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http://www.images-chapitre.com/ima0/original/174/265174_4726549.jpgDepuis que le corps d'Antoine Bernardin Fualdès, ancien magistrat à la retraite, a été retrouvé, un matin de mars 1817, la gorge tranchée, ligoté et flottant sur les eaux de l'Aveyron, la ville de Rodez traîne une bien mauvaise réputation. Pourtant, des meurtres de notables, il y en a toujours eu et partout. Alors, pourquoi cet assassinat a-t-il déclenché les passions et tenu les lecteurs en haleine jusqu'à New York? Pour le comprendre, l'historien Jacques Miquel a repris l'enquête à zéro. L'occasion de faire la lumière sur ce qui fut l'une des premières grandes sagas de l'histoire judiciaire.

Pourquoi avez-vous entrepris de nouvelles recherches sur une affaire déjà largement connue?

Parce qu'on a raconté tout et n'importe quoi sur Fualdès. Les rumeurs se sont propagées de tous les côtés. Et on continue encore à en colporter. J'ai entrepris de retrouver le maximum de pièces du dossier et de croiser les sources. Pour cela, je dresse, en ce moment même, la liste des quelque 500 témoins entendus au cours des trois procès qui se sont tenus en août 1817 à Rodez, puis en mars et en décembre 1818 à Albi. Au XIXe siècle, l'enquête a abouti à accuser les habitants de la maison Bancal d'avoir tendu un guet-apens à Fualdès pour le détrousser. En analysant les documents existants ainsi que les nombreuses notices des procès, on est vite persuadé que les Ruthénois eux-mêmes ont inventé toute l'histoire. Il est d'autant plus nécessaire de faire la part des choses entre ce qui s'est vraiment passé et ce qui a été dit ou écrit que l'affaire a connu une médiatisation précoce. Elle est très vite passée d'un niveau local à un niveau national, avant de voyager en Europe et jusqu'aux États-Unis. Après l'affaire Calas portée par Voltaire, c'est la première fois qu'une affaire judiciaire connaît une diffusion aussi large.

Comment expliquez-vous une telle couverture médiatique?

http://img.over-blog.com/381x489/1/07/06/30/saint-martin/fuald-s-2.jpgCe meurtre synthétise l'abominable dans le crime. Marchant seul dans les ruelles sombres de Rodez, un notable se fait trancher la gorge avec un mauvais rasoir. Le lendemain, son corps, ligoté, flotte dans l'Aveyron: c'est l'exemplarité de l'horreur. Ensuite, les rumeurs se propagent et l'affaire est rapidement dirigée par l'opinion publique. Phénomène nouveau, pour la première fois, des imprimeurs éditeurs publient des comptes rendus de l'affaire et y ajoutent des gravures et des plans. Les lecteurs peuvent suivre les péripéties des audiences pratiquement au jour le jour dans la presse. Dès le premier procès, des sténographes et des polygraphes, venus spécialement de Lyon et de Paris, prennent des notes lors des audiences. Leurs documents sont aussitôt imprimés et, dès le lendemain, les personnes intéressées reçoivent des comptes rendus chez elles. Des lecteurs s'abonnent en Belgique, en Allemagne et même en Russie. On a dénombré à ce jour près de 150 gravures contemporaines du drame. Aucune affaire judiciaire de cette époque n'est aussi documentée. Elle marque les prémices de la presse moderne et à sensation.

Les procès versent aussi dans la justice spectacle...

Et comment! On vend même des places pour assister aux assises. A partir du moment où le personnage de Clarisse Manzon entre en scène, le procès prend une tournure à la fois dramatique et spectaculaire. Cette Ruthénoise de 26 ans devient l'héroïne d'un feuilleton. Au cours des auditions, le public reste suspendu à ses lèvres. Comme elle ne sait rien, elle pleure ou s'évanouit. En fait, cette jeune femme avait décidé de rompre son ennui en s'improvisant témoin d'un crime. Elle n'était sûrement pas là le jour du drame. Mais, sous les pressions, elle s'est mise à raconter n'importe quoi. Ce qui, au terme du premier procès, la conduisit droit dans la prison de Rodez. Les Mémoires qu'elle écrivit dans sa cellule sont aussitôt devenus un best-seller, traduit dans plusieurs langues. Son nom fit le tour du monde. Comme on attendait d'elle qu'elle désigne les coupables, elle finit par le faire au procès d'Albi et fut libérée en ayant condamné des innocents. Fualdès, c'est aussi une grave erreur judiciaire.

