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http://www.laprocure.com/cache/couvertures/9782742794829.jpgIl n'est pas rare de voir le sens d'un mot évoluer d'une terrible manière... Kamikaze est l'exemple parfait : à l'origine, il s'agit du vent d'essence divine qui souffle sur le sanctuaire de la déesse du soleil. Mais dès le moyen âge, il est détourné, désignant alors les tempêtes qui mirent en déroute les flottes des envahisseurs. Pendant la seconde guerre mondiale, les kamikazes sont ces militaires japonais, au sens du devoir exacerbé, qui se sacrifient au milieu du Pacifique pour l'honneur de leur patrie. Mais qui sont-ils réellement ?


Ce court roman, d'une fulgurante intensité, place le lecteur dans la vie de Mitsuko, jeune étudiante qui, pour cacher la désertion de son frère et sauver ainsi l'honneur de sa famille, se travestit et s'engage pour devenir kamikaze. Prenant comme modèle son amour de jeunesse, Kosaburo, adepte de la sagesse des samouraïs, elle suit l'entraînement qui la mènera, elle le sait, vers une mort certaine...


Mais ce qu'il faut surtout retenir de ce magnifique texte, c'est le personnage féminin, Mitsuko, au courage incommensurable, à l'esprit vif et au coeur aimant !


  • Les présentations des éditeurs : 10/02/2013

 

 

Le jeune Kosaburo sera-t-il peintre ? poète ? calligraphie ? La Seconde Guerre mondiale qui éclate ne lui laisse pas le loisir de rêver à son avenir. Fasciné depuis l'enfance par les samouraïs, Kosaburo voit dans le conflit l'opportunité de suivre le Bushido, le code des guerriers japonais. Mais son ami Akira n'accepte pas ce sacrifice : pourquoi mourir ? Il déserte. Pour éviter le déshonneur promis à sa famille, sa soeur Mitsuko, travestie en homme, va suivre au côté de Kosaburo la formation des kamikazes.


Et si la guerre n'était qu'un prétexte pour explorer le sentiment du deuil ? Nicole Roland sculpte avec pudeur la détermination des amants silencieux qui se préparent à la mort plutôt qu'à la vie. Roman de l'épure, du geste poétique, de la condensation, Kosaburo, 1945 est aussi un admirable travail d'anamnèse pour rappeler à soi les absents.

http://www.avoslivrescitoyennes.com/wp-content/uploads/2011/10/Nicole-Roland.jpgProfesseur de lettres à Namur (Belgique), Nicole Roland a créé un théâtre universitaire et l'a animé durant vingt ans. Actes sud a publié ses romans Kosaburo, 1945 (2011, prix première 2011, prix de la première oeuvre de la fondation Wallonie-Bruxelles) et Les Veilleurs de chagrin (2012).


  • Les courts extraits de livres : 10/02/2013

 

 

Cette histoire s'inspire d'un visage : celui d'un pilote japonais entrevu sur la page du journal que lisait mon voisin, un temps de midi, au Pain-Quotidien de la place Saint-Loup. Après quelques instants qui m'ont paru une éternité, il a replié le journal avec soin et l'a déposé sur la pile de magazines laissés à notre disposition.


La photographie datait de 1945. Le grain du papier la rendait floue mais le visage qui se tenait au centre m'attirait comme un aimant : des traits fins, un regard fixe et la désinvolture des lunettes relevées sur le bonnet d'aviateur. Autour de son cou, une écharpe de soie blanche se déployait dans le vent.

On sait que les âmes se déplacent le septième mois, en particulier les nuits de pleine lune. Était-il possible qu'elles soient attirées par la fête des esprits ancestraux qui avait lieu ces jours-ci ? Les esprits étaient conviés à revenir dans les demeures des vivants. Quand il était petit, Kosaburo se souvenait que, ces jours-là, il restait silencieux, se déplaçant pieds nus, retenant son souffle, de peur que l'un d'entre eux ne s'adresse à lui. S'il lisait, il prenait soin de tourner les pages avec une lenteur infinie, redoutant un appel du papier, et lorsque venait la nuit, ses craintes redoublaient : il ne fallait surtout pas regarder la lune, de peur d'être englouti dans son eau glacée.


Avec les ans, ses craintes avaient disparu mais ces nuits de longue lune questionnaient Kosaburo : que ferait-il de son existence ? Deviendrait-il peintre ? ou poète ? ou calligraphe ? Allait-il consacrer sa vie, comme il en avait le désir, à des préoccupations esthétiques ? En serait-il capable ?


Son coeur le portait vers ces choix : il pourrait devenir un lettré, comme son propre père l'avait été, et pénétrer dans un monde où il était important de distinguer si l'expression "fourrure d'été" convient au moment exact de la fin de l'été, quand la robe du faon prend cette teinte brun doré, et que les taches plus claires deviennent visibles et donnent alors, en tombant, les meilleurs pinceaux pour écrire. N'était-il pas important de rendre à l'aide de mots bien choisis le bruit d'un insecte qui pleure dans les armoises couvertes de rosée ?


Il l'avait toujours su. Mais la guerre qui frappait à sa porte rendait ses aspirations tellement dérisoires : il s'agissait maintenant de défendre son pays, de vivre ou de mourir, de tuer. Une lame de désespoir envahit Kosaburo. A l'âge où la vie s'ouvre enfin, on était en passe de la perdre. Plus de création possible, plus d'amour. Ses pensées le ramenaient toujours à Mitsuko : à son beau visage, à ses mains fines qui, lorsqu'elle lui parlait, voletaient autour d'elle comme de précieux colibris.


Mitsuko qu'il aimait. Et la guerre venait de déchirer sans bruit la page qu'ils auraient pu écrire.


En secret, Kosaburo préparait un cadeau pour sa bien-aimée : peu à peu, il constituait ce que la tradition japonaise avait nommé "le livre de l'oreiller" : ce présent qui consistait en un petit "oreiller" en bois laqué où étaient serrés des poèmes, des jeux, des conseils érotiques, et que les amoureux s'offraient entre eux. Le premier livre de l'oreiller avait été écrit au début du XIVe siècle afin de parfaire l'éducation amoureuse des amants.

 

Kosaburo, 1945

Auteur : Nicole Roland

Date de saisie : 22/02/2013

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Collection : Babel, n° 1156

 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/34/Jean_Morzadec_photographi%C3%A9_par_Oleksandra_Yaromova.jpg/220px-Jean_Morzadec_photographi%C3%A9_par_Oleksandra_Yaromova.jpgLechoixdeslibraires.com a été créé par Jean Morzadec et son équipe, afin de rendre hommage à la compétence des libraires, qui sont les ambassadeurs du livre.

De nombreux libraires ont ensuite demandé à ce que le site devienne le grand portail de l’actualité du livre.

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C’est une mission exaltante.

Jean Morzadec a travaillé plus de trente ans à France Inter, dont il fut directeur des programmes de 1999 à 2005, sous la présidence de Jean-Marie Cavada. Il se consacre aujourd’hui, avec passion, au développement de sites culturels dédiés particulièrement à l’amour des livres.

 

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