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http://www.babelio.com/couv/CVT_Juliette-ou-le-chemin-des-immortels_6845.jpegLa face noire de la Libération de la France en 1944-1945, ce fut une épuration qui ne devait rien à la justice mais beaucoup à la vindicte de résistants de la dernière heure.


Au cœur de ces exactions, il y eut le carnaval barbare de femmes tondues devant des foules devenues populaces. Qu'elles aient collaboré à l'horizontale ou tout simplement aimé, ces victimes expiatoires saluées par Paul Eluard et chantées par Georges Brassens sont devenues une tache indélébile dans les mémoires.

Juliette fut l'une de ces femmes. Son fils, le poète Tristan Cabral, né en 1944 de ses amours avec un médecin militaire allemand, témoigne aujourd'hui pour elle et ses sœurs d'infortune et, par la grâce de la littérature, transmue une douleur en beauté incandescente.

Tristan Cabral, né en 1944, occupe une place singulière dans le paysage poétique et littéraire contemporain. Dès la publication de son premier recueil, Ouvrez le feu (1974), il a rencontré l’adhésion de milliers de lecteurs, sensibles à cette voix chargée des tempêtes de l’histoire contemporaine. Il est l’auteur d’une quinzaine de livres dont, dernièrement au cherche midi, H.D.T. (hospitalisation à la demande d’un tiers) (2010).

 


  ... Dans son dernier livre, "Juliette ou le chemin des immortelles", un récit poétique autobiographique dédié à sa mère qui fut tondue et traitée de putain et de salope à la Libération pour avoir aimé inconditionnellement un médecin militaire allemand ("Ils s'aimaient en plein soleil. Ils ne se cachaient pas comme si la guerre n'existait pas"), Tristan raconte avec une émouvante pudeur, les étapes alchimiques de son existence mouvementée, revient sur ces années d'enfance dans la Ville d'Hiver d'Arcachon en face du Casino Mauresque, à "Bordeaux la Laide" ("l'esclavagiste, la collabo"), sur le chemin des immortelles qui traverse les landes devant le mur de l'Atlantique, sur la révélation éclatante du secret de sa naissance et, plusieurs vies plus tard, sur la rencontre avec ce père mythique agonisant, Heinz R., dans la Forêt Noire. Il décrit pour la première fois, avec la verve et la fraîcheur d'un adolescent, ses premiers amours et parle de ses premières lectures (Hugo, Vigny, Baudelaire, Cesbron, Bernanos, Saint Augustin, Nerval, Kierkegaard, Nietzsche, Rimbaud). Chaque chapitre relate une expérience décisive : des lieux mystérieux échappant à la fuite du temps, son amour du cirque et des funambules, l'école de Sarlat où un professeur extraordinaire surnommé Toutoune lui fit découvrir la poésie. Après l'Occitanie des Cathares et des bergers, il entraîne son lecteur à travers les événements de Mai 68 vécus à coups de formules magiques, à Istanbul et sur la Corne d'Or et poursuit son récit haletant avec son incarcération de six mois à la Santé pour démoralisation de l'armée, sa quête d'humanité dans un monastère du Mont Athos, ses illuminations parmi les indiens des Andes, ses déchirements dans la Jérusalem mystique et les territoires occupés de Palestine. Il dit l'essentiel, jusqu'à son naufrage prophétique au-delà des Passes, entre Arguin et la Dune : "Le temps sera venu de revenir à l'océan. Je serai Yann du banc d'Arguin, le passeur de silence !" - André Chenet

 


Femmes dans les guerres (117)

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