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http://ecx.images-amazon.com/images/I/51LvsBdgDwL._SL500_AA300_.jpgDocument 17/11/2012 - « À Angers, ma ville natale, la prison portait le nom étrangement bucolique de Pré-Pigeon, nom qu'elle porte encore de nos jours, je crois... Du premier étage de la maison de mes grands-parents, on apercevait quelques fenêtres de la prison, garnies de barreaux. Je restais longtemps à la fenêtre pour tenter d'apercevoir le visage des prisonniers et leurs mains cramponnées aux barreaux. »

Vingt ou trente ans auparavant, devant les maisons d'arrêt et centres de détention, de longues files d'attente se formaient : les familles et amis attendaient l'heure de leur parloir. Au fil des années, des associations se sont créées pour acquérir un local à proximité de la prison, où des bénévoles accueillent, aident, informent les familles souvent en grande détresse après l'incarcération d'un proche.

Ce récit est le témoignage d'une de ces bénévoles, accueillant des familles de détenus. Deux femmes sont au coeur de ce « docu-fiction », Maria et Christelle sont dans ce récit des personnages de fiction qui incarnent les difficultés, les souffrances, les illusions, le courage de ces femmes du parloir très nombreuses à « l'accueil des familles ».

Mais si les deux héroïnes de ce «docu-fiction» sont imaginaires, les autres personnages et incidents évoqués sont, eux, parfaitement authentiques.

 

OCTOBRE - MARIA - J'avais follement espéré ne plus refaire le trajet, ne plus revoir les hauts murs de la prison, ne plus m'asseoir dans le local «Accueil des familles» en attendant l'heure du parloir... Oui, avant le procès, tant redouté et tant attendu, je m'étais surprise à rêver : l'acquittement ? Non tout de même pas, je n'étais pas folle à ce point. Mais trois ans, une peine couverte par les trois ans de préventive, ce n'était pas totalement déraisonnable. L'avocat l'avait envisagé lui même. Je n'en avais tout de même pas parlé aux enfants, mais j'avais rêvé du retour de leur père au soir du verdict. J'avais briqué l'appartement, lessivé la cuisine, rempli le frigo pour un dîner de fête... Robe neuve pour moi, coiffeur, produits de maquillage, mais ça c'était pour le procès lui même, pour le jour de ma déposition. «Pas trop de chichis tout de même, m'avait conseillé l'avocat, pour ce jour décisif, ni de misérabilisme, restez vous-même, une femme et une mère de famille courageuse, lucide. Les jurés doivent se reconnaître en vous»

 

Lucide ? Non, c'est un trop grand honneur me faire. Je n'ai été lucide ni avant le drame, ni pendant le procès puisque j'ai espéré ramener Toni à la maison.

Verdict : douze ans de détention, c'est-à-dire neuf ans. Neuf ans à jouer les «mère-courage», entre mon travail d'ATSEM à l'école maternelle, les quatre enfants à la maison, les trajets hebdomadaires jusqu'à la prison. Un «progrès» cependant, les deux coups de fil hebdomadaires auxquels mon mari, condamné et non plus prévenu, a droit maintenant.

J'étais très angoissée avant le premier parloir quelques jours après le dénouement du procès : comment Toni allait-il supporter la condamnation ? Lui aussi avait rêvé. Après tout il n'avait été qu'un complice plus ou moins forcé par le principal accusé, il n'avait été que le recruteur de cette crapule de Flavio, il s'était contenté de faire le guet ; pouvait-il prévoir que Flavio cognerait sur la victime comme une brute qu'il était, en présence du bébé qui plus est, qu'il la laisserait pour morte ? Dix-huit ans pour Flavio, vingt ans pour le «commanditaire», le mari de la victime.

Est-ce que Toni me tiendrait rigueur de sa lourde condamnation ? Qu'avait-il pensé de ma déposition au procès ? Ah cette déposition. Tant et tant de nuits à rester éveillée, à tourner et retourner dans ma tête les mots, les explications, les réponses aux questions du président. L'avocat m'avait dressé une liste des questions auxquelles j'aurais à répondre. Comment faire comprendre qu'avant le drame, oui, je m'étais vaguement doutée de quelque chose, sans y croire vraiment, que j'avais fait l'autruche ?... Pourtant il était évident que Toni me cachait quelque chose ; nos soucis d'argent s'étaient envolés comme par miracle. A mes questions il répondait qu'un gros client lui avait acheté deux voitures coup sur coup, une pour sa femme, une pour lui. Je l'avais cru. Et puis les coups de fil de son associé Gino s'étaient multipliés et Toni s'enfermait pour lui répondre. « des problèmes avec les fournisseurs », prétendait mon mari. Quand je me suis aperçue qu'il revoyait ce voyou de Flavio, là je me suis inquiétée. C'est Flavio qui, autrefois, avait entraîné Toni dans un mauvais coup, il m'avait juré qu'il n'avait plus aucune nouvelle de lui depuis sa sortie de prison et qu'il n'avait nullement l'intention d'en avoir. Mais là encore Toni a noyé le poisson.

 

Hors les murs : Accueil des familles de détenus

Auteur : Michèle Veillon-Coli

Date de saisie : 17/11/2012

Genre : Société Problèmes et services sociaux

Editeur : Ed. du Petit pavé, Brissac, France

 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/34/Jean_Morzadec_photographi%C3%A9_par_Oleksandra_Yaromova.jpg/220px-Jean_Morzadec_photographi%C3%A9_par_Oleksandra_Yaromova.jpgLechoixdeslibraires.com a été créé par Jean Morzadec et son équipe, afin de rendre hommage à la compétence des libraires, qui sont les ambassadeurs du livre.

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Jean Morzadec a travaillé plus de trente ans à France Inter, dont il fut directeur des programmes de 1999 à 2005, sous la présidence de Jean-Marie Cavada. Il se consacre aujourd’hui, avec passion, au développement de sites culturels dédiés particulièrement à l’amour des livres.

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