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http://www.mairie-quimper.fr/images/photos/0005/img_1210750605416.jpgLa Révolution française organise une force publique municipale destinée à assurer la protection des personnes et des biens dans le cadre de la loi de décembre 1789.


Si la Gendarmerie, née en 1791 de la réorganisation de la maréchaussée d'Ancien Régime, demeure une force de police militaire opérant en zone rurale, une autre institution se met donc en place dans les villes sous l'autorité des maires dotés des pouvoirs de police. Le Code de Brumaire an IV définit cette institution : La police est instituée pour maintenir l'ordre public, la liberté, la propriété, la sûreté individuelle.


Parallèlement, d'autres formations contribuent au maintien de l'ordre des villes au XIXe siècle, en particulier la Garde nationale, créée en 1789, elle est l'héritière des anciennes milices bourgeoises dont l'existence se prolonge jusqu'après la défaite de 1870.

 

Le commissariat de police de Quimper

 

Depuis 1969, le commissariat de police de Quimper occupe les locaux de la rue Théodore Le Hars. Mais en 1907, la police municipale occupe une aile du rez-de-chaussée de la mairie de Quimper. Les bureaux du commissaire, du secrétaire de police et le violon (cellules) y sont aménagés.

 

Le personnel du commissariat de police en 1907

 

Il y a 100 ans moins d'une dizaine de policiers ont en charge la sécurité publique à Quimper ville de 19.516 habitants. Si le commissaire est nommé par le ministère de l'Intérieur les simples agents de police sont recrutés ou révoqués par le maire.


> L'effectif du commissariat de Quimper en 1907


Les missions quotidiennes

 

La première mission des policiers est d'assurer quotidiennement la surveillance de la ville. Quimper est divisée en trois secteurs et une dizaine de quartiers. Chaque agent a en charge l'inspection quotidienne de son quartier et travaille près d'une douzaine d'heures par jour. C'est une police de proximité à l'image de la police londonienne.


Un agent est toujours présent au poste de police. Il est chargé de la surveillance du « violon », cellule de dégrisement qui enferme aussi des suspects de crimes et délits. Plus surprenant, cet agent doit également assurer à sa prise de service, à sept heures du matin, l'ouverture des halles et du  square de l'évêché et plus surprenant encore doit assumer la fonction d'allumeur de réverbères en procédant à l'extinction de l'éclairage public de l'horloge de la cathédrale.


Un second agent qualifié de planton doit être également présent au commissariat, il représente toute la « réserve » à disposition du commissaire en cas de problème sérieux et urgent.


Pendant ce temps, un agent circule sur les quais de l'Odet et y régule la circulation automobile alors naissante. Deux autres policiers surveillent les halles et le champ de foires les jours de marchés. Un agent est enfin de faction à la gare et y surveille tout autant les voyageurs en transit que les commissionnaires chargés des chargements des bagages des premiers touristes visitant la capitale de la Cornouaille. 


Rondes nocturnes et maison de tolérance


Les rondes nocturnes représentent une part importante du travail du policier Quimpérois. La ville compte alors plus de 200 débits de boissons alcoolisées. Certaines rues, comme la seule rue Neuve en compte plusieurs dizaines. Quimper compte aussi une maison de tolérance d'une douzaine de prostituées située aux 2 et 4 de la rue Pen-Ar-Stang. Cette maison close est, on s'en doutera, sujette à une surveillance spéciale de la police.


Cabarets et maison de tolérance sont particulièrement fréquentés par les militaires en permission et les mauvais garçons. L'abus d'alcool est à l'origine de l'essentiel (9/10) des cas de violence et de tapages nocturnes survenant en ville. A cela vient s'ajouter la surveillance nocturne des principales artères commerçantes. Mais après minuit, seuls deux agents maintiennent une présence policière dans la ville endormie.

