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http://jose.chapalain.free.fr/criminelles_village_recto-vign.jpgAu XIXe siècle, les meurtres de nouveau-nés ne sont pas exceptionnels. Célibataires, adultères ou veuves, des milliers de femmes ont été jugées pour ce crime en France. Les archives judiciaires permettent de cerner au plus près les circonstances de leur acte.


Tout au long du XIXe siècle, l'augmentation considérable du nombre des infanticides soumis aux tribunaux suscite l'inquiétude des magistrats qui, constatant un accroissement identique des accusations d'attentat à la pudeur, y voient le « triste symptôme » de la démoralisation des populations(1). Le nombre des procès pour infanticide double en effet entre 1830 et 1860, mais, en l'absence de données pour le XVIIIe siècle, il n'est guère possible de savoir si cette inflation tient à une augmentation de la criminalité ou à une meilleure efficacité de la répression.


Selon les statistiques publiées par le ministère de la Justice à partir de 1825, 8 568 accusations ont été jugées en France entre 1831 et 1880. Il faut y ajouter près de 20 000 affaires dans lesquelles le parquet ou les chambres de mise en accusation ont renoncé à exercer des poursuites, et toutes sortes de faits (homicide par imprudence, exposition dans un lieu solitaire, inhumation clandestine) déférés, faute de preuves suffisantes, aux tribunaux correctionnels comme de simples délits.


Très sévèrement réprimé sous l'Ancien Régime, considéré comme un simple meurtre par le code pénal de 1791, l'infanticide est, sous le régime du code pénal de 1810, passible de la mort, au même titre que l'assassinat, l'empoisonnement et le parricide, en vertu d'une présomption de préméditation.


Pour comprendre le geste de ces femmes, les archives judiciaires offrent de précieuses informations. Les comptes rendus des présidents des cours d'assises aux gardes des Sceaux, les dossiers d'instruction qui contiennent des documents aussi divers que les lettres adressées aux magistrats par les maires, les juges de paix et les gendarmes, les interrogatoires des prévenus, les auditions des témoins, les rapports d'expertise médicale, les réquisitoires, etc., permettent de mieux saisir le profil des mères accusées et les rapports sociaux au sein des communautés villageoises.


L'exemple de la Bretagne est à la fois singulier et révélateur. Province religieuse et attachée aux traditions, terrain d'observation privilégié des ethnologues du XIXe siècle, elle fournit près d'un dixième des accusations d'infanticide, crime pourtant fermement condamné par l'Église.


De surcroît, les principales victimes sont des enfants naturels, ce qui pourrait indiquer une banalisation de la sexualité hors mariage, peu conforme au rigorisme de cette société.


Le profil sociologique des accusées ne se distingue guère de celui qu'offrent les statistiques nationales. Sur les quelque 572 mères jugées en Bretagne entre 1825 et 1865, 80 % sont d'origine rurale. Domestiques ou journalières agricoles pour la majorité, elles sont également employées dans l'artisanat du textile et, plus rarement, occupées dans d'autres branches de l'artisanat ou du commerce. Une quinzaine de ménagères et autant de mendiantes complètent ce tableau. Ces femmes sont presque toutes analphabètes : 82 % de celles pour lesquelles des données sont disponibles ne savent ni lire ni écrire.


Les accusées sont essentiellement des célibataires (on ne compte que 13 % de femmes mariées, adultères ou veuves). Le célibat féminin est alors très important en Bretagne, et le statut des domestiques (très nombreuses) n'est guère compatible avec la vie conjugale. L'âge moyen des accusées célibataires est de vingt-sept ans, ce qui est sensiblement supérieur à l'âge au mariage qui, dans la Bretagne rurale de cette époque, est de vingt-quatre ou vingt-cinq ans. Il ne faut pas forcément y voir une pratique tardive de la sexualité : la plupart sont décrites comme des femmes de « mauvaises moeurs » - un quart d'entre elles sont déjà mères d'un ou de plusieurs enfants.


Parmi les 539 femmes dont on connaît l'âge, les jeunes filles et les femmes d'âge « mûr » sont relativement marginales : 37 accusées seulement sont âgées de quinze à dix-neuf ans ; on n'en compte que 28 parmi les plus de quarante ans. Le crime est donc le fait de femmes qui ont été exclues du mariage. La mauvaise conjoncture économique, particulièrement sensible en Bretagne du fait de l'effondrement de l'artisanat textile, de la faible taille des propriétés agricoles et de la pression démographique, s'oppose à l'installation de nouveaux ménages et pousse les hommes, bientôt imités par les femmes, à s'exiler vers des bassins de meilleur emploi.

 

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Infanticide : le procès des mères criminelles

Par Annick Tillier
publié dans L'Histoire n° 282 - 12/2003   +

 

Des criminelles au village - femmes infanticides en bretagne…

article - 15/12/09 - des criminelles au village - Femmes Infanticides en Bretagne… - Les sources judiciaires permettent de reconstituer 600 affaires d'Infanticides portées devant les…


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