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http://www.citadelles-mazenod.com/reaxia_images/BigImages/ouvrages/image_1801.jpgLe musée des Lettres et Manuscrits expose jusqu'au 20 janvier livres d'heures et livres d'art de l'époque médiévale au début du XXe siècle.


A l’heure où le livre numérique est accusé de vouloir faire disparaître son ancêtre de papier, l’exposition présentée par le musée des Lettres et manuscrits permet d’avancer sur un autre terrain : celui de la beauté !


Chronologique, l’exposition commence avec les livres d’heures apparus à partir du XIIIe siècle. Richement enluminés, ce sont autant d’œuvres d’art réservées à l’aristocratie européenne. Grâce à la xylographie, ils se répandent peu à peu avec une iconographie assez standardisée qui n’interdit pas des réalisations originales. Les peintures des Heures de Petau (attribuées à Jean Poyet, vers 1500-1510) représentent des saints, un thème évidemment courant mais avec une touche personnelle, des guirlandes de fruits et de fleurs aux coloris très frais.


Le terme d’incunables (du latin incunabula, berceau) désigne les plus anciens livres imprimés, ceux qui furent édités pendant le demi-siècle suivant l’invention de l’imprimerie par Gutenberg vers 1450. Les premiers sont encore religieux, de la célèbre Bible de Gutenberg au premier ouvrage imprimé en France, La Légende dorée de Jacques de Voragine (Lyon, 1476). Mais très vite des ouvrages profanes aussi sortent des presses, comme les Métamorphoses d’Ovide, un thème très apprécié, de plus en plus illustrés à mesure que les techniques progressent et que le public s’étoffe. On peut aussi admirer Tristan et Yseult en écriture cursive gothique du XVe siècle, enluminé par le Maître de Wavrin.


La Renaissance marque un tournant. L’imprimeur vénitien Alde Manuce facilite la redécouverte des classiques grecs et latins, nouvelle étape pour les « belles-lettres ». Et le relieur graveur Claude Garamond crée, en 1545, le caractère qui porte encore son nom, à la demande de François Ier qui voulait des caractères grecs élégants. Religieusement conservés, ces poinçons ont été classés « monument national » en 1946…


Au fil du temps, le livre s’embellit de vignettes (illustrations ainsi dénommées car des feuilles, souvent de vigne, ornaient leurs bordures) et de frontispices. Et les artistes se prennent au jeu, de François Boucher illustrant les Œuvres de Molière à Jean-Baptiste Oudry choisissant les Fables de La Fontaine (275 lavis repris dans une édition du milieu du XVIIIe siècle en gravures à l’eau-forte et au burin). Le goût du livre grandit encore au XVIIIe siècle, avec l’Encyclopédie –  évidemment présente dans l’itinéraire, tout près du Contrat social de Rousseau – et les récits d’exploration comme le Troisième voyage à l’Océan Pacifique de James Cook de 1785 (80 planches illustrées dont 20 cartes).


Au XIXe siècle, la lithographie autorise une diffusion plus large encore et l’exposition montre, notamment, une étonnante bibliothèque portative du voyageur contenant 20 volumes de « classiques » Bossuet, Voltaire, Boileau, Racine…, reliés en cuir rouge et blanc.


La reliure, elle aussi, par la variété des matériaux et des décors, rehausse le côté artistique. Le Musée du Parchemin de Rouillon (dans la Sarthe) et l’atelier Florent Rousseau (l’un des plus grands créateurs de reliure contemporains), ainsi que l’Imprimerie nationale, par le biais de son atelier du Livre d’art et de l’estampe, ont prêté des exemplaires rares – ainsi que des outils et des matériaux permettant au visiteur de comprendre certains termes et tours de main.


Dernier volet de l’exposition, le livre d’art. Ambroise Vollard, un des plus célèbres marchands de tableaux de la Belle Époque, confia à un ingénieur américain qu’il était « plus difficile d’établir un livre que de construire tout un quartier voire des villes entières, New York, Chicago ou Philadelphie ». Lui-même édita des livres de peintres : le premier titre de son catalogue fut Parallèlement de Verlaine, en 1900, illustré par Bonnard.


À ne pas manquer, un petit bijou : le Nadja d’André Breton dans une édition de 1928 agrémentée de 44 photographies de Man Ray, sertie dans une reliure de Jean de Gonet en « veau irisé vert chartreuse », avec incrustations d’ébène et d’ivoire. Wassily Kandinsky, Fernand Léger, Joan Miro sont aussi présents, ainsi que Matisse illustrant les poèmes de Tristan Tzara et Dufy le Bestiaire d’Apollinaire.


Au total, une centaine d’œuvres sont exposées que l’on voudrait toutes citer tant elles sont remarquables.
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Six siècles d’art du livre. De l’incunable au livre d’artiste, jusqu’au 20 janvier 2013 au Musée des Lettres et Manuscrits, 222 boulevard Saint-Germain, 75007 Paris.

 

Rens.: www.museedeslettres.fr


Par Huguette Meunier

 

Incunables et livres d’art


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