Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog


Le Banquet, n°23, 2006/1.

Domaine histoire - thème militaire.

http://images.amazon.com/images/P/2706818204.08._SCMZZZZZZZ_.jpgÉtienne Schlumberger fait partie des quelques marins qui ont choisi de rallier la France libre dès juin 1940. Condamné à mort pour désertion par un tribunal militaire de Toulon, siégeant quelques jours après le sabordage de la flotte en 1942, il a été nommé compagnon de la Libération en 1945. Cette expérience n'a inspiré à l'homme ni ressentiment, ni aigreur, ni soif de vengeance, ni orgueil, juste une ardente volonté de comprendre et de faire comprendre. Comprendre les raisons de son engagement et, surtout, celles du refus, obstiné, de nombreux marins de lutter aux côtés des Alliés, pour la défense de la patrie et de la démocratie, alors inséparables. Soucieux d'objectivité, conscient des règles de la méthode historique, il s'efforce de donner la parole au camp adverse, dont les thèses, largement exposées par l'amiral Auphan, lui semblent relayées aujourd'hui par des historiens comme Philippe Masson. Au passage, il démonte et dénonce la symétrie, savamment manipulée par les anciens collaborateurs, entre les persécutions dont gaullistes, communistes et juifs ont été victimes sous Vichy, et les poursuites qu'ils ont subies pendant l'Épuration.

Étienne Schlumberger se livre à une analyse passionnante — et accablante — de « l'honneur » tel qu'il était perçu par les officiers formés à l'École navale, montrant qu'il s'est réduit à une exaltation d'un « État-Marine », considéré comme le modèle sur lequel la France devait s'appuyer pour se réformer. Un modèle ne correspondant ni aux aspirations, ni même au intérêts de la patrie France, constamment invoqués pour justifier le refus de la France libre.

Le livre d'Étienne Schlumberger n'a rien d'un règlement de comptes. Il est trop tard pour ce genre d'opération, qui ne touche plus grand monde. Mais son travail devient passionnant quand l'auteur se livre à une analyse de l'état d'esprit d'un corps fermé sur lui-même, orgueilleux, ignorant des nouveaux rapports de force internationaux, prisonnier d'une conception de l'histoire vue comme éternelle répétition des mêmes conflits, alors même qu'il se prétend fonder son attitude sur le réalisme ! L'auteur, ingénieur du Génie maritime, donc étranger au monde de l'École navale, étudie le parcours d'un autre marin résistant, Honoré d'Estienne d'Orves, venu de Polytechnique, et les raisons pour lesquelles son « patron », l'amiral Godfroy, parle dans son cas de circonstances atténuantes (D'Estienne d'Orves n'a pas eu la chance d'être formé à la dure école de la « vraie Marine » !).

Étienne Schlumberger apporte aussi d'intéressants témoignages sur le fossé qui s'est creusé entre officiers vichystes, légalistes (pro-nazis dans le pire des cas, tel l'amiral de Laborde, commandant la base de Toulon en 1942) et leurs marins, exaspérés de leur passivité, perméables à la « propagande anglo-gaulliste ». Enfin, son récit, détaillé, modeste, sobre, de ses campagnes pour les Forces navales françaises libres, à bord du sous-marin Junon incite à une réflexion sur l'héroïsme, qui peut concerner, au-delà des militaires et des passionnés d'histoire maritime, bien des responsables civils. Un seul regret, qui ne s'adresse d'ailleurs pas aux auteurs de ce beau livre : que son éditeur n'ait pas jugé bon, pour des raisons que nous ignorons, d'accomplir le travail… d'un éditeur.


Etienne Schlumberger, avec Alain Schlumberger,
L'honneur et les rebelles de la Marine française 1940-1944


Etienne Schlumberger est né le 20 mars 1915 à Paris (8e). Son père, ingénieur, était capitaine d'aviation et fut tué en 1915.

Après ses études secondaires au lycée Janson de Sailly, il est reçu à l'Ecole centrale mais prépare de nouveau Polytechnique à Louis Le Grand et y est reçu en 1936. Il sortira 37e de sa promotion en 1938 ; il choisit le Génie maritime.

Après un embarquement pour la dernière croisière avant la guerre du navire école Jeanne d'Arc, il entre à l'Ecole du Génie maritime. A sa sortie de l'Ecole, il est affecté à l'arsenal de Cherbourg à la section réparation des sous-marins, de février à juin 1940.

