et humoristique. Le personnage principal, avatar de l’auteur, habite véritablement la prison, et entretient un rapport construit avec cet espace contraint multipliant les privations sensorielles.

 

Audrey Higelin

 

L'Iintégralité de l'article d'Audrey Higelin est disponible en cliquant sur le lien ci-dessous

 

Habiter la prison : la question de l'espace carcéral dans l'œuvre de Berthet One, ancien détenu devenu dessinateur

 

 

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