 

Le résultat de ce quadrillage transparaît dans des registres de procès-verbaux et de compte-rendu de surveillance. A la tête de ce service, le commissaire de police Pierre Judic, fonctionnaire de l'ordre administratif et judiciaire agit localement sous le double contrôle du préfet et du procureur général du Tribunal. Premier observateur de ses contemporains, et précurseur des renseignements généraux, il doit également rendre compte dans des rapports mensuels au directeur de la Sûreté à Paris de la situation générale de sa ville et de l'état d'esprit de ses habitants.


Crimes et délits au fil de l'eau

 

Les archives municipales conservent en série I (police et justice) les copies des rapports, procès-verbaux d'interrogatoire du commissariat de police de Quimper de l'année 1907 désormais librement comminicables.


A quelle criminalité est-on confronté à Quimper à cette époque ?


En 1907, près de 700 procès-verbaux d'infractions, dépôts de plaintes sont enregistrés au commissariat. Près de 550 rapports et correspondances sont adressés aux interlocuteurs du commissaire Judic, essentiellement au préfet, au directeur de la Sûreté à Paris, au procureur général ou au maire.


Voici une brève éphéméride représentative de la petite et grande criminalité quimpéroise en cette année 1907 vue à travers la collection des procès-verbaux d'audition du commissaire de police Pierre Judic. Une collection qui s'apparente à un  inventaire à la Prévert, tantôt sinistre, tantôt cocasse des crimes et délits quimpérois.

  • 1er janvier : enquête sur le vol de six paires de chausson chez Marie Savina, commerçante, 15, rue de Douarnenez. Les voleurs appréhendés sont de jeunes hommes portant dans leurs sabots une partie du larcin

  • 12 janvier : enquête sur un vol d'un sac de 25 kg de son au moulin de Troheïr

  • 21 janvier : enquête sur un vol de 5 francs dans la caisse d'un cabaretier de la  rue de Douarnenez. Cette affaire est néanmoins inquiétante car elle va mettre en lumière des pratiques pédophiles impliquant des adolescents

  • 29 janvier : enquête sur le vol de 3 paquets de chevilles en cuivre chez un quincailler de Quimper

  • 25 janvier : enquête sur les causes d'un incendie déclaré dans un commerce de la rue Royale

  • 6 février : enquête sur un bris de vitrine d'un cabaret de la rue du Guéodet par une femme accusée de vagabondage et de vol 

  • 11 février : enquête sur deux enfants de 9 et 11 ans vivant de la mendicité, orphelins de père et de mère, retrouvés errants près des halles. Le même jour, enquête sur un vol de choux dans un champ de la route de Brest

  • 19 février : enquête en flagrant délit sur un vol d'un paquet de sucre à la gare par un journalier

  • 5 mars : enquête sur un vol avec violence commis sur un charpentier de Quimper, place Terre au Duc

  • 9 mars : enquête sur un cultivateur de Tréogat dévalisé par deux hommes rue Saint-Mathieu

  • 10 mars : enquête sur le vol de cidre et d'alcool chez un cabaretier de la rue du Sallé. Le même jour, enquête sur l'effraction des portes de la sacristie de la cathédrale et le vol du tronc de la cathédrale portant l'inscription Saint-Corentin par un voleur récidiviste (le tronc est retrouvé dans l'Odet et l'enquête démontrera que le coupable, ancien enfant de cœur dans sa jeunesse, connaissait de ce fait parfaitement la cathédrale)

  • 11 mars : enquête sur un vol d'une paire de sabot au préjudice d'une commerçante de la place de Locronan

  • 14 mars : enquête sur l'abandon de ses quatre enfants par un sieur Danielou déjà veuf. Les enfants sont recueillis par des voisins en attendant l'aide du service des Enfants Assistés du Département

  • 16 mars : enquête sur des vols d'argent commis à l'hospice de Quimper

  • 12 avril : enquête sur le vol de la bicyclette appartenant au sieur Darnajou négociant en vins quai de l'Odet

  • 13 avril : enquête sur le port illégal de décorations et d'uniforme militaire, usage de faux nom et de fausses qualités par un matelot de la Royale, déguisé en officier marinier

