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Dans la nuit du 17 au 18 août 1847, la duchesse de Choiseul-Praslin, fille du maréchal Sébastiani, épouse d’un pair de France chevalier d’honneur de la duchesse d’Orléans, fut sauvagement assassinée dans son hôtel particulier du faubourg Saint-Honoré. Des preuves accablantes ne laissèrent aucun doute sur l’auteur du crime : il s’agissait de l’époux de la victime, Théobald de Choiseul-Praslin. Un meurtrier duc et pair de France, proche du roi, allié aux meilleures familles de l’aristocratie, le scandale était immense. Pair de France, le duc de Choiseul-Praslin bénéficiait du privilège de l’inviolabilité. Assigné à résidence dans un premier temps, il fut finalement transporté au palais du Luxembourg en attendant son jugement par la Chambre des pairs. Horrifié de son forfait, ou peut-être désireux de ne pas révéler le mobile de son acte, il absorba une forte quantité d’arsenic qui devait le conduire lui-même à la mort. Il décéda le 24 août 1847, dans sa prison, sans avoir reconnu sa culpabilité. Avec le duc de Choiseul-Praslin disparaissait la possibilité de faire la lumière sur un acte inexplicable.


Dès le 21 août, pour tenter d’éclaircir l’affaire, le chancelier Pasquier, président de la Chambre des pairs, avait réuni une commission d’instruction. La mort du duc le 24 août annulait le procès et libérait la commission. Néanmoins, pour répondre aux premières polémiques, le chancelier Pasquier décida de rendre publique les différentes pièces de l’instruction dont les lettres de la duchesse. Etait-ce suffisant pour calmer les esprits ? Loin de là, on assista à un déballage intime qui mettait l’accent sur la mésentente du couple et présentait une aristocrate désoeuvrée, en manque d’homme. En effet, les Praslin s’étaient mariés en 1824 et avaient eu dix enfants. Après quoi, monsieur se détachât de son épouse, chose qu’elle n’accepta jamais. Dès lors, leur union devint tumultueuse et orageuse. La duchesse se montrait d’une grande possessivité à l’égard de son époux, multipliait les crises de jalousie et le menaçait d’un procès en séparation de corps. Le récit de Maxime Du Camp est éloquent : « Je me rappelle la duchesse ; c’était une femme grasse, très blanche, qui avait été et qui était encore belle. Sans habileté, poursuivant son mari de ses désirs, lui écrivant vingt lettres par jour, le harassant de reproches et de souvenirs, violente et jalouse, elle représente un type assez rare, celui de la nymphomane vertueuse qui ne peut pardonner à l’époux légitime de ne point partager sa surexcitation. La présence dans sa maison, à sa table, d’une institutrice avec laquelle elle était en contact perpétuel et que le duc protégeait trop ouvertement l’exaspérait. »


Il faut rappeler qu’au lendemain du crime, une autre personne avait été soupçonnée et arrêtée par la police. Il s’agissait de la gouvernante des enfants Praslin, Henriette Deluzy. Quel était son rôle dans cette tragédie ? Etait-elle complice ? Entrée au service des Praslin en 1841, elle avait su asseoir son autorité sur les enfants Praslin mais aussi sur le duc. Etait-elle devenue sa maîtresse ? Probablement, toujours est-il que la duchesse de Praslin ne supportait plus sa présence ni la place qu’elle s’était octroyée dans sa demeure. Elle exigea son renvoi, mais se heurta à son époux. Ce n’est qu’après de longs mois de réclamations et surtout l’intervention de son beau-père, le maréchal Sébastiani, que monsieur de Praslin accepta de congédier Henriette Deluzy. C’était le 18 juillet 1847, un mois avant le crime. En quoi Henriette Deluzy était-elle coupable ? Ayant placé le duc de Choiseul sous sa coupe, elle n’aurait qu’attisé sa haine pour son épouse. Henriette Deluzy fut tenue au secret jusqu’au 14 septembre sans qu’aucune charge n’ait été retenue contre elle. Elle ne fut libérée que le 17 novembre.

Cette tragédie privée prit, du fait de la notoriété et de la position sociale du couple, une ampleur particulière en cette fin de monarchie de Juillet, déjà déstabilisée quelques mois plus tôt par la compromission de deux pairs de France. L’opposition s’empara de l’affaire Praslin pour dénoncer la corruption des mœurs dans la haute société des entours de Louis-Philippe. Par ailleurs, le gouvernement et la justice furent accusés d’avoir protégé le duc en lui fournissant le poison afin de soustraire un pair de France à la justice. Une autre version soupçonne le gouvernement d’avoir prétendu la mort du duc, afin de pouvoir le faire libérer secrètement et lui permettre de se réfugier à l’étranger, échappant ainsi au châtiment. Quoiqu’il en soit, cette affaire fut un scandale de plus qui contribua à jeter le discrédit sur la monarchie de Juillet. Elle ne sera pas sans incidence sur les émeutes qui, six mois plus tard, conduiront Louis-Philippe à abdiquer et céder la place à la IIe République.

http://www.canalacademie.com/18-aout-1847-l-assassinat-de-la.html


L’auteur


Docteur ès lettres, Anne Martin-Fugier a publié de nombreux ouvrages sur la vie culturelle et sociale du XIXe siècle, parmi lesquels La place des bonnes(1979), La Bourgeoise (1983), La vie élégante ou la formation du Tout-Paris 1815-1848 (1990), Comédienne. De Mlle Mars à Sarah Bernhardt (2001), La vie d’artiste au XIXe (2007).


18 août 1847 : l’assassinat de la duchesse de Choiseul-Praslin

Retour sur un scandale qui précipita la chute de la Monarchie de Juillet, avec l’historienne Anne Martin-Fugier

Le 18 août 1847, la duchesse Fanny de Choiseul-Praslin fut sauvagement assassinée. Le coupable était son mari. L’institutrice des enfants, Mlle Deluzy, supposée maîtresse du duc, fut arrêtée comme complice. Qui était la duchesse Fanny ? Comment expliquer cet acte du duc ? Quel rôle a joué Henriette Deluzy dans cette tragédie ? Anne Martin-Fugier, dans son livre Une nymphomane vertueuse, tente de percer ce drame énigmatique qui ne fut pas sans incidence sur l’abdication de Louis-Philippe.


En complément sur le blog :

Une nymphomane vertueuse

 

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