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http://www.linternaute.com/television/programme-tv/image_television/352/6124.jpgPendant toute l'entre-deux-guerres, un homme, fascine l'opinion. Sa photo fait régulièrement la une des journaux. Il inspire des écrivains, des dramaturges et des cinéastes : Giraudoux, Drieu la Rochelle, Anouilh, etc. Son nom : Anthelme Mangin. Son surnom : " Le soldat inconnu vivant ". Son histoire : celle d'un soldat qui en 1918 revient amnésique d'un camp de prisonniers en Allemagne. À peine son existence est-elle révélée qu'elle rencontre immédiatement la douleur des trois cent mille familles des disparus de la guerre qui n'arrivent pas à faire leur deuil... Par dizaines, des femmes, des mères, des pères, des frères, des soeurs, des enfants, vont le reconnaître comme étant des leurs. Au mépris de son physique, de son âge, de son éducation... C'est à coup de procès qu'une dizaine de familles va essayer d'obtenir sa reconnaissance. Seule la deuxième guerre mondiale viendra interrompre ces procédures...Baladé d'asile en asile pendant toutes ces années, c'est à Sainte-Anne, seul et abandonné de tous, qu'il s'éteindra en 1942...Mangin, au milieu des années folles, est une sorte de mort-vivant, un spectre qui hante les consciences. Sans jamais s'exprimer. Sans porter de jugement. Sans rien réclamer.

Anthelme Mangin, soldat amnésique appelé de la Première Guerre mondiale, incarne l'histoire de nombreux disparus : retrouvé dans une gare, il a été interné en asile psychiatrique en attendant l'appel d'un proche. La manifestation de centaines de familles pour obtenir sa garde témoigne d'une douleur collective, celle du deuil d'un proche disparu, impossible à faire.

Le soldat inconnu vivant

Documentaire, 2004, France

Réalisateur : Joël CALMETTES

Durée : 56 minutes



http://www.laprocure.com/cache/couvertures/9782012794641.jpgQuatrième de couverture

Le soldat inconnu vivant

Le 1er février 1918, un soldat amnésique est interné à l'asile psychiatrique du Rhône. Tous les moyens sont employés pour l'identifier et le rendre à sa famille. Son portrait s'étale à la une des journaux et est affiché sur les portes de toutes les mairies. Plusieurs centaines de familles reconnaissent en lui un père, un fils ou un frère disparu à la guerre. Comment départager ces familles qui n'arrivent pas à faire le deuil de leur proche ? Une longue et douloureuse enquête débute. Elle durera tout l'entre-deux-guerres et s'achèvera sur un procès à rebondissements où s'opposent tous ceux et celles qui ont reconnu en l'amnésique un de leurs parents. Les contemporains sont fascinés par cet homme sans passé : Jean Anouilh s'empare du fait divers pour écrire son Voyageur sans bagage et la presse baptise rapidement l'amnésique « le soldat inconnu vivant ».

Cette histoire singulière révèle en réalité une profonde souffrance née de la Grande Guerre, une douleur intime et collective : celle du deuil impossible à faire pour les familles des soldats disparus. Dans une société qui voudrait tant oublier et qui n'en finit pas de se souvenir, il n'y a pas plus de certitudes que de corps à pleurer.

Le soldat inconnu vivant
Le Naour, Jean-Yves
Parution :  août 2008
Hachette Littératures , Paris

Le corps des disparus durant la Grande Guerre : l'impossible deuil
www.revue-quasimodo.org/.../9%20-%20HardierJagielski.pdf -
[PDF]


L'énigme de l'amnésique de Rodez

De 1920 à 1937, à l'asile d'aliénés 

 

http://www.ladepeche.fr/content/photo/biz/1998/11/11/19981111064_h192.jpgDans l'entre-deux-guerres, l'impénétrable mystère du soldat inconnu vivant passionna la France entière. Pour des milliers de familles éplorées, « Anthelme Mangin » devint le symbole vivant des quatre cent mille disparus de la Grande Guerre.

