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http://lyc-jean-zay-thiers.entauvergne.fr/media/220889/jean_zay.jpgEn visite à Orléans le 9 février dernier, François Hollande a présenté son projet de refondation de l'éducation, après avoir rendu hommage à Jean Zay, ministre visionnaire de l'Éducation nationale à la fin des années 1930.

 

« Quarante ans, une vie courte mais une vie pleine. Ministre, combattant, écrivain, il a donné le meilleur de lui-même ».


C’est en visite à Orléans le 9 février, que François Hollande a choisi de rendre hommage à Jean Zay, ancien ministre de l’Éducation nationale et des beaux-arts entre 1936 et 1939, avant de présenter son projet de refondation de l’éducation. Jugée pertinente par l’historien Olivier Loubes*, la référence à ce « Jules Ferry du Front populaire » est apparue très cohérente avec le programme pour l’éducation du candidat PS à la présidentielle. « En faisant appel à la mémoire de Jean Zay, François Hollande mobilise deux types de références : D’abord celle du martyr républicain emprisonné par Vichy pendant quatre ans avant d’être assassiné par la Milice le 20 juin 1944, détesté par la droite maurrassienne pour ses origines juives, son protestantisme, son appartenance à la franc-maçonnerie et son engagement politique de gauche, antimunichois, dans le Front populaire. Celle ensuite d’un grand réformateur du système scolaire particulièrement soucieux de démocratisation. Jean Zay est en effet à l’origine de toute une gamme de projets pionniers qui serviront de base aux réformes de l’Éducation pendant plusieurs décennies ».


Aux idées s’ajoute également l’action, car Jean Zay réussit dans la crise de la fin des années 1930 à obtenir des moyens en personnel, des crédits, allant parfois au-delà des désirs même des syndicats. Ainsi, plus de 5 000 postes d’instituteurs et 225 postes de professeurs sont créés afin de dédoubler les classes dépassant 35 élèves. Certes, l’oeuvre des quarante mois d’exercice du ministre de l’éducation, plus administrative que législative, n’a été couronnée que par le vote de la prolongation de la scolarité de 13 à 14 ans, en août 1936. Contré par le Sénat, le très ambitieux projet de refondation de l’enseignement déposé par Jean Zay au Parlement dès mars 1937 n’est, en septembre 1939, toujours pas discuté.


Toutefois, grâce à une série de décisions ministérielles, « l'édifice de l'instruction publique, dans lequel avant lui trois ordres rivaux d'instruction se concurrençaient, entretenant les divisions sociales - le primaire (l'école du peuple) qui se poursuivait par le primaire supérieur (pour les meilleurs) après le certificat d'études ; le secondaire, (réservé aux catégories bourgeoises), qui débutait dès le plus jeune âge avec les petites classes de lycée ; enfin, la filière technique - fut remplacé à partir de Jean Zay, par notre logique d'éducation nationale, dans laquelle l'ensemble de la population scolaire est organisée par âge en trois degrés coordonnés premier, deuxième, supérieur », explique Olivier Loubes.


Démocratisation sociale et culturelle, unification du primaire, harmonisation du secondaire, amélioration de la formation des enseignants, recours à l’expérimentation… Des idées qui ne sont pas sans inspirer aujourd’hui les propositions de François Hollande, notamment dans la création de postes supplémentaires, l’amélioration de la jonction entre primaire-collège et lycée-université qui prolongent la logique des sixième d’orientation voulues par Zay, la transformation des méthodes pédagogiques ou encore la gestion du temps scolaire.


« Même si les thématiques de la fin des années 1930 ne sont plus tout à fait exactement les nôtres, elles recèlent l’idée que tout le monde doit pouvoir progresser. Dès 1936, Jean Zay s’interrogera sur l’instauration d’après-midi consacrées aux activités sportives et culturelles. Ce qui lui vaudra d’ailleurs de la part de ses adversaires le surnom de ‘ministre de la récréation nationale’ ».


Leader de la gauche du Parti Radical, il a été le premier à poser des questions toujours d’actualité. « Voilà pourquoi François Hollande fait appel à Jean Zay plutôt qu’à Jules Ferry, autre grande figure de l’éducation mais référence probablement plus délicate à manier du fait de son colonialisme, souligne Olivier Loubes. Martyr républicain sous la dictature de Pétain, Jean Zay correspond aussi bien plus à nos cultures politiques anti-totalitaires ».
En avril 1992, le nouveau ministre d’État, de l’éducation et de la culture Jack Lang se réclamait déjà de la mémoire de ce « ministre visionnaire ». Vingt ans après, Jean Zay reste plus que jamais à gauche une icône républicaine, grande figure pionnière de la réforme démocratique, toujours âprement discutée, du système scolaire.

 

par Camille Barbe

 

*Historien spécialiste de l'enseignement, Olivier Loubes prépare dans la collection "Nouvelles biographies historiques" dirigée par Vincent Duclert chez Armand Colin un ouvrage sur Jean Zay à paraître en octobre.

 

 

Pour en savoir plus :



Jean Zay ou le destin brisé du Front populaire, par Olivier Loubes, L'Histoire n°309, mai 2006, p. 68.


Jean Zay, le premier procès de Vichy, par Olivier Loubes, L'Histoire n°559, décembre 2010, p. 34.


L'enseignement s'est-il démocratisé ?, entretien avec Antoine Prost, Les Collections de l'Histoire n°6, octobre 1999, p. 76.

 

La mémoire de Jean Zay mobilisée dans la campagne de François Hollande

 

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