  • 15 avril : enquête sur les vols d'argent dont ont été victimes plusieurs cultivateurs venus vendre ou acheter des bêtes à la foire de Quimper

  • 24 avril : enquête sur la femme Le Saux accouchée d'un enfant non déclaré le 16 avril. L'enfant fut vendu pour le prix de 200 francs à la femme d'un boucher de la rue Toul-Al-Laër du nom de Bonan. La nouvelle mère bien qu'âgée de 49 ans parvient à faire croire qu'elle avait accouché de l'enfant et le déclare sous son nom à la mairie. La sage femme ayant procédé à l'accouchement n'ayant pas vu paraître l'annonce de la naissance dans la presse s'en est inquiétée portant l'attention des autorités administratives et policières sur cette triste affaire

  • 2 mai : enquête concernant le vol et la mutilation d'un cheval remisé dans une écurie par un journalier de Penhars. L'enquête démontrera que l'individu avait déjà mutilé un autre cheval le 15 avril

  • 7 mai : enquête sur des bris de vitres de divers commerces occasionnés volontairement par un mendiant désirant se faire incarcéré. L'individu est appréhendé par Eugène Bolloré, rentier

  • 29 mai : enquête sur le décès par noyade dans l'Odet d'un enfant de quatre ans qui avait voulu laver ses souliers sur le rebord de la cale. Le docteur Olgiati ne pourra que constater le décès

  • 11 juin : enquête sur plusieurs agressions par coups de couteau portés par un marin de l'Etat, canonnier servant au deuxième régiment colonial, pris de fureur alcoolique

  • 5 août : enquête sur la mort accidentelle d'un ouvrier de la manufacture Henriot

  • 26 août : enquête sur la mort par pendaison d'une femme demeurant chemin des Justices, la victime est découverte par son fils de 13 ans

  • 16 novembre : enquête concernant un négociant d'Audierne du nom de Gustave Le Gall. Celui-ci fait feu à deux reprises, à coup de révolver, quai de l'Odet, sur un avoué de Quimper, Maître Le Scour qu'il accuse de l'avoir ruiné et le blesse mais non mortellement

Si Quimper n'est pas exempte de crimes et délits, elle est cependant bien loin de présenter l'image d'une ville criminogène. Pas de cours des miracles, pas de criminalité organisée, pas de bandes d'apaches, pas de dangereux anarchistes sinon de passage, enfin pas de meurtre à déplorer. On y poursuit plutôt les voleurs de poules et on y appréhende surtout des vagabonds et des militaires faisant la noce à l'occasion de permissions.


La misère sociale est cependant bien présente et de nombreux suicides en signalent l'importance. La vie politique est apaisée et le conflit syndical s'il est l'exception plutôt que la règle n'y est pas accompagné des dégradations réalisées dans d'autres villes. Même la fracture, née de la séparation des églises et de l'Etat, se déroule à Quimper sans actes de violence notables.


La police dans l'exercice quotidien de ses missions est surtout confrontée à des petits larcins, à de menus voleurs et aux vols et violences procédant  du délit d'ivresse qui est alors à l'origine d'un nombre effroyable d'actes délictuels. La ville connait néanmoins des scandales retentissant liés à quelques affaires de mœurs qui choquent profondément les Quimpérois. En dépit de ces affaires, la police municipale, parfaitement implantés, connaissant la population dont elle a la charge, parvient à maintenir un climat de confiance ainsi qu'un sentiment de sécurité assez général.

 

En 1907, la police française est donc essentiellement d'essence municipale. Il faudra attendre 1940 et le régime de Vichy, pour voir nationaliser la police par une loi de 1941 qui désormais placera les commissariats de police sous l'autorité directe du ministre de l'Intérieur. Les fonctionnaires de police deviennent alors fonctionnaires de l'État.


  © Archives municipales de Quimper


Tous les documents complémentaires sont disponibles en cliquant sur le lien ci-dessous

http://www.mairie-quimper.fr/84713391/0/fiche___pagelibre/&RH=ARCHIVES



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