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http://www.france5.fr/et-vous/userdata/c_bloc/55/55672/480_55672_vignette_Jeunesse-sous-surveillance3.jpgLes jeunes d’aujourd’hui sont-ils plus dangereux que ceux d’hier ? La justice est-elle vraiment démunie pour apporter des réponses à la violence de certains ? La réalisatrice Amal Mogaïzel a interrogé magistrats et professionnels de la protection judiciaire des mineurs et recueilli la parole d’une poignée d’adolescents en perdition.

A écouter Max, Franck, Pupu, Samir ou Cody, personne n’aurait l’idée de penser que 17 ans est le plus bel âge de la vie. Des pères absents, des mères aimantes mais dépassées, des scolarités chaotiques, des amitiés à risques et puis ce mirage d’une vie facile, comme une revanche sur le destin, ont fracassé leur jeunesse. D’incivilités en cambriolages, de vols en réunion en violences aggravées, comme près de 80 000 mineurs en France chaque année, ils ont connu les gardes à vue et les convocations dans le bureau d’un juge. Ces grands gamins à l’air ­bravache n’ont peur de rien, sinon d’avoir tiré les mauvaises cartes.


Pointée du doigt par une opinion publique gagnée par la tolérance zéro, la justice est en première ligne. Face à une jeunesse dont on stigmatise à l’envi la dangerosité, qu’en est-il vraiment ? « Est-ce qu’il y a matière à être inquiet ? interroge Jean-Pierre Rosenczveig, le président du tribunal pour enfants de Bobigny. Est-ce que la France est à feu et à sang du fait de la délinquance juvénile ? Cela fait rigoler des étrangers qui connaissent des situations mille fois plus "craignos” que celle qui est la nôtre aujourd’hui. » De son côté, Eric L’Helgoualc’h, juge pour enfants, rappelle que « les mineurs ne sont pas des justiciables comme les autres. Ce sont encore des êtres en devenir. Ils ne sont pas complètement structurés et n’ont pas de repères bien établis. Ils sont dans l’impulsivité, l’émotif, le réactionnel ».

 

Des structures adaptées à une prise en charge individuelle


Pour répondre à la spirale de violence dans laquelle sombrent de nombreux mineurs, la justice n’est pas sans moyens. « Les réponses que nous mettons en place depuis des décennies ne sont pas si inadaptées que l’on veut bien le dire, précise Jean-Pierre Rosenczveig. Par exemple, on sait que, dans environ 85 % des cas, une jeune personne qui est délinquante lorsqu’elle est mineure ne l’est plus lorsqu’elle est majeure. En d’autres termes, le plus souvent nous arrivons à la réinsérer dans une vie correcte. Certes, ce jeune ne sera peut-être pas polytechnicien (…), mais généralement il finit par trouver une petite vie pépère, avec une femme qu’il va aimer et des enfants qu’il va élever tout à fait correctement. » Le foyer mixte de La Cale, un établissement de placement éducatif de Haute-Garonne, fait partie de la palette des réponses sur lesquelles s’appuie la justice des mineurs. Encadrés par treize éducateurs de la Protection judiciaire de la jeunesse, Max et une douzaine d’adolescents, coupables de vols et de violences à répétition, s’y voient offrir une chance de repartir du bon pied. « La plupart de ces jeunes sont déscolarisés depuis plusieurs années, certains n’ont plus de carte d’identité ou de couverture sociale, souligne Gérard Bourbier, son directeur. Chacun est une énigme qu’il faut essayer de résoudre, de comprendre. Il n’y a pas de recette miracle. »


Un travail de longue haleine mené aussi au sein des centres éducatifs fermés. Pour réapprendre à des jeunes en perdition à se lever le matin et à dormir la nuit, mais aussi à contrôler leurs émotions, leurs équipes mêlant éducateurs spécialisés — vingt-cinq pour dix enfants —, psychologue et infirmier s’impliquent à chaque instant. Dernière étape avant la détention en Etablissements pénitentiaires pour mineurs (EPM), les CEF mobilisent depuis 2002 des moyens très importants, à la mesure des défis à relever. Alors que des voix réclament l’abaissement de la majorité pénale de 18 à 16 ans, Nadine Grille, directrice de l’Etablissement pénitentiaire pour mineurs de Lavaur, dans le Tarn, tempère, elle aussi, les craintes : « Pris individuellement, observe-t-elle, la plupart des mineurs sont accessibles au discours éducatif et à une prise de conscience. » Ainsi, s’il le pouvait, Cody voudrait « que tout ce que j’ai fait reparte en arrière et tout recommencer ». Pupu, lui, veut croire encore que les adultes sauront l’aider à ne pas être privé d’avenir : « Les jeunes d’ici sont du même avis que moi : ils aimeraient tous travailler, ils aimeraient tous devenir quelqu’un de bien. »

 

Christine Guillemeau

Documentaire  diffusé sur France 5 le mardi 31 janvier 2012
Durée 52’
Narration Nathalie Duong
Réalisation Amal Mogaïzel
Production France Télévisions / AMIP
Année 2011
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