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http://w3.unicaen.fr/recherche/mrsh/files/audio/images/4292_cover_front.jpgTout sur les soeurs Papin, du crime à leur procès, sans oublier leur postérité littéraire.

Le 2 février 1933, la police du Mans découvre le cadavre de Mme Lancelin et celui de sa fille dans une demeure bourgeoise de la rue Bruyère. Les deux bonnes, Christine et Léa Papin, avouent avoir commis ce meurtre inconcevable. Une sauvagerie de furies. Christine a défoncé, à coups de pichet, le crâne de ses patronnes. Les deux soeurs ont énucléé leurs victimes vivantes avant de leur lacérer le postérieur. Alertés, les policiers les découvrent prostrées sur leur lit. Pourtant, rien chez ces "bonniches" sans histoire ne laissait présager le massacre. Cet ensauvagement fait affluer au Mans les "noircisseurs de papier" et les grandes plumes de la presse parisienne comme les frères Tharaud et Géo London. Les localiers s'empressent de rejeter les deux soeurs hors humanité. Bien sûr, L'Humanité, au nom de la lutte des classes, dénonce la condition ancillaire, survivance moderne de l'esclavage. Mais aucune "bonne à tout faire", bien traitée ou même humiliée, n'est une meurtrière en puissance, d'autant que les soeurs Papin ont occupé, sans accrocs, une dizaine de places avant celle-ci. Mais les commentateurs professionnels n'entrent pas dans le crime ; tous restent en lisière. 

 

Christine donne sa version. Sa patronne a voulu l'agresser. Elle aurait répondu. Un prétexte anodin : un plomb disjoncté a endommagé le fer à repasser. Un reproche de la patronne aurait provoqué l'explosion. "Puis ma soeur et moi, déclare Christine au juge d'instruction, nous nous sommes acharnées sur nos deux maîtresses." Les aliénistes ne décèlent aucune anomalie mentale alors que le crime relève de la folie meurtrière, du passage à l'acte, du raptus. Pas même une mention judicieuse de l'énucléation qui vise, pourtant, le regard persécuteur de la maîtresse, dans le huis clos lourd d'un silence mortel. En effet, Mme Lancelin ne parlait pas, elle ordonnait. Volte-face, Christine avoue ne pas avoir été agressée. Pas de mobile donc, et une opacité redoublée. Seul le jeune Lacan, de Paris, diagnostique une paranoïa carabinée : les siamoises Papin ont toujours été sur le seuil du meurtre. 

 

En septembre 1933, s'ouvre le procès d'assises. Les experts concluent à la responsabilité pénale. Christine est condamnée à la peine de mort - une peine qui n'est pas exécutée - et Léa, aux travaux forcés. Frédéric Chauvaud signe un livre passionnant : il a écumé presse et archives sans négliger la postérité littéraire de ces Bacchantes contemporaines.  

 

Frédéric Chauvaud se penche sur les soeurs Papin

Par Alain Rubens (Lire), publié le 03/08/2010 à 07:00 dans l'Express

 

 

 

http://www.france5.fr/c-dans-l-air/sites/www.france5.fr.c-dans-l-air/files/imagecache/invite-view-full/content/invite/arton4408.jpgUn fou est-il responsable de ses crimes ? Qui peut dire si un individu est fou ? Et que faire des insensés dangereux ? La société française se pose ces questions depuis deux siècles : elle a construit autour de la figure du fou-criminel tout un édifice théorique, qui se heurte à une difficile application pratique.


D es cadavres éviscérés, des membres humains découpés et placés dans les poches d'un tablier, un coeur humain arraché et porté à la bouche, un jeune berger égorgé, un gamin choisi au hasard, jeté sur un lit, ligoté puis poignardé, une jeune bonne séquestrée et défenestrée, sont quelques-uns des actes effroyables relevés dans la chronique judiciaire des années 1820 aux années 1900. De tels gestes suscitent les curiosités anxieuses : sont-ils l'oeuvre de fous ? Peut-on traduire en justice les auteurs de ces crimes en apparence « insensés » ? Dans les cas évoqués ci-dessus, la justice a repoussé « l'insanité d'esprit ». Elle a reconnu comme responsables, donc coupables, ceux et celles qui s'étaient livrés à de tels crimes, les condamnant à des peines allant des travaux forcés à l'exécution capitale. Si la folie* avait été établie, ils n'auraient pu être jugés. Adopté après de vifs débats, le très célèbre article 64 du Code pénal de 1810 est clair : rompant avec l'Ancien Régime où le fou était responsable pénalement, le législateur des temps nouveaux affirme que l'on ne peut traduire les fous en justice, et encore moins les condamner. Il s'agit de poursuivre l'oeuvre humaniste de Beccaria, de prolonger les débats du premier code de 1791 et de poser clairement la question du libre arbitre. Dans le Livre deuxième intitulé « Des personnes punissables, excusables ou responsables pour crimes ou pour délits », le texte précise qu' « il n'y a ni crime ni délit, lorsque le prévenu était en état de démence au temps de...

 

L'expert, le juge et l'irresponsable

Par Frédéric Chauvaud
publié dans Les Collections de L'Histoire n° 51 - 04/2011   +

 

Professeur d'histoire contemporaine à l'université de Poitiers.


Frédéric Chauvaud est l'auteur de nombreux ouvrages, dont Le sanglot judiciaire ou encore, Justice et déviance à l’époque contemporaine, aux Presses Universitaires de Rennes.

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