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En 1911 est éditée comme livre « L'Armée nouvelle », ouvrage clef de la pensée de Jean Jaurès et incontournable élément de notre histoire politique et militaire. Entretien avec Jean-François Chanet, professeur des universités à Sciences Po Paris et responsable scientifique de la journée d'études consacrée à cette oeuvre qui se déroulera le 23 septembre 2011 à l'auditorium Austerlitz des Invalides.

 


Centenaire de « L'Armée nouvelle » de Jean Jaurès

 

L'Histoire : Quelle est la nature exacte de L'Armée nouvelle de Jean Jaurès ?


Jean-François Chanet :
C’est au départ une proposition de loi sur l’organisation de l’armée. La version initiale a été publiée sous ce titre en annexe au procès-verbal de la séance du 14 novembre 1910 de la Chambre des députés. Nous commémorons le centième anniversaire de l’édition en volume, qui porte un avant-titre : L’Organisation socialiste de la France (Paris, Jules Rouff, 1911, 686 p.).

 

L'Histoire : Quelles sont les conditions et le contexte de sa rédaction ?


Jean-François Chanet :
La première phrase indique bien le projet de Jean Jaurès : « C’est par les questions relatives à la défense nationale et à la paix internationale que j’aborde l’exposé du plan d’organisation socialiste de la France que je veux soumettre au Parlement en formules législatives. » Pourquoi cette priorité donnée aux questions de défense ? La loi du 21 mars 1905 avait généralisé l’obligation d’un service militaire dont la durée avait été ramenée à deux ans. Mais après ces deux ans de service actif, les obligations militaires incluaient onze ans d’appartenance à l’armée de réserve, mobilisable en cas de guerre. Jaurès critique cette organisation, dans un contexte où la rivalité entre la France et l’Allemagne pour la colonisation du Maroc fait craindre la guerre.

 

L'Histoire : Quelle est la place de ce texte dans la pensée jaurésienne ?


Jean-François Chanet :
C’est l’un des ouvrages les plus importants de Jean Jaurès. Sa réflexion sur l’organisation de l’armée s’appuie sur une analyse historique en profondeur, qui va des guerres de Louis XIV aux conflits les plus récents comme la guerre russo-japonaise de 1904. Il veut montrer que l’idée républicaine de la nation armée – c'est-à-dire le lien entre la conscription et la citoyenneté – a un caractère essentiellement défensif. La mobilisation de masse ne peut se justifier que comme une extrémité imposée par l’invasion du territoire. Elle a avant tout un caractère dissuasif. L’objectif premier doit rester la préservation de la paix, le respect du droit, le règlement des conflits par l’arbitrage. Mais la réflexion de Jaurès va bien au delà des questions militaires : le livre apparaît comme une synthèse de sa pensée sur l’évolution économique et sociale et les conditions du passage du système capitaliste au socialisme.

 

L'Histoire : Quelle fut la portée de ce texte à l'époque ?


Jean-François Chanet :
Ce texte vise d’abord à faire réfléchir les Français sur leur défense. Jaurès souhaite que, loin de s’en désintéresser, comme s’il s’agissait d’une question technique que pouvaient seuls résoudre les militaires de métier, les citoyens s’en emparent et la considèrent comme une question politique de première importance. Le texte a donc été beaucoup discuté, en particulier dans la presse. Mais la proposition de loi n’a pas été votée et en 1913, la durée du service actif a été portée à trois ans, mesure que Jaurès et les socialistes ont combattue.

 

L'Histoire : Qu'en reste-t-il aujourd'hui ?


Jean-François Chanet :
Il y a plusieurs raisons de s’intéresser à ce texte aujourd’hui : l’idée que, dans une démocratie, les citoyens ne peuvent laisser de supposés experts décider pour eux de l’organisation de leur défense (comme d'autres questions d'ailleurs) ; l’idée de la nation et les raisons qu’ont les masses populaires d’y être attachées ; l’idée, enfin, qu’on ne sortira pas du système capitaliste par une révolution violente, mais par une transition progressive, grâce à des réformes partielles qui seront autant d’étapes vers le socialisme.

 

L'Histoire : Quelles nouvelles pistes de réflexion, les interventions de ce colloque vont-elles proposer ?


Jean-François Chanet :
L’objectif du colloque est double : d’une part, éclairer la place du texte de Jaurès dans les débats de son temps (quelle devait être la place de l’armée dans la société ? quelle stratégie fallait-il adopter face à la menace que représentait l’Empire allemand ? comment se représentait-on la guerre future ?) ; d’autre part, réfléchir à ce qui, dans les idées de Jaurès et dans sa méthode, reste utile non pas seulement pour comprendre l’évolution historique mais aussi, comme il s’y efforçait lui-même, pour préparer l’avenir.
- (Propos recueillis par Olivier Thomas).

 

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Programme de la journée d'études

Centenaire de « L'Armée nouvelle » de Jean Jaurès


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