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http://crhael.univ-littoral.fr/wp-content/uploads/2012/06/27574100364020l.gifDocument 13/07/2012 - Entre 1954 et 1962, la Côte d'Opale envoie des milliers de ses enfants «maintenir l'ordre» en Algérie, une terre largement inconnue de la partie la plus septentrionale de la métropole. Parmi ces jeunes, 378 ne reviennent pas. Comment les habitants du littoral ont-ils vécu et ressenti au quotidien cette guerre ? Partis politiques et syndicats, principalement de gauche, chrétiens et enseignants s'investissent contre la poursuite du conflit. Mais des engagements marginaux existent aussi en faveur de l'OAS et du FLN.

Le littoral accueille favorablement le retour au pouvoir du général de Gaulle, tant la IVe République est discréditée. Dans les moments de crises graves, en mai 1958, en janvier 1960 ou en avril 1961, le soutien à l'action du général de Gaulle est très affirmé. Pour faire face à la douleur des familles endeuillées ou séparées, les instances officielles se manifestent pour tenter d'apaiser ou pour maintenir un lien avec le jeune soldat appelé en Algérie. Les organisations caritatives, les comités locaux leur viennent en aide. Les liens économiques entre les ports de la Côte d'Opale et la principale colonie du pays sont également affectés par le conflit, mais ils perdurent, au-delà de 1962. L'installation de quelques rapatriés et harkis sur le littoral permet le souvenir de ce conflit et de son issue. Près de 50 ans plus tard, la prise de parole sur la guerre demeure difficile.

Marc Coppin est docteur en Histoire contemporaine


  • Les courts extraits de livres : 13/07/2012

 

Introduction - La guerre d'Algérie a longtemps été une «guerre sans nom». Elle a d'abord pris l'appellation rassurante d'«événements», après le déclenchement des actions armées du Front de Libération National algérien le 1er novembre 1954. «Opérations de police», jusqu'au soulèvement paysan du 20 août 1955 dans le Nord - Constantinois, puis «actions de maintien de l'ordre» après le vote des pouvoirs spéciaux en Algérie en mars 1956, qui généralise l'envoi du contingent. «Opérations de rétablissement de la paix civile», dans la terrible bataille d'Alger, au cours de l'année 1957 ; enfin «entreprises de pacification» tout au long des années conduisant à l'indépendance algérienne. Ce n'est que le 10 juin 1999 que l'Assemblée nationale française a adopté, à l'unanimité, une proposition de loi qualifiant de «guerre» les événements ayant eu lieu entre la France et l'Algérie entre 1954 et 1962.

Guerre sans nom, elle n'est reste pas moins très présente dans la mémoire des Français, y compris de ceux de la Côte d'Opale, pourtant bien éloignés des départements algériens. Cette entité géographique, imaginée par Édouard Lévêque, peintre, écrivain, et botaniste touquettois, est utilisée, à l'origine, pour nommer le littoral entre Le Crotoy et Equihen-Plage. Mais, dans cet ouvrage, elle désigne la partie du littoral qui regroupe les arrondissements de Boulogne-sur-Mer, Calais, Dunkerque, Montreuil-sur-Mer et Saint-Omer. Elle s'étend de la frontière belge à la baie de Somme, sans oublier l'arrière-pays, des Flandres à l'Audomarois. Cette partie de la France septentrionale, peu ouverte sur l'extérieur et à l'arrière-pays rural et agricole, n'est donc pas la région de France la plus en contact avec l'Algérie, ou la plus dépendante sur le plan économique. Pourtant, le littoral est particulièrement sensible à la question algérienne. Éloignement ne signifie donc pas indifférence.

L'impact politique, économique, social et culturel du conflit sur le littoral est le coeur du sujet. Comment les habitants du littoral de la Côte d'Opale, ont-ils vécu et ressenti la guerre d'Algérie ? Il ne s'agit donc pas d'histoire militaire, ni d'une histoire des appelés de la Côte d'Opale, mais plutôt d'une histoire de la Côte d'Opale à travers ses appelés et leurs familles, à travers également les liens tissés avec l'Algérie.

Cette démarche s'est heurtée à plusieurs difficultés. D'abord la méfiance de beaucoup d'anciens combattants et leur refus fréquent de témoigner car «ne peut comprendre que celui qui a vécu le conflit». Certains militants ont accepté de parler mais uniquement sous couvert d'anonymat. La deuxième difficulté tient au fait que les mémoires de militants opposés à la guerre, comme celles des partisans de l'Algérie française, sont des mémoires partiales, affectives, voire accusatrices, donc délicