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http://www.mollat.com/cache/Couvertures/9782358480253.jpgLong monologue ou confession d'un homme, solitaire, ivre de vengeance, folie froide sans retenue ni limite. Il est né dans un pays d'Orient, sur les hauts Plateaux. Il vénère son père chasseur et excellent cavalier souvent absent mais qui revient toujours au foyer où sa mère transie d'amour patiente. Mais que fait ce père ? Qui est-il vraiment ? Il sera assassiné, son fils et sa mère épouseront chacun une folie, la mère dans l'isolement et le refus de la réalité et pour celle du narrateur, "c'est le couteau ou le rasoir". La superbe écriture ciselée au rythme haché de Leïla Sebbar éblouit ce portrait sans artifice, description froide aussi lumineuse que sombre pourtant non dénuée d'humanité.


  • Les présentations des éditeurs : 09/06/2012

 

 

La parole d'un justicier solitaire.
Il parle de son père, assassiné. De sa mère,
« la folle des Plateaux ». Des femmes, ses amours.
Il tue à l'arme blanche. Il se considère comme
un criminel innocent, c'est là sa folie.
Nous sommes dans une société corrompue du Sud ou d'Orient.
Mais nos sociétés sécrètent aussi cette violence. Une fable d'aujourd'hui.

Ce roman met en scène la parole d'un justicier solitaire, d'un hors la- loi idéaliste. Il parle de son père, seigneur des Plateaux, héros généreux et cruel, chef de la révolte réprimée dans le sang dont la dépouille est exposée sur la place publique. Il parle de sa mère, jeune, éprise, lettrée, de ses récits sur Abraham sacrifiant ses fils, de ses servantes et sa gazelle dans la grande maison, de sa folie. Il parle des femmes, ses amours. De son ami le poète, assassiné. Cet homme du silence s'impose une mission sacrificielle : il exécute à l'arme blanche (le rasoir paternel à manche en corne) les responsables du chaos et de la misère du peuple, hauts dignitaires d'une oligarchie corrompue et débauchée qui gouverne pour elle-même et ses fils. Des crimes justes, il le croit, absolument. C'est sa folie.

Leïla Sebbar, romancière et nouvelliste, est née à Aflou, en Algérie, d'un père algérien et d'une mère française. Elle vit à Paris. Également paru chez Bleu autour : Femmes d'Afrique du Nord (lire page 10). Derniers titres parus : Isabelle l'Algérien, nouvelles, dessins de Sébastien Pignon (Al Manar, 2005), Parle mon fils, parle à ta mère, roman, réédition (Stock, 1984 ; Thierry Magnier, 2005) et Je ne parle pas la langue de mon père (Julliard, 2003).


  • Les courts extraits de livres : 09/06/2012

 

 

Mon père ne m'a jamais serré dans ses bras. Ils ont tué mon père.


Son corps jeté sous l'arbre au milieu de la place, les mains liées derrière le dos. Il était pieds nus. Ses belles bottes de cheval, mon père allait à cheval partout, on les a volées avant de l'abattre ? Un soldat armé montait la garde.


Derrière le petit mur de pierres sèches, je regardais. Je n'ai pas bougé, je n'ai pas mangé, je n'ai pas bu, tout le temps où le corps de mon père est resté sous l'arbre. Les soldats se relayaient pour nous empêcher d'approcher.


Ma mère, elle était jeune encore et belle, je ne la reconnaissais pas. Les cheveux en désordre, ses joues griffées, pas de ceinture pour nouer sa robe, ses servantes tissaient des ceintures raffinées pour elle seule.


Elles disaient, les servantes, je les entendais derrière les fils du métier à tisser, que le maître, à peine avait-il sauté de son cheval au retour de la steppe - que faisait-il tous ces jours où il disparaissait ? la chasse au faucon, la guerre, la guérilla -, elles disaient que le maître se rendait chez sa femme, s'agenouillait pour la saluer, prestement dénouait sa ceinture la plus belle, la lançait à travers la chambre comme un long ruban de soie et emportait dans ses bras la bien-aimée jusqu'au grand lit de cuivre, un héritage de l'époque ottomane.


Ma mère sortait de la maison la nuit, elle regardait avec moi, mais les nuits étaient si noires. Elle n'a rien vu. Je lui racontais à voix basse, la tache brune autour de la tête, les pieds nus, les mains liées dans le dos, les doigts raides, elle pleurait doucement.


Le corps de mon père, ils ne l'ont pas rendu à ma mère. Le corps gonflé et puant. Les soldats chassaient les charognards. Les mouches volaient en essaim, vertes et grasses, ils ne pouvaient rien contre les mouches. Avant l'aube du cinquième jour, ses servantes endormies, ma mère a quitté sa maison pour la place du village. La surveillance était discrète, mais on la surveillait, elle n'est jamais sortie seule, la lignée aristocratique du maître ne l'aurait pas toléré. La lourde porte franchie, ma mère a couru vers le corps abattu, l'homme vigoureux, courageux, l'époux magnifique. Le corps de mon père avait disparu. Elle s'est mise à hurler, malgré les menaces des soldats elle a continué longtemps, ils ont essayé de l'entraîner vers le poste, elle se débattait, ils ont renoncé, ils l'ont laissé hurler, accroupie contre le mur. J'étais si faible que je n'ai pas pu l'accompagner jusqu'à la maison, je me suis endormi avec ses cris.

 

La confession d'un fou

Auteur : Leïla Sebbar

Date de saisie : 02/10/2011

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Bleu autour, Saint-Pourçain-sur-Sioule, France

Collection : La petite collection de Bleu autour


 

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