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http://www.sauramps.com/imagettes/9782845451094.jpeghttp://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/2/8/8/9782845450882.jpgDocument Archives du 01/11/2005 - Entretien avec Jean-Paul Picaper - Après « Enfants de Boches » (Historia n° 682) nous abordons ici le cas des enfants nés en Allemagne, entre 1940 et 1945, d'un père français. Des deux côtés du Rhin, la femme est coupable...

Historia - Après Enfants maudits l'an dernier, vous avez publié cette année Le Crime d'aimer , un livre sur les enfants nés en Allemagne, pendant la Seconde Guerre mondiale, de père français et de mère allemande, autrement dit des enfants de prisonniers français ou de STO (travailleurs requis pour le Service du travail obligatoire en Allemagne). Dispose-t-on d'estimations sur leur nombre ?

Jean-Paul Picaper - Je pense, tout en restant prudent, qu'il y en a eu des dizaines de milliers. Et cela, malgré la politique de contraception mise en place dans l'Allemagne des années 1930. Berlin, Hambourg, Munich, les grandes villes, disposaient de distributeurs de préservatifs dans les toilettes publiques. Ce n'était pas le cas bien entendu dans les petits villages. Au début de mon enquête, je pensais ne pas trouver de témoins et pourtant, j'en ai découvert en grand nombre. Je reçois maintenant toutes les semaines des lettres de personnes qui me demandent de les aider à retrouver leur père français ou sa famille. J'ai invité certaines d'entre elles à créer un organisme, Cœurs sans frontière, appelé à prendre en charge les problèmes de ces pauvres gens en quête de la moitié perdue de leur identité.

H. - Les nazis avaient-ils un droit de vie et de mort sur les enfants nés de ces unions interdites ?

J.-P. P. - Oui. Sous une dictature, l'arbitraire est la règle. Il est arrivé toutefois, dans certains cas, que les grands-parents puissent récupérer l'enfant d'une manière ou d'une autre. Ou que le mari de la femme fautive ait fermé les yeux et étouffer le scandale afin qu'il ne retombe pas sur lui et sa famille. Il est arrivé aussi qu'un voisin ou un ami compatissant épouse la mère célibataire et revendique la paternité pour la protéger. Nombre de ces femmes enfin ont eu recours au mensonge. Elles s'inventaient des liaisons avec des militaires allemands. Allez donc démontrer le contraire !

Mais la Gestapo était tenace et les interrogatoires se multipliaient et se prolongeaient jusqu'à ce que ces femmes craquent. On enlevait l'enfant à sa mère, laquelle allait en prison. Il était placé anonymement dans un orphelinat national-socialiste ou dans ces pouponnières nazies appelées Lebensborn (littéralement sources de vie ) si les parents correspondaient à l'idée que les nazis se faisaient de la race supérieure . Quand il était de père français, on ne l'éliminait pas automatiquement. Les Français n'étaient pas considérés comme aryens mais pas, non plus, comme des sous-hommes. S'il était de père polonais, cela se compliquait. Un prétendu expert des questions raciales procédait à une sélection. Pour les juifs, c'était toujours l'élimination.

H. - Aujourd'hui, le malaise identitaire de ces hommes et femmes issus de ces unions et vivant en Allemagne est-il le même que celui que connaissent les Français nés de mère française et de père allemand ?

J.-P. P. - Ils n'ont pas eu à subir de sévices ni d'insultes parce qu'ils étaient enfants de Français. Après 1945, il n'y a pas eu de rejet anti-français. Les préjugés visaient les filles mères. Cependant, le problème identitaire est fondamental. Cette rage de savoir d'où l'on vient, qui l'on est, s'accroît au cours de la vie. C'est surtout à l'âge de la retraite que ces questions deviennent obsessionnelles. Les petits-enfants qui ont du sang français, eux, n'éprouvent aucune honte. Au contraire, ils se sentent véritablement européens. Ce sont souvent eux qui poussent leurs parents à faire des recherches.

H. - Qui étaient les Français unis à des Allemandes ?

http://pagesperso-orange.fr/neveuxyves/prisonniers%20de%20guerre.jpgJ.-P. P. - Il y a d'abord eu les prisonniers français (KG) depuis 1940. Ils étaient un peu plus de deux millions au départ. Vers 1943-1944, après les négociations menées par les autorités de Vichy, ce chiffre est tombé à 1,2 million. A partir de 1941-1942, on a recensé des travailleurs volontaires qui partaient en Allemagne - il ne s'agit pas encore du Service du travail obligatoire (le STO). Ils étaient entre 40 000 et 60 000. On comptait aussi 40 000 femmes françaises, elles aussi volontaires. Puis, en 1943, se sont ajoutés les effectifs du STO. Les classes d'âge 1920-1923 ont été requises pour remplacer les quelque 20 millions de soldats allemands partis au front ou dans les territoires occupés.

