Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

http://www.histoire-image.org/photo/portfolio/den60_jegado_01i.jpg

http://www.histoire-image.org/pleincadre/img/p.gif

Contexte historique - Un procès en marge du coup d’État de Louis Napoléon Bonaparte)


Statistiquement parlant, les empoisonneuses sont particulièrement nombreuses sous la monarchie de Juillet et durant le Second Empire. En 1840 et 1844, les procès retentissants de Marie Lafarge et d’Euphémie Lacoste, toutes deux accusées d’avoir tué leur encombrant mari au moyen d’arsenic, réactivent l’image de la sorcière et laissent croire, à tort, que l’empoisonnement, arme des faibles et des sournois, a été, de tout temps, un crime féminin. Cette conviction est encore renforcée en 1851, année de l’arrestation et du jugement d’Hélène Jégado, une servante bretonne accusée de vingt-six meurtres par empoisonnement à l’arsenic et de six tentatives de crime.

Le procès de cette domestique analphabète, qui s’exprime dans un mélange de français et de breton, s’ouvre à la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine le 6 décembre 1851. En dépit du vibrant plaidoyer contre la peine capitale du jeune avocat, maître Magloire Dorange, l’audience se clôt, le 14, sur la condamnation à mort de l’inculpée, qui continue de clamer son innocence. À une époque où Rennes n’est pas encore accessible par le chemin de fer, le coup d'État réalisé par Louis Napoléon Bonaparte le 2 décembre empêche les journalistes parisiens de se rendre au prétoire. Il prive également la défense de plusieurs témoins, notamment du chimiste Raspail, qui vient d’être incarcéré, et du médecin-député Jean Baptiste Baudin, tué sur une barricade. Hélène Jégado est guillotinée sur le Champ de Mars de Rennes le 26 février 1852. La légende veut que, juste avant de mourir, elle ait confessé ses nombreux forfaits à l’aumônier de la prison, l’abbé Tiercelin, qui l’accompagna jusqu’à l’échafaud.

 

 

 Analyse de l'image - « La Brinvilliers » bretonne


Cette estampe, augmentée d’une complainte et datée de 1852, est l’un des derniers imprimés périodiques réalisées par l’imagerie Pellerin d’Epinal. En effet, quelques mois plus tard, un décret réglementant sévèrement le colportage amorce le déclin de ces feuilles volantes.

Bien qu’elle se trouve au tribunal, « La Jégado » a gardé ses habits de servante. Son tablier bleu rappelle qu’elle fut, durant dix-huit ans, cuisinière dans des presbytères et des maisons bourgeoises. C’est au-dessus de ses fourneaux qu’elle versait l'arsenic, sous forme de « mort-aux-rats », dans les potages et soupes de légumes appréciés de ses employeurs.

Dès son procès, Hélène Jégado a été comparée à la Marquise de Brinvilliers, qui, elle aussi, n’hésita pas à empoisonner des victimes de tous âges et de toutes conditions, y compris des membres de sa propre famille. Il n’est donc pas étonnant que le dessinateur spinalien retraite le croquis à la pierre noire de Charles Le Brun, connu sous le titre La Marquise de Brinvilliers : les deux femmes portent la même coiffe nouée fortement sous le menton, comme pour signifier leur décapitation prochaine ; toutes deux ont la main droite sous la poitrine, posée sur la main gauche, pour exprimer une quête de miséricorde. Seul change l’instant du drame : Hélène Jégado, debout devant un banc sur lequel est posée une robe noire d’avocat, encadrée par deux gendarmes, attend le verdict alors que la marquise, à qui l’on a tendu un crucifix, est sur le point d’être exécutée.

 

 

 Interprétation - Une « anomalie de la nature »


Curieusement, dans ce dessin, colorié au pochoir, les ombres des deux gendarmes se projettent précisément sur le mur tandis que celle de l’accusée ne correspond pas à sa silhouette. L’artiste voudrait-il nous dire, comme l’avocat de la défense et les experts aliénistes convoqués à la barre, qu’Hélène Jégado est un « une monstruosité », « une anomalie de la nature » (docteur Pitois, témoin à charge, Gazette des tribunaux du 9 déc. 1851) qui tue sans remord tout rival et toute personne lui ayant fait une remontrance ou ayant contrarié ses projets ?

En France, depuis la création des cours d’assises, en 1810, et l’instauration d’un jury populaire, l’immense majorité des femmes criminelles a bénéficié, contrairement aux hommes, des circonstances atténuantes. Hélène Jégado a été condamnée à la peine capitale car elle n’a pas hésité à tuer les enfants qui lui étaient confiés, deux prêtres et deux parentes, sa tante et sa sœur. Elle a également empoisonné d’autres jeunes servantes, aussi déshéritées qu’elle. Elle est donc apparue à ses juges comme « un être monstrueux et pervers »

Plus insidieusement, les contemporains semblent avoir reproché à la meurtrière de refuser la place qui était assignée aux femmes du second XIXe siècle. À en croire les comptes-rendus d’audience, les articles de presse consacrés à l’affaire ou cette estampe à visée édifiante et moralisatrice, l’accusée n’a rien de féminin. Décrite comme laide et sans formes, alcoolique et sale, sans mari ni enfant à près de cinquante ans, Hélène Jégado s’apparente à une sorcière qui donne la mort au lieu de dispenser la vie. Humble domestique née dans une Bretagne encore arriérée, elle est aussi la victime émissaire idéale que nul, lorsqu’elle sera sacrifiée, ne cherchera à venger.

 

Auteur : Myriam TSIKOUNAS

 

Bibliographie


  • Pierre BOUCHARDON, Hélène Jégado. L'empoisonneuse bretonne, Paris, Albin Michel, 1937, 252 p.

  • Anne-Emmanuelle DEMARTINI, « La figure de l’empoisonneuse. De Marie Lafarge à Violette Nozière », in Figures de femmes criminelles, Paris, Publications de la Sorbonne, 2010, pp. 27-39.

  • Myriam TSIKOUNAS (dir.), Éternelles coupables. Les femmes criminelles de l’Antiquité à nos jours, Paris, Autrement, 2008, 208 p.

 

Mots-clés


assassinats - imagerie populaire

 

Titre : L'empoisonneuse Hélène Jegado.
Dimensions : Hauteur 41 cm - Largeur 33 cm
Technique et autres indications : Estampe imprimée par Jean-Charles Pellerin (1756-1836) xylographe-imprimeur d'images.
Vers 1852.
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 07-517449 / 72.83.18


Jamais entendu parler de ce livre, mais pensé au challenge "nos régions ont du talent... La Jegado l'empoisonneuse bretonne de Meazey Peter, 192 pages

Editeur : Astoure (15 novembre 2006)


Hélène Jégado est l'une des plus grandes empoisonneuses de tous les temps. Son exécution à Rennes en 1852 met fin à une carrière commencée 18 ans plus tôt dans son Morbihan natal. Ses victimes se comptent par douzaines : des hommes, des femmes, des enfants, des curés...

Peter Meazey nous entraîne dans les coulisses des presbytères et des maisons bourgeoises sur les pas de cette cuisinière infatigable qui a mijoté ses forfaits en toute impunité pendant dix-huit ans. L'histoire de La Jégado, criminelle hors normes, laisse encore un drôle de goût un siècle et demi plus tard.

http://mazel-livres.blogspot.com/2010/09/retour-de-chez-le-bouquiniste.html

Commenter cet article