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France_o France Ô - 20h40

L'archipel des forçats

Durée : 1 heure 35 minutes

Le sujet

http://www.joel-paul.com/wp-content/uploads/2009/12/archipel-des-forcats-393.jpgLe bagne de Nouvelle-Calédonie, au travers des vies de quatre hommes « transportés » dès 1864, et les débuts de la colonisation pénitentiaire.

Moins célèbre que son homologue guyanais, le bagne de Nouvelle-Calédonie a accueilli quelque 22 000 « transportés », qui sont arrivés par vagues successives à partir de 1864. Furent déportés notamment les insurgés de la Commune de Paris. Au travers des vies de quatre bagnards, le documentariste propose une reconstitution de cette période et un aperçu de cette entreprise que fut la colonisation pénitentiaire.

La critique

Les premiers sont arrivés en Nouvelle-Calédonie, en 1864, avec l'«Iphigénie». Quatre mois de voyage, à l'époque, de Toulon à Nouméa. A bord de ce bateau : 250 passagers, tous condamnés aux travaux forcés et destinés à peupler la nouvelle colonie française. Ces hommes n'ont pas été choisis au hasard. Mais pour leurs capacités physiques et leur profession d'origine. Car, en Océanie, tout est à construire. Le bagne d'abord, des routes, des ponts, et les bâtiments administratifs de la capitale de « la Nouvelle » où commencent à arriver les colons libres. Jusqu'en 1931, année de la fermeture de la colonie pénale, 22 000 forçats, dont 517 femmes, vont débarquer dans l'archipel. Très vite, nombre d'hommes sont mis à la disposition des entreprises minières privées, constituant ainsi une main-d'œuvre gratuite, corvéable à merci et disciplinée puisque surveillée.


La dureté du travail, la malnutrition, et les sévices perpétrés par des surveillants de l'administration pénitentiaire suscitent de nombreuses tentatives d'évasion : 900 en 1884 pour... 10 réussies. Les plus récalcitrants sont envoyés au pénitencier du cap Brun dit « le camp de l'horreur », et décapités lorsqu'ils sont déclarés irrécupérables.


Ces déportations vont servir de socle à la société calédonienne actuelle, nous apprend ce passionnant document qui alterne photos d'époque, interviews et scènes de fiction. A la fin de leur peine, les anciens malfrats étaient encouragés à rester sur place. L'État français leur fournissait des terres confisquées aux Kanaks - d'où les insurrections de la population locale. Ils avaient le droit de se marier, de préférence avec une de leurs homologues du bagne, et de faire venir de France le reste de leur famille. La principale source de peuplement de la Nouvelle-Calédonie provient de la colonisation pénale. C'est pourquoi, aujourd'hui, de nombreux Calédoniens comptent un ou plusieurs bagnards parmi leurs ancêtres. Quand ce ne sont pas des matons. Certains témoignent ici de la difficulté à assumer ce passé longtemps resté tabou. « Si la société calédonienne est dure, explique Christophe Sand, c'est parce qu'elle s'est bâtie sur des douleurs. Ce pan de notre histoire a été totalement nié. Nous sommes désormais dans un processus d'acceptation et de deuil de cette violence que nos ancêtres ont vécue et ensuite perpétrée ! »


Sylvie Véran

Les rediffusions

  • 15:15 - Jeudi 28/01


    France Ô

  • 16:00 - Samedi 30/01


« Le bagne est un élément de la société calédonienne »

 

 Mercredi soir, au centre Tjibaou, Canal Satellite, Canal Overseas et Neo production présentaient leur dernier bébé : l’Archipel des forçats. Le premier docu-fiction de 90 minutes 100 % local a ravi la centaine de spectateurs réunis pour l’occasion. Rencontre avec Jacques-Olivier Trompas, le réalisateur.


Les Nouvelles calédoniennes : Vous avez mis deux ans à réaliser l’Archipel des forçats. Qu’est-ce qui vous a pris plus de temps : les recherches ou la partie fiction ?

Jacques-Olivier Trompas :


Sans hésiter les recherches. Nous avons appuyé notre scénario sur le savoir et les connaissances de Louis-José Barbançon. Ensemble, nous avons validé et concrétisé par des archives ce qu’il a engrangé depuis toutes ces années. L’archipel des forçats est d’ailleurs le nom de sa thèse.


Pourquoi avoir choisi le thème du bagne pour ce premier long-métrage ? C’est une période rarement abordée en général.


Il y a eu des documents faits sur le bagne. Aujourd’hui, la société calédonienne est mûre pour parler de cette histoire. Il était temps de donner corps à ce passé, d’aller plus loin dans l’enquête. C’est un élément constitutif de la société calédonienne. Les autres documentaires se sont souvent contentés d’une analyse superficielle, il fallait aujourd’hui aller en profondeur.


Quelles difficultés avez-vous rencontrées pendant le tournage ?


Nous n’avons pas eu plus de difficultés que sur les 52 minutes (Feu nos pères, Un lagon en héritage). Le plus dur a été bien sûr la fiction. Dans Feu nos pères, elle représentait 5 minutes. Dans l’Archipel des forçats, c’est 55 minutes. La période étant trop éloignée dans le passé, nous n’avions bien sûr pas d’archives vidéo. Il a fallu mettre en scène plus de fiction pour pouvoir pallier ce manque.


Vous avez une technique particulière pour filmer la fiction. Parlez-nous en.


J’utilise l’étalonnage digital. C’est une technique réalisée en post-production. On filme avec du 35 mm pour avoir une profondeur de champ plus proche du film et après, une fois les images brutes récupérées, on va en post-prod pour donner une couleur et un look précis aux images.

Vous avez un autre projet en cours ?


Nous allons nous attaquer à la période américaine dans le même type de traitement : témoignages, archives et fiction. Ce sera également un 90 minutes. - Edition du 11/09/2009 – Les Nouvelles Calédoniennes.


Gaëlle Bessaudou-Perrier 

www.info.lnc.nc/articles/ssrub_71393_22.htm


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