Que faut-il penser de la thèse du coup d'Etat soutenant que le républicain Fualdès aurait été victime d'un attentat royaliste?

Cela ne tient pas. Les royalistes n'ont jamais revendiqué ce meurtre. Et Fualdès n'était pas ce qu'on peut appeler un grand révolutionnaire... Je pense que l'hypothèse du coup d'Etat arrangeait tout le monde. C'est l'opinion publique qui, à nouveau, a dirigé le procès. Il était plus intéressant de faire entrer cet assassinat dans la grande histoire de France que d'accepter qu'il ne soit qu'un banal crime de rôdeurs.

L'affaire Fualdès reposerait donc sur un mythe?

Une légende, en tout cas, s'est construite autour d'elle. Ce qui en a fait un roman à suspense. Un roman auquel personne ne pourra jamais mettre de point final. Car, malgré toutes les recherches, on ne saura jamais ce qui s'est vraiment passé ce soir de mars 1817, à Rodez. Ni par qui ni pourquoi ce pauvre Fualdès a été sauvagement assassiné.

Les grands faits divers de l'Aveyron

L'affaire Fualdès, histoire d'un emballement médiatique

Propos recueillis par Marion Vignal, publié le 27/09/2007 - mis à jour le 07/01/2008 17:38

http://www.lexpress.fr/region/histoire-d-un-emballement-mediatique_474283.html



Chronologie


Le 19 mars 1817

Antoine Bernardin Fualdès, ancien procureur impérial du département de l'Aveyron, sort de chez lui à la nuit tombée. On retrouve son corps, flottant dans l'Aveyron, le lendemain matin.


Le 18 août 1817

Le premier procès de l'affaire Fualdès débute à Rodez. Charles Bastide-Gramont, filleul de Fualdès, Joseph Jausion, agent de change, ainsi que Jean-Baptiste Collard, habitant de la maison Bancal, sont condamnés à la prison. Clarisse Manzon est accusée de complicité. Le jugement est annulé pour vice de forme.


Le 25 mars 1818

Le deuxième procès de l'affaire Fualdès se tient à Albi. Clarisse Manzon est libérée. Bastide, Jausion et Collard sont guillotinés.


Le 21 décembre 1818

Un troisième procès se tient à Albi. Plusieurs notables accusés de complicité sont relaxés.



N'en déplaise aux amoureux du tourisme vert, la couleur rouge sied bien aux paysages de l'Aveyron. Des pierres de grès ocre qui recouvrent le vertigineux clocher de la cathédrale de Rodez au Rougier de Camarès, le département est parsemé de tâches pourpres qui font écho à ses passions les plus violentes. Depuis l'affaire Fualdès, magistrat retrouvé flottant dans les eaux de l'Aveyron en 1817, les faits divers se suivent et ne se ressemblent pas. Vengeance mystique à Flavin, meurtre crapuleux à Naussac, semblant de matricide à Villefranche-de-Rouergue... Dans les ruelles obscures de Rodez rôdent encore les fantômes de Victor, l'enfant sauvage magnifié par François Truffaut ; d'Antonin Artaud, un autre rebelle échappé de l'asile et déambulant en costume de marin en quête de méthadone ; ou de ce soldat amnésique de la Première Guerre mondiale condamné à vivre sans passé. Autant de personnages dignes des meilleures fictions qui composent les histoires vraies de l'Aveyron.

 

A lire également :


Les Grandes Affaires criminelles de l'Aveyron, par Paul Astruc, Jean-Michel Cosson et Jean-Philippe Savignoni, éd. De Borée, 2003, 23 €.


La rumeur de Rodez (Broché) de Pierre Darmon (Auteur)

  • Broché: 242 pages

  • Editeur : Albin Michel; Édition : ALBIN MICHEL (3 octobre 1991)

  • Langue : Français

  • ISBN-10: 2226054472

  • ISBN-13: 978-2226054470

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