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http://pmcdn.priceminister.com/photo/Plasse-Jean-Perre-Journal-De-Bord-D-un-Negrier-Livre-894190108_ML.jpgCe journal de bord a été écrit en 1762 par Jean Pierre Plasse, tombé dans l’oubli depuis bien longtemps. Il a fallu la ténacité d’un de ses descendants, Bernard Plasse, pour que le manuscrit, déposé au Musée de la Marine de Marseille devienne un ouvrage enfin accessible au public.

C’est un récit par lequel nous pouvons entrer directement dans des modes d’appréhensions du réel, presque dans l’intimité d’un négrier... Car s’il est bon de savoir une chose, il est toujours intéressant de se la représenter avec les yeux des contemporains. Sans cela il n’est pas, il ne peut pas être de vraie histoire.

Le préfacier, Olivier Pétré-Grenouilleau, est l’auteur de la somme : Les Traites négrières, essai d’histoire globale, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des Histoires », 2004.

« Écrit par un homme averti, ce journal de voyage est d’ailleurs beaucoup plus fourni que la plupart des journaux de bord conservés jusqu’à nos jours. Indications nautiques, informations commerciales éparses, le tout dans un style télégraphique avant l’heure, forment souvent l’ossature de ce type de récit […], les paragraphes plus consistants y sont rares.

Tel n’est nullement ici le cas. Le texte est bien écrit, dans un langage correct, précis et parfois raffiné. […] Relativement cultivé, soucieux d’être utile, il souhaite aussi captiver son lecteur. Son journal se lit ainsi très facilement, de bout en bout. »
Olivier Pétré-Grenouilleau, extrait de la préface.

« Samedi 11 septembre - Ce matin, le temps au brouillard, à ne pouvoir découvrir la côte. J’ai envoyé le canot à terre pour savoir s’il y avait des esclaves mais la mer était si grosse qu’on n’a pas pu entendre les appels des nègres depuis le rivage, ils étaient couverts par le bruit des vagues et comme je ne pensais n’être pas très loin de destination, nous avons mis à la voile. […]

Samedi 16 octobre - Ce matin, nous avons mis à la voile avec un petit vent d’ouest en route pour Juda qui est à six lieux d’ici […] En effet, ce jour se passa à faire préparer tout ce dont j’avais besoin pour commencer ma traite. […]

Après des compliment de part et d’autre, on s’assoit sur ces bancs dont celui du blanc est le plus haut par respect. On apporte à boire de l’eau-de-vie et on choque le verre avec le marchand […] Ensuite, il s’assied par terre en attendant que les esclaves paraissent pour faire la palabre, c’est-à-dire l’interprétation du marché. Les hommes captifs sont traduits attachés aux poignets ainsi que les garçons pour marquer à l’acheteur que c’est un homme. Les femmes et les filles ne le sont point. […] L’accord obtenu, on donne au vendeur une note de ce dont on est convenu et il vient le chercher au magasin quand il lui plaît. Ensuite, on fait apporter du feu où l’on fait chauffer son estampe et on marque les captifs sur une épaule, on adoucit l’effet du fer avec de l’huile de palme. Ensuite, on présente encore à boire et on prend congé pour aller chez un autre, le précédent vous accompagnant jusqu’à la rue. Voilà toute la cérémonie qui est observée en pareil cas. »

Dans sa préface, Olivier Pétré Grenouilleau qui vient de publier une synthèse fort utile sur les traites négrières, rappelle les précautions indispensables pour tout historien face à une source. Il nous restitue ce journal dans son époque : l’auteur Jean Pierre Plasse est un français travaillant pour un armateur français, à bord d’un navire hollandais faisant le commerce de traite à l’occasion. L’auteur qui est un habitué du trafic défend donc les intérêts de l’armateur, il présente son action et dit vouloir servir à ceux qui se lanceraient dans ce commerce. Son récit permet au lecteur de se faire une représentation de ce que pouvait être pour un Français, à l’époque, cette activité. Ce journal quotidien, ou presque, a été remis en français moderne par un descendant de l’auteur.


 

Journal De Bord D'un Négrier

collection ATTITUDES
Parution :  janvier 2005


Depuis son départ d’Amsterdam début mai 1762, l’auteur nous donne des informations sur la navigation, les rencontres avec les marines « ennemies » qui peuvent être plus inquiétantes même que la météo, les cartes incertaines et les hauts-fonds de la côte africaine. L’intérêt principal réside dans sa description très précise des lieux de traite, les conditions d’approche de la côte, les marchandises à acheter pour le voyage ou le troc en d’autres points de commerce (huile de palme par exemple) et des marchandises échangées (cotonnades, barre de fer, armes à feu), variables au long de la côte tant de par leur nature que de par leur valeur d’échange et bien différentes de la « pacotille » longtemps évoquée comme l’objet du commerce des esclaves. Ce journal dresse un tableau précis des intermédiaires africains : interprètes, courtiers..., des autorités côtières et des us et coutumes, des croyances des habitants. Le plus surprenant est la durée même de l’expédition. S’il faut moins d’un mois pour atteindre les côtes de l’Afrique de l’Ouest (le navire est face à la Gambie le 31 mai), le cabotage avec les premiers achats de captifs dure quatre mois suivi d’une longue escale sur la côte de l’actuel Bénin, très longuement décrite, pour compléter la cargaison. C’est l’occasion de percevoir les représentations d’un négrier tant sur ses futurs captifs que sur les populations à qui il les achète. Si le navire repart le 14 mars 1763 c’est pour une nouvelle escale d’un mois à l’île du prince (actuelle São Tomé-et-Príncipe) pour « préparer les esclaves » avant la traversée de l’Atlantique ce qui permet l’évocation des conditions « humaines » nécessaires à un voyage sans trop de pertes. Il quitte enfin l’Afrique le 23 avril soit pratiquement un an après le départ d’Europe pour arriver en vue des côtes américaines le 14 mai et toucher au but le 19 juin sur les côtes du cap français (Haïti ) où notre homme souhaite vendre sa cargaison humaine. C’est là que s’arrête son journal qui hélas ne nous renseigne pas sur le sort des esclaves qu’il a ainsi acheminé vers l’Amérique.


Ce périple raconté dans un style sobre présente pour un lecteur d’aujourd’hui l’intérêt certain d’une plongée dans l’univers mental d’un négrier du XVIIème siècle. Les considérations sur ses "partenaires commerciaux" montre toute la complexité de ce que fut la traite négrière. Copyright Clionautes

 

lundi 9 mai 2005, par Christiane Peyronnard

 


Émigration - Colonialisme - Racisme (23)

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