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http://lesparesseuses.typepad.com/.a/6a00e54f10584c8834016765b699ef970b-800wiEntre coutumes, rites, traditions chrétiennes et formes de courtoisie, le mois de mai est, depuis le Moyen Age, riche en significations. Dans le premier numéro de L'Histoire, Nicole Belmont effeuillait la symbolique du retour du printemps. Extraits...

 

Les mais aux filles


Les rituels les plus répandus de courtoisie entre garçons et filles sont au nombre de trois ; ce sont la pose des mais, les chansons et quêtes, les reines ou épousées. Pour les décrire, on fera appel aux matériaux recueillis lors de la première collecte de folklore en France, celle de l’Académie celtique et de la statistique des préfets, qui date des premières années du XIXe siècle, non sans utiliser à l’occasion. des documents antérieurs ou postérieurs pour attester l’ancienneté ou la persistance de ces coutumes.


Dans le pays chartrain, le premier jour de mai, bien avant le lever du soleil, « tous les jeunes gens des campagnes vont cueillir, dans les bois les plus voisins de leurs hameaux, des branches d’arbres couvertes de feuilles, que l’on appelle des mais ; ils les attachent au-dessus des portes extérieures des maisons, ou les plantent sur les toits couverts de chaume des habitations dans lesquelles il existe des jeunes filles. Le nombre des mais égale toujours celui des filles, et la grandeur de chacune de ces branches est régulièrement graduée suivant l’âge de chacune d’elles. Les amants ne manquent jamais de placer les plus remarquables à la porte de leurs maîtresses. Tel est, tous les ans, le modeste témoignage des sentiments que leur inspire le sexe dont ils attendent le bonheur’.» Cette description est typique de la coutume qui se pratiquait à peu près partout en France. Elle commençait à disparaître à la fin du XIXe siècle, comme l’affirme le folkloriste des Hautes-Vosges, L.-F. Sauvé : « Dans les rares villages où les vieilles coutumes sont encore quelque peu suivies, on peut voir seulement – sinon le premier jour, tout au moins le premier dimanche de mai – se dresser, devant la porte ou sous la fenêtre de quelques jeunes filles privilégiées, une ou deux branches d’arbres couvertes de leur feuillage. Ces branches, que l’on désigne sous le nom significatif de mais, sont quelquefois ornées de rubans aux vives couleurs, quelquefois aussi de guirlandes de fleurs ou de chapelets de coquilles d’oeufs2. » Les mais sont donc pour l’essentiel un hommage des jeunes gens aux jeunes filles, sinon même à toutes les filles, petites ou grandes, du village. Ils permettent en outre de donner une expression silencieuse à certains sentiments ou jugements, grâce à un symbolisme végétal propre à chaque localité. Ce symbolisme, parfois rudimentaire, se fonde le plus souvent sur la nature ou le nom de la plante. En Bourgogne le charme signifie « tu me charmes » et la ronce est injurieuse. En revanche, dans la région de Beaune ce langage végétal permet plus de nuances : l’aubépine désigne un refroidissement affectif ; le bouleau, la virginité ; le saule, la coquetterie ; le houx, l’ abandon. (...)


Le mois de la courtoisie


C’est une explication simple que nous proposons pour cet interdit populaire. Ainsi que nous venons de le voir, le mois de mai est dévolu aux rapports de courtoisie entre garçons et filles et à la célébration des mérites des filles à marier. Il exclut du même coup le mariage, car le calendrier populaire ne mêle pas tout; certaines périodes sont plus propres que d’autres pour faire la cour : c’est le cas du mois de mai et – pour la même raison – de l’époque du Carême. Mais, en la circonstance, l’interdit précède son caractère spécifique : le Carême, pendant lequel l’Église prohibe les mariages, s’est vu investi par la pratique populaire d’une fonction de « courtoisie » entre jeunes gens et jeunes filles. En revanche le mois de mai, à l’origine destiné par la pratique populaire à la courtoisie qui, selon cette même pratique, est exclusive du mariage, se voit ensuite consacré au culte marial par l’Église qui tente, par ce moyen, de christianiser une croyance et des coutumes qui lui échappaient. Ici encore, on voit la complexité des rapports entre christianisme et traditions populaires, rapports de complémentarité et d’antagonisme où ne sont pas absents les effets de feed-back rétroaction.


Mais il est important d’ajouter que cette christianisation, contrairement à la plupart des tentatives de l’Église dans cette voie, a pleinement réussi, au point qu’on ignore le plus souvent la préexistence de l’interdit populaire; plus encore, au point qu’elle a permis sa survie jusqu’à nos jours, alors que la majorité des croyances et des coutumes populaires n’a pas résisté à l’avènement de la société industrielle. Il semble même que l’interdit ait été de plus en plus respecté au cours du XIXe siècle et qu’il se soit étendu entre 1810 et 1876 à toute la France à partir d’un premier foyer, les départements de l’ouest, puis d’un second, les départements méditerranéens. Cette répugnance à se marier en mai n’a pas disparu avec le XXe siècle. Elle est encore inscrite dans les chiffres récents de la nuptialité française par mois. Entre 1966 et 1974, le nombre des mariages célébrés au mois de mai n’est pas plus élevé, sinon même inférieur, à ceux qui sont célébrés pen­dant le Carême, où l’Église ne permet pas qu’on se marie sans dispense. C’est dire que cet interdit populaire pèse encore aussi fort que l’interdit religieux. Sans doute faudrait-il moduler ces chiffres, dans la mesure où le mois de mai se place maintenant de ce point de vue entre deux pointes : celle d’avril où se contractent, comme par le passé, les mariages non célébrés durant le Carême, et celle de juin, juillet et août, qui permet de faire coïncider vacances d’été et lune de miel. Cette pointe relativement récente a remplacé celle d’une France plus rurale où les mariages se célébraient en octobre après l’achèvement des travaux agricoles.

 

Pour lire l'article dans son intégralité :


Le joli mois de mai, par Nicole Belmont, L'Histoire n°1, mai 1978, p. 16.

 

 

JOLI,JOLI MOIS DE MAI - Vidéo Dailymotion

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www.dailymotion.com/.../xihnrj_joli-joli-mois-de-mai...30 avr. 2011 - 3 min
il y a 12 mois par caenphx. merci marie pour ton gentil com :):) a mon tour je te souhaite un tres joli mois de ...
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