Dans cette affaire, tous les ingrédients étaient réunis pour donner à ce drame de la vie une dimension exceptionnelle : de l'émotion et de la pitié, d'éternels rebondissements qui amplifiaient le mystère, des expertises scientifiques contradictoires, un entêtement administratif certain qui frisait l'absurdité et, pour couronner le tout, un règlement en justice laissant planer un doute quant à la véritable identité de l'homme qui avait tout oublié. Un véritable scénario pour roman.

Pas étonnant que Jean Anouilh y puisât son inspiration pour écrire « Le Voyageur sans bagages ».

Au début de l'année 1922, les rédactions de l'ensemble des journaux français reçurent une note du ministère de la Guerre, accompagnée du portrait d'un homme portant la mention suivante : «Soldat de l'infanterie, grand de 1,64-m, roux foncé, paraissant âgé d'environ 30-ans, portant la cicatrice d'une fracture à la cuisse droite, pouvant répondre à un nom de l'assonance Mangin. Possède une bonne instruction primaire. S'exprime et écrit avec facilité et même élégance.

Parle quelques mots d'anglais.

L'asile de Rodez donnera tous renseignements complémentaires aux familles qui, d'après ce dernier signalement, croiraient reconnaître un des leurs disparu pendant la guerre».

Relayée dans les colonnes des plus grands journaux, l'information pénétra du jour au lendemain dans les foyers les plus reculés de l'Hexagone. Le mystère allait-il enfin être percé ? L'homme sans passé allait-il pouvoir sortir de la nuit dans laquelle la guerre avait plongé son cerveau depuis quatre années ?

Perdu en gare de-Brotteaux

Premier février 1918. La guerre, que des généraux de mauvais augure ont imaginée courte, entre dans un tournant que chaque belligérant espère décisif. Les Allemands, dont la confiance s'est trouvée renforcée par les accords de BrestLitovsk, préparent une offensive sur la Marne qui doit faire pencher la victoire du côté du Kaiser. Mais l'Allemagne souffre. L'hiver a été rude, la pénurie se fait sentir. Les vieux soldats sont usés et les recrues, de plus en plus jeunes, sont loin de posséder l'enthousiasme patriotique de la génération de 1914.

Trop nombreux sont, en outre, les prisonniers dont l'entretien représente une charge très lourde à supporter pour un pays au bord de l'asphyxie. Aussi, des émissaires allemands ont-ils conclu des accords avec la Croix-Rouge pour que les soldats français les plus brisés, incapables de combattre à nouveau, soient renvoyés dans leurs foyers.

Le 1er-février au soir, donc, par un temps pluvieux à ne pas mettre un chef de gare dehors, un de ces trains de prisonniers en provenance de Constance arrive en gare de Brotteaux, non loin de Lyon. Sur le quai, des sergents aux capotes dégoulinantes, listes en main, s'efforcent tant bien que mal de mettre un peu d'ordre parmi ces hommes loqueteux, vêtus de haillons, tuberculeux ou gazés. Des commandements fusent, des noms et des matricules claquent dans les hoquets de vapeur de la locomotive. De jeunes femmes en costumes d'infirmière tendent vers ces soldats des assiettes de soupe fumante qu'ils prennent en les remerciant.

Puis, d'un pas pesant, chacun se dirige vers les camions qui les emporteront vers la caserne ou l'hôpital. Sur le quai désormais désert, seule la lanterne d'un gendarme en faction ouvre un chemin de lumière dans l'obscurité de la nuit, seulement dérangée par les clapotis de la pluie. Quelle n'est pas la surprise du factotum quand il découvre un homme prostré, appuyé à un pilier ! « Eh bien ! dit-il en l'abordant. Qu'est-ce que tu fais là, toi ? - Je ne sais pas. » Le gendarme approche sa lanterne du visage de l'inconnu.

Son teint est cireux. Une barbe de quinze jours court le long de ses joues. A l'évidence, l'homme est un soldat égaré.

