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Archives de presse 28 juillet 2011 - Pour la 9e saison, Olivier Goudeau ouvre les archives judiciaires des Deux-Sèvres dans La Nouvelle République. Aujourd'hui, l'affaire Benoist, en 1853.


Peut-on condamner un homme sans preuve, juste sur la foi de sa réputation ? C'est tout l'enjeu de l'affaire présentée à la cour d'assises des Deux-Sèvres en mars 1853. Si le verdict peut susciter le doute aujourd'hui, au XIX e siècle la réputation d'un homme, au coeur d'un petit village, a souvent plus de poids pour les jurés que les éléments matériels. La preuve...


Hiver 1853. A Marchais, petit hameau composé de trois corps de ferme, situé à moins de trois kilomètres de Saint-Jouin-sous-Châtillon (1), vivent trois familles : les Michaud, les Pacreau et les Benoist. Tous les jours, les fratries se croisent, se saluent et s'entraident pour les travaux des champs. Pourtant, malgré les apparences, la tension est palpable. Une tension provoquée par le comportement désagréable adopté par Pierre Benoist depuis qu'il a rejoint la petite bourgade. A Nueil-sous-les-Aubiers, où la famille Benoist vivait il y a encore huit mois, le fermier de 41 ans avait déjà fait parler de lui.


On l'avait accusé d'avoir attaché la queue de la jument de son ennemi, Charrier, dans un trou d'arbre. L'animal serait resté bloqué ainsi deux jours. A la fille Bernard, il aurait aussi promis « de lui couper le cou » (2). En mai 1852, « ses violences réitérées » (2) et sa réputation de maraudeur l'obligent à quitter sa ferme pour s'installer à Marchais en tant que fermier du baron Turreau.

Des taches suspectes dans la fontaine... de l'arsenic !

Ses relations avec les familles Pacreau et Michaud, courtoises au départ, se dégradèrent rapidement. Pierre Benoist n'aurait pas apprécié que Pacreau accueille les anciens fermiers, les Michaud, qui vivaient là encore il y a peu. De son côté, la femme Pacreau, ne supportant plus de voir les animaux de Benoist salir le point d'eau commun, demanda à son mari de lui creuser une autre fontaine dans un pré interdit à Benoist. La tension monta d'un cran encore quand cette dernière trouva des volailles avec les pattes cassées. Puis ce fut Pacreau qui décida de ne plus rien prêter à son voisin. Il s'en suivit une colère noire de la part de Benoist. « Il faudra qu'il me tue ou que je le tue. Quand je suis fâché, je suis pis que le diable », aurait-il lâché à Michaud, l'autre voisin. Quelques jours plus tard, Pacreau frappa à coups d'aiguillons des taureaux de Benoist qui montaient sur ses vaches. Excédé, Benoist sauta alors sur son voisin et « lui déchira le visage avec ses ongles ». Une plainte aussitôt déposée.

Climat haineux

C'est dans ce climat haineux que « l'affaire » éclate. Le 23 janvier 1853, la femme Michaud découvre dans sa nouvelle fontaine des taches suspectes. Les autorités sont prévenues. De l'arsenic en très grande quantité est alors prélevé. Près du puits, Pacreau indique aux enquêteurs des traces de sabots qui mènent à la maison de Pierre Benoist. Pour la justice, l'affaire est entendue : Pierre Benoist est d'autant plus coupable qu'il a essayé depuis quelques jours de trouver une conciliation pour son agression sur Pacreau. Malgré ses dénégations et en l'absence de toute preuve matérielle (les perquisitions à son domicile sont restées vaines), Pierre Benoist est reconnu coupable de tentative d'empoisonnement. La cour le condamne à vingt années de bagne.

La semaine prochaine, Olivier Goudeau, auteur de l'ouvrage « Les grandes affaires criminelles en Deux-Sèvres », nous raconte l'affaire Messager, à Vasles, en 1931.


(1) Aujourd'hui Mauléon. Les communes de Saint-Jouin-sous-Châtillon et de Châtillon-sur-Sèvre ont fusionné en 1965. (2) Acte d'accusation.


Condamné sur la foi de sa mauvaise réputation

http://www.lanouvellerepublique.fr/deux-sevres/ACTUALITE/Faits-Divers/24-Heures/Condamne-sur-la-foi-de-sa-mauvaise-reputation#


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