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http://www.laprocure.com/cache/couvertures/9782909478241.jpgPrésentation des peintures décorant les voûtes de la cathédrale d'Albi, réalisées entre 1509 et 1512. Des photographies d'ensemble et de détails sont accompagnées de textes synthétiques sur les artistes ainsi que sur l'histoire spirituelle  et artistique des débuts de la Renaissance en France.


Quatrième de couverture

 

Le décor des voûtes et des tribunes de la cathédrale Sainte-Cécile d'Albi constitue l'un des chefs-d'oeuvre absolus de la peinture monumentale. Aussi bien le 500e anniversaire de sa mise en chantier a-t-il été promu par le ministère de la Culture au rang des célébrations nationales de l'année 2009.

Jean-Louis Biget et Michel Escourbiac ont révélé la splendeur et le sens de cette ouverture vers la Jérusalem céleste dans un livre paru voilà quinze ans, objet de récompenses prestigieuses et de longtemps épuisé.

À la faveur des commémorations suscitées par cet ensemble, unique par la virtuosité de ses exécutants et son témoignage sur l'histoire spirituelle et artistique des débuts de la Renaissance en France, ils ont entrepris d'offrir au public un nouvel ouvrage.

Cet album anniversaire met en valeur une sélection de photographies représentatives de ces peintures, avec un texte renouvelé et synthétique, soulignant ainsi la qualité d'une page immense et extraordinaire qui articule le temps avec l'éternité.

Sainte-Cécile d'Albi - 500e anniversaire des peintures de la voûte - 1509-2009
Biget, Jean-Louis - Escourbiac, Michel
textes Jean-Louis Biget
photographies Michel Escourbiac
Odyssée , Graulhet (Tarn)
Parution :  juin 2009




Modèle de simplicité et de dépouillement, la cathédrale Sainte-Cécile est aussi une affirmation de la puissance de l'Église.


Le « beau XIIIe siècle » marque l'achèvement de toute une série de cathédrales et concourt à l'affirmation, après 1240, du gothique rayonnant.

A Albi, le chantier s'ouvre entre 1277 et 1282 et se prolonge ensuite durant un siècle. Comme toutes les cathédrales terminées ou fondées au XIIIe siècle, Sainte-Cécile s'enracine dans la prospérité des campagnes ; l'évêque d'Albi détient une très large part des dîmes de son diocèse, ce qui place son revenu juste derrière celui des évêques de Reims et de Chartres.

L'église mère de l'Albigeois ne correspond pas au stéréotype ordinaire de la « cathédrale », forgé d'après Chartres, Amiens ou Strasbourg. Elle frappe par la profonde originalité de ses formes et de son apparence. Elle témoigne que la créativité du XIIIe siècle ne se borne pas aux maîtres architectes de l'Ile-de-France.

Le premier trait spécifique de Sainte-Cécile tient au matériau qui la constitue : la brique. Son emploi s'explique par les conditions géologiques de la région, pauvre en bonne pierre. Il s'inscrit également dans la modernité propre au XIIIe siècle.

La brique, matériau moulé, participe de la standardisation des éléments de base de la construction. Produite sur place, elle est facile à mettre en oeuvre : son poids est réduit et ses dimensions restent toujours identiques. La brique albigeoise (5,5 x 22 x 32 cm) présente une surface de portance considérable ; les murs peuvent ainsi être montés sans chaînages de pierre. Elle possède une grande plasticité : la maçonnerie peut jouer, dans certaines limites, sans provoquer des fissures graves.

Le choix de la brique marque aussi le caractère militant de l'architecture de la cathédrale. Son promoteur, un évêque de combat, Bernard de Castanet, la pense comme une réponse au défi de la dissidence des « bons hommes », encore active à Albi après 1270. Par sa simplicité et sa sobriété, l'édifice exprime une conversion au dépouillement qui retourne contre la dissidence quelques-uns de ses atouts les plus forts : l'austérité et une certaine prise de distance à l'égard du monde sensible.

Le choix d'un espace intérieur dégagé, unifié autour d'une seule nef, procède également d'une finalité militante. L'ample vaisseau de la cathédrale est conçu comme une maison de la parole, ouverte à la prédication et favorable à la participation des fidèles à la liturgie.

La nef unique détermine l'ensemble des formes architecturales de Sainte-Cécile. L'absence de bas-côtés exclut les arcs-boutants, dont le rôle est ailleurs d'enjamber les vaisseaux latéraux pour soutenir les voûtes du vaisseau central. Des contreforts assument ici ce soutien ; les murs ne sont que de simples écrans, dépourvus de fonction portante. Toutefois, ils conservent leur pleine expression et leur valeur de limite, n'étant pas évidés comme dans l'art du Nord.

Résolument gothique, l'architecture de Sainte-Cécile est très éloignée du graphisme propre à l'art de France ; elle donne la priorité à l'agencement des plans sur le jeu des lignes, au volume sur le dessin, à la netteté sur le contraste. L'enveloppe murale s'affirme avec force, cependant, l'arrondi des contreforts vient rythmer sa nudité et lui enlever toute sécheresse. L'élan et « la tension » du gothique se manifestent dans la verticalité des compartiments de la paroi, encadrés par des demi-cylindres qui s'affinent vers le haut. Le chevet se caractérise par une combinaison subtile des plans et des volumes.

Cette architecture a aussi un rôle de proclamation. La masse de la cathédrale affirme à la fois la puissance de Dieu et la pérennité du magistère de l'Église. Sainte-Cécile se présente comme une forteresse de la foi. A cet égard, il faut tenir compte de son association avec un palais épiscopal élevé au même moment : les deux édifices possèdent de très nettes parentés formelles.

Divers éléments ont été greffés au fil des temps sur la cathédrale primitive. D'abord un clocher, qui en respecte l'esprit et affecte l'allure d'un donjon. Il s'intègre durant la seconde moitié du XIVe siècle au mur de la ville.

Ensuite, entre 1519 et 1535, en contrepoint avec l'architecture de brique et sa sévérité, un porche somptueux est bâti dans le style flamboyant ; il annonce un décor intérieur foisonnant. Enfin, au milieu du XIXe siècle, les murs de rive ont été surélevés, ce qui a renforcé l'impression de stabilité massive produite par Sainte-Cécile.


Jean-Louis Biget

 

Cathédrale d'Albi : la forteresse de la foi

Par Jean-Louis Biget

publié dans L'Histoire n° 283 - 01/2004  Acheter L'Histoire n° 283  +

 

 

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