« Tu étais dans le train de Constance ? insiste le gendarme.

- Je ne sais pas.

- Comment t'appelles-tu ? - Je ne sais pas.» Pour un gendarme qui a le règlement chevillé au corps, un individu qui ne peut dévoiler son identité devient un suspect en puissance.

« Suis-moi, lui dit-il. Je vois ce que c'est... » Docilement, l'homme lui emboîte le pas. Dans la lueur blafarde de sa lampe de poche, le gendarme distingue qu'il porte une vieille capote de fantassin, délavée, élimée, sans écussons, un calot sordide sur la tête, un pantalon de civil en velors cotelé, des galoches.

Dans le bureau militaire de la gare, l'adjudant de service et deux soldats sont en train de dîner quand ils entendent frapper à la porte.

«Qu'est-ce que c'est ? tonne l'adjudant.» La porte s'ouvre devant l'inconnu que le gendarme pousse à entrer.

«Un lascar qui fait le dingo.

Il ne veut pas dire son nom.» L'officier n'est pas homme à perdre son temps, surtout quand la soupe est chaude.

«Qui es-tu ? lui demande-til.

- Je ne sais pas.

- Quel régiment ? D'où viens-tu ? - Je ne sais pas.» Il suffit. D'un bond, l'adjudant se lève, se penche sur cet énergumène puis, rouge de colère, assène : «Tu vas te fiche de moi lontemps ? - Mangin, murmure enfin le soldat.

- Quoi, Mangin ?... C'est ton nom ? - Non.» L'adjudant faillit en tomber d'une syncope.

«Alors pourquoi dis-tu Mangin ? - Je ne sais pas. Mangin, poursuit l'inconnu en dodelinant de la tête.» La réponse laisse l'adjudant pantois. Mais on ne se moque pas impunément d'un supérieur.

C'est écrit noir sur blanc sur le livret militaire. Question de discipline. L'index dirigé vers lui, il aboie : «Tu n'y coupes pas du conseil de guerre !».

Mais l'individu qui se trouve devant lui n'est plus dans la norme militaire. Aux paroles de l'adjudant, son visage se tord d'effroi. Ses mains tremblent sur sa capote détrempée. Puis, comme un enfant que l'on vient de punir, de grosses larmes coulent sur ses joues broussailleuses. Dans la salle, les quatre hommes ne savent pas quelle attitude adopter. Aucun n'ignore que la guerre n'est qu'une chienne de corde et de chaîne, prête à mordre si vous approchez trop.

Calmement, l'adjudant s'est rassis à son bureau. L'air pensif, il secoue la tête puis bougonne ! « Bon Dieu, qu'est-ce qu'on va bien pouvoir en faire ? A la caserne, ils n'en voudront pas. A l'hôpital non plus. S'en fiche pas mal. Pas de blessure ni de maladie ».

Mais en homme de devoir, l'adjudant est bien obligé d'établir un rapport en bonne et due forme. Sur une feuille de service, il trace d'une belle écriture les premiers mots : «Monsieur le médecin-chef de l'hôpital de Bron, je vous fais conduire sous escorte un soldat trouvé errant...». Quelques secondes, son porte-plume reste suspendu en l'air. Puis il ajoute sans hésiter : « Ne sait ni d'où il vient ni quel est son nom ».

Publié le 11/11/1998 | LaDepeche.fr

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roymodus 14/02/2012 15:38

A paraître,

D'après le livre éponyme de Jean Yves Le Naour, éd Fayard, 2002.
La bande dessinée avec les dessins de Mauro Lirussi, textes de Jean Yves Le Naour, aux éditions roymodus.

Dossier de presse : http://www.roymodus.com/ftp/soldat_inconnu_vivant_extrait.pdf
Le Book & Tv : http://www.roymodus.com/539-Book-TV-Le-soldat-inconnu-vivant

Phylactérement votre

15/02/2012 09:54



Laissé par : roymodus hier à 15h38



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