A l'arrivée des Allemands, le 19 juin 1940, ayant pu mettre les quatre sous-marins dont il avait la charge en état de flotter, il organise leur remorquage vers l'Angleterre puis, s'étant emparé d'une vedette des constructions navales, il rejoint, en mer, le sous-marin Ondine.


     Etienne Schlumberger


Il rallie la France libre au début de juillet 1940 et fait partie du petit groupe de ceux qui, sans grand succès, tentent de convaincre les marins français internés près de Liverpool de reprendre le combat.

Ayant demandé à embarquer, il est affecté enseigne de vaisseau de 1ère classe sur l'aviso Commandant Duboc. Il prend part à l'opération de Dakar en qualité d'officier adjoint au commandant Thierry d'Argenlieu, chef de mission des parlementaires dont la vedette est prise sous le feu des mitrailleuses de terre. Il se porte sans hésiter de l'avant à l'arrière de la vedette donnant à tous un exemple de sang-froid et de valeur militaire.

Puis il revient sur le Duboc lors de la tentative infructueuse de débarquement à Rufisque où le navire est pris à partie depuis la côte, avec trois tués à bord.

Après que le Duboc a conduit le général de Gaulle à Douala au Cameroun, Etienne Schlumberger est détaché auprès du commandant Thierry d'Argenlieu pour les opérations de ralliement du Gabon à la France libre, à bord de l'aviso colonial Savorgnan de Brazza ; ce dernier devant Libreville au début novembre 1940, subit le feu de l'aviso de Vichy Bougainville. Au cours du combat qui suit, le Bougainville est touché et abandonné par son équipage.

Il est alors promu au grade de lieutenant de vaisseau et retourne sur le Commandant Duboc comme officier en second. Début 1941, le Commandant Duboc prend part à la prise de l'Erythrée sur les Italiens puis revient en Angleterre en participant à des convois dans l'Atlantique dont certains sont très meurtriers.

Le 9 février 1942, il embarque comme officier en second sur le sous-marin Junon - qui est justement l'un de ceux dont il avait la garde à Cherbourg - basé en Ecosse. Il effectue de nombreuses patrouilles dans les fjords de Norvège et des opérations spéciales dont des débarquements d'agents et de commandos. Il est nommé commandant de la Junon en mars 1943 et amène le bâtiment en Afrique du nord début 1944.

La Junon est désarmée en août 1944 à Oran et l'équipage retourne en Angleterre pour armer le sous-marin Morse cédé par les Anglais.

En janvier 1945, il est appelé à l'Etat-major de l'amiral Nord, l'amiral Thierry d'Argenlieu et est promu capitaine de corvette en avril 1945. Il suit l'amiral Thierry d'Argenlieu en Indochine lorsque ce dernier y est nommé Haut-commissaire et devient chef du Bureau fédéral de Documentation.

En juin 1947 le commandant Schlumberger est nommé directeur des Etudes à l'Ecole navale puis exerce différentes fonctions tant à terre qu'en mer, en particulier le commandement du D.E. Sénégalais, puis, promu capitaine de frégate en octobre 1949, il commande le C.T. Kléber.

Il quitte la Marine en mars 1953 comme capitaine de frégate puis capitaine de vaisseau de réserve.

Il entre alors à la société Maritime Shell pour s'occuper d'abord des pétroliers. A cette occasion il participe au développement des transporteurs de gaz liquéfiés puis, pour Shell française, crée et dirige la Société française de stockages géologiques (GEOSTOCK).

Il prend sa retraite en avril 1975 et en profite pour faire le tour du monde à la voile.

Etienne Schlumberger est membre du Conseil de l'Ordre de la Libération (décret du 15 juillet 1997).


• Commandeur de la Légion d'Honneur
• Compagnon de la Libération - décret du 17 novembre 1945
• Croix de Guerre 1939/45 ( 2 citations )
• Médaille de la Résistance avec rosette
• Médaille Coloniale avec agrafe "Erythrée"
• Distinguished Service Cross (GB)
• Ordre de Dannebrog (Danemark)
• Ordre du Nicham Iftikar (Tunisie)
• Ordre du Christ (Portugal)

Publication :

L'Honneur et les rebelles de la Marine française (1940-1944), Maisonneuve et Larose, Paris 2004
Réédité sous le titre

Les Combats et l’Honneur des Forces navales françaises libres 1940-1944, Le cherche midi, Paris 2007

Dernière mise à jour : le 21 juin 2007

Commenter cet article

Amrein 16/10/2012 18:43

je crois bienque c'est mon oncle Joseph Gautier , qui est derrière Etienne S. sur la photo !!!

16/10/2012 19:43



Laissé par : Amrein aujourd'hui à 18h43