H. - Comment la rencontre amoureuse se produisait-elle ?

J.-P. P. - A la campagne, les femmes, les filles et les sœurs d'agriculteurs mobilisés se retrouvaient seules. Nombre d'entre elles étaient veuves. Le besoin de main-d'œuvre était énorme. En théorie, tout contact ou tout dialogue avec un prisonnier français était interdit. Mais le jeu amoureux commençait souvent pendant les travaux des champs, la Gestapo ne pouvant pas se cacher dans tous les sillons. Il arrivait aussi que les ouvriers agricoles prennent leur repas à la table commune. Des liens très forts se nouaient parfois entre ces hommes et ces femmes. J'ai retrouvé un Normand, Louis Piédavent, qui s'est installé en Allemagne. Il s'est marié, le 6 juillet 1945 avec Elfriede, la fille des paysans qui l'employaient, à Mêtzen en Basse-Saxe. Âgés respectivement de 85 et 83 ans, ils s'apprêtaient à fêter leurs noces de diamant. Des Français, au lendemain de la guerre, sont rentrés chez eux avec leurs compagnes allemandes. Ce ne fut pas toujours facile pour elles de se faire accepter par les familles et les voisins. L'autorisation de mariage donnée par les autorités françaises était toutefois possible. A l'usine, où les Allemandes travaillaient surtout dans les services administratifs, les contacts étaient courants, mais plus surveillés. Les abris anti-aériens constituaient un autre lieu de rencontre. A partir de 1944, Goering interdit aux étrangers de pénétrer dans les bunkers. A Berlin, par exemple, ils étaient donc obligés de se réfugier dans les stations de métro ou dans les caves pendant les bombardements. Le danger de mort décuplait comme toujours le besoin de relations charnelles.

H. - Quelles peines encouraient les amants français ?

J.-P. P. - Au dos des cartes d'identité des prisonniers, on pouvait lire : Par ordre du 10 janvier 1940, il est formellement interdit aux prisonniers de guerre d'approcher sans autorisation des femmes ou des jeunes filles allemandes [...] . Les contraventions à cette règle seront punies comme désobéissances, conformément au paragraphe 92 du code pénal militaire allemand du 1er octobre 1940, par une peine de prison pouvant atteindre dix ans ; dans les cas particulièrement graves, par la peine de mort ou par la réclusion perpétuelle ou temporaire [...]. Sur les 30 000 à 60 000 STO, 15 000 environ ont été fusillés, pendus ou décapités, ou sont morts dans des camps pour avoir fauté : sabotage, rébellion, espionnage, marché noir, crime d'amour.

H. - Que risquaient les traîtresses ?

J.-P. P. - La tonte des femmes est une invention de Himmler (1941). Les femmes qui avaient frayé avec un travailleur étranger eurent le crâne rasé et furent exhibées dans les rues. Elles étaient ensuite expédiées en prison et dans les camps. En France, en 1944-1945, on a accepté passivement le phénomène des femmes tondues. En Allemagne, la population jugeait indignes ces mascarades. Himmler a dû abandonner ce procédé. Le Conseil de la défense nationale et le Conseil des ministres présidé par Goering ont adopté des ordonnances coercitives entre novembre 1939 et octobre 1940. Par exemple : Qui enfreint la directive réglementant les contacts avec les prisonniers de guerre ou fréquente un prisonnier de guerre d'une manière qui heurte les bons sentiments populaires, sera puni de prison et, dans les cas graves, des travaux forcés. Les femmes fautives passaient devant un tribunal civil pénal. Juste pour avoir parlé à un prisonnier, elles risquaient six mois de prison et, pour des faits plus graves, jusqu'à trois ans. Puis, elles étaient envoyées à des fins de rééducation en camp de concentration ...

H. - Ces femmes, après avoir purgé leur peine, purent-elles récupérer l'enfant que les nazis leur avaient enlevé?

J.-P. P. - Très souvent, elles en perdaient toute trace. Mais il m'est impossible de vous dire, à ce jour, si cette situation était la plus répandue. Les témoignages émanent de personnes qui savent que leur père était français. Elles ont vécu cachées avec leur mère et ont pu rester avec elle après 1945. Celles qui ont été abandonnées et ne savent rien de leur passé, ne se manifestent pas. C'est une évidence.

Entretien avec Jean-Paul Picaper

Infidèles au Reich

Par Eric Pincas (Propos recueillis par) pour Historia



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