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http://www.mollat.com/cache/Couvertures/9782738127884.jpgCe document décrit le rôle de l'expert psychiatre dans les affaires criminelles, sa méthodologie et les objectifs de son métier.

 

Quatrième de couverture - L'expertise psychiatrique Face à la dangerosité et à la récidive des criminels Au coeur des expertises psychiatriques depuis trente ans, le docteur Jean-Claude Archambault, psychiatre des hôpitaux, nous fait pénétrer dans le monde de la délinquance et du crime. Le cannibale, la jeune femme infanticide, le malade mental meurtrier qui se prend pour un serpent, le pervers envahi de ses fantaisies imaginatives, le bandit de grand chemin, tous relèvent d'une expertise psychiatrique. Au cas par cas, l'expert psychiatre apprécie la responsabilité et la dangerosité psychiatrique et, maintenant, évalue le risque de récidive. Mais il existe une crise de confiance du citoyen envers l'expertise et l'institution judiciaire. Comment l'expertise psychiatrique intervient-elle dans le jugement ? À partir de différentes affaires criminelles, une réflexion utile sur les sujets qui font débat : irresponsabilité pénale, récidive, jugement des malades mentaux...

 

L'expertise psychiatrique face à la dangerosité et à la récidive des criminels

Auteur : Jean-Claude Archambault

Éditeur : O. Jacob, Paris

Collection : Psychologie

Description : 222 pages; (22 x 15 cm)

 

 

 

Le médecin psychiatre expert est Jean-Claude Archambault, chef de service à Aulnay-sous-Bois, expert en psychiatrie d’adultes, agréé par la cour de Cassation et la Cour pénale internationale, et vice-président du Conseil National des Compagnies d’Experts de Justice (CNCEJ) et il nous propose un livre intitulé l’expertise psychiatrique.


La lecture de la table des matières montre un plan progressif, partant de notions de base sur l’expert psychiatre dans le système judiciaire pour le chapitre 1,  avec "les valeurs requises dans l’expertise" et "apprécier le risque de la récidive" auquel l’auteur consacre sept pages. Le second chapitre définit en seize pages l’expertise psychiatrique avec une "petite histoire de l’expertise psychiatrique", "le temps de l’expertise et le recueil des données", "l’expert et l’avocat : deux rôles distincts", "la mission de l’expert psychiatre : évaluer la normalité". Quant au reste de l’ouvrage, c’est une succession de cas d’expertises médiatiques (agression de Jacques Chirac, Bertrand Delanoë, double assassinats de Pau), atroces avec des infanticides causés par des mères délirantes, des crimes sexuels en réunion (tournantes qui durent plusieurs années) ou incestueux incluant les deux parents et la fratrie, ou encore le viol d’une femme âgée, mais aussi un crime cannibale commis par un co-détenu etc. Toutes ces expertises sont réalisées par l’auteur seul ou en collaboration avec d’autres experts psychiatres pour certaines de ces affaires complexes et/ou médiatiques sur lesquelles l’opinion publique pouvait éventuellement peser sur le jugement.

Ces faits divers criminels sont racontés dans un style agréable, avec juste ce qu’il faut de détails macabres, horribles etc. pour tenir le lecteur en haleine, mais pas trop non plus pour ne pas l’inciter à fermer le livre. Quant au choix des affaires, il est clairement celui d’affaires marquantes et médiatiques pour séduire le lecteur potentiel. En effet, qui lirait deux cent pages d’histoires de monsieur Toulemonde qui, dans sa campagne, aurait abusé une seule fois sa fille par attouchements sans user de violence physique contraignante alors que celle-ci serait en pleine période oedipienne, ou du voisin pyromane de granges mis en détention provisoire ? Pourtant, ces cas sans retombée médiatique qui sont le quotidien des expertises nous enseignent souvent beaucoup d’éléments cliniques.


Le travail d’expertise psychiatrique


Si le titre du livre "l’expertise psychiatrique" laisse entrevoir un travail d’analyse psychiatrique pointu sur des cas cliniques, il se trouve que l’analyse clinique est finalement bien maigre. Elle se réduit souvent à une brève description symptomatologique faite d’hallucinations, de délires, voire d’un "orage narcissique", et de temps en temps un psychopathe. Les hypothèses cliniques sont rares et limitées, avec par exemple pour un adolescent ayant commis des viols sur des garçons : "William présente un double blocage au niveau de la sexualité : par rapport aux filles, en leur substituant des garçons, jugés moins "dangereux" ; blocage accentué par le sentiment d’une faute" . Outre le fait qu’il n’y a qu’un blocage énoncé au lieu de deux, il n’y a pas davantage d’explications.

La consommation de toxiques (cannabis et alcool) est souvent mise en avant dans la facilitation des passages à l’acte, mais avec par exemple une interprétation clinique erronée à propos d’une femme pour qui "cette alcoolisation massive a commencé vers l’âge de 21 ans et, dès qu’elle prend un premier verre, elle est dans l’incapacité de contrôler sa consommation, qui par ailleurs augmente lors des moments de cafard, et elle prend de l’alcool le matin "vers 11 heures" ". L’auteur conclut alors en écrivant : " signe de dépendance à la fois physique et psychique" .


Dépendance psychique ? Oui, avec un usage de l’alcool comme médicament probablement dans une visée anxiolytique ou hypnotique. Mais les IEA  ne sont pas nécessairement associées à une dépendance physique, laquelle se manifeste par un syndrome de sevrage et non par un début d’alcoolisation matinal, ici à 11 heures du matin lors des moments de cafard. Par ailleurs, aucun signe de syndrome de sevrage n’est avancé dans le récit du cas pour venir soutenir ce diagnostic de dépendance physique.

Page suivante, à propos des femmes perverses, c’est la confusion avec le mélange entre l’efficience intellectuelle et la réussite scolaire qui donne chez l’auteur "efficience scolaire" dans une interprétation péremptoire: "Ces femmes sont souvent manipulatrices, essayant de mettre en avant la domination tyrannique du conjoint ou du mari, pour se déresponsabiliser. Mais ces défenses sont pauvres, peu élaborées en raison d’un niveau intellectuel souvent limite – conséquence de perturbations familiales, qui avaient abaissé leur efficience scolaire" .

Pour introduire les cas de mère infanticides, l’auteur écrit : "s’il est courant d’admettre que ces femmes commettent des infanticides parce qu’elles sont en situation de précarité sociale, il nous semble que, le plus souvent, elles avaient noué avec leur mère des relations hautement pathologiques : impossibles (avec la mère) et/ou rompues (avec le père de l’enfant). Ce lourd passé est à l’origine de la tragique et définitive rupture entre la jeune mère et son enfant" . En fait, ces femmes infanticides dont le Dr. Archambault, psychiatre expert, nous donnera le récit dans les pages suivantes, ont tué leur bébé dans des circonstances singulières.


La première a accouché seule dans les toilettes, puis elle a décidé de tuer son bébé par noyade dans sa baignoire car "elle voulait protéger son enfant parce qu’elle ne pouvait pas lui offrir une éducation comme elle le souhaitait"  avant de tenter de s’électrocuter. L’auteur ne souligne même pas la séquence homicide-suicide du cas, élément basique de criminologie.


Une autre de ces femmes, schizophrène en rupture de soins, hallucinée et délirante, a tué son enfant de 18 mois à coups de couteau, dont une blessure de onze centimètres de profondeur, avant de se barbouiller du sang de son enfant. Elle a ensuite appelé la police quand elle a compris ce qu’elle venait de faire alors qu’elle lavait le couteau qui venait de servir au meurtre, juste avant de passer à un acte de cannibalisme sur le cadavre de son fils, acte cannibal empêché par l’arrivée des forces de l’ordre. L’explication avancée concernant ces femmes infanticides, à savoir ce "lourd passé dans les relations impossibles (avec la mère) et/ou rompues (avec le père)" n’est pas reprise pour être développée afin de théoriser ces cas cliniques. Dommage car cela le mériterait.
 
Et chaque cas est semblable à cela, bien raconté, certes, mais avec une légèreté de l’analyse psychiatrique qui nous laisse frustré. Par exemple, l’expression "mode opératoire" apparaît une seule fois dans le livre . Quant à l’affaire de la tentative d’assassinat de Jacques Chirac, expertise que le Dr. Archambault, expert psychiatre, met dans son livre, elle apparaît sous l’intertitre de "l’expertise psychologique", et non "l’expertise psychiatrique". Psychologique ou psychiatrique ?

Les recommandations


Néanmoins, on peut mettre au crédit de l’auteur le rappel qu’il faut absolument lire le dossier de l’affaire (souvent plusieurs centaines de pages transmises à l’expert) avant de faire une expertise. Certes, cela semble évident, mais ce n’est malheureusement pas toujours le cas car cela prend quelques heures pour dépouiller les documents… Il semblerait aussi que la rémunération en soit pas assez attractive... D’où la nécessité de l’auteur de le réaffirmer. Second élément : il ne faut pas attendre passivement des révélations par le mis en examen qui ne parlera peut-être pas d’évènements délicats de sa vie, de conduites étonnantes, ou d’évènements intrapsychiques curieux, mais il faut aller chercher les informations pendant l’entretien en menant un questionnement méthodique et orienté par l’étude préalable du dossier. Là encore, c’est une évidence, une expertise n'est pas une séance de psychanalyse carricaturale avec seulement un "bonjour" au début de séance et un "au revoir" un quart d'heure plus tard. Evident, certes, mais il est nécessaire pour l’auteur de le rappeler, ce qui est une indication sur certaines pratiques pour qu'un tel expert, vice-président du Conseil National des Compagnies d’Experts de Justice, ait jugé utile de le rappeler. Cet ouvrage contribuera peut-être ainsi à éviter que, pour les affaires de monsieur Toulemonde, l’expertise soit faite en vingt minutes avec un rapport de dix lignes qui fait à peine référence aux éléments du dossier car à peine lu.

En conclusion, ce livre ne nous enseigne rien de nouveau sur le diagnostic psychiatrique dans le cadre pré-sentenciel des mis en examen et post-sentenciel des affaires criminelles. La question récurrente du livre est celle de l’article 122-1 du Code Pénal : est-il ou est-elle responsable ou non, accessible ou non à une sanction pénale ? En d’autres termes : prison ou UMD (Unité pour Malade Difficile) ?


On regrette que l’expérience de l’expertise psychiatrique de l’auteur, certainement très riche, ne mène pas à la rédaction d’un ouvrage moins sensationnel et davantage clinique. Malheureusement, la direction prise par l’auteur est celle du récit d’affaires médiatiques dans un style proche de celui de certains animateurs de télévision qui racontent avec une voix chaleureuse des histoires, lesquelles sont ici des histoires terribles. La mise en page est plutôt aérée pour nous permettre de dépasser les deux cent pages sans avoir eu l’impression de trop peiner.


Bien involontairement, ce livre ravive en creux une autre question qui est celle de la nature et de la fonction de l’expertise médico-judiciaire. En France, elle est bien souvent médicale, et seulement psychiatrique, pour répondre à la question "coupable ou malade ?". Dans d'autres pays, l'expertise est criminologique et non seulement psychiatrique pour les affaires criminelles, comme pour les affaires qui nous sont présentées ici.

 

Coupable ou malade ?

[mercredi 24 octobre 2012 - 09:00]

 

 * Lire aussi sur nonfiction.fr : 


- "L'expertise psychiatrique", la recension de l'ouvrage de Jean-Claude Archambault, L'expertise psychiatrique : face à la dangerosité et la récidive des criminels, par Elen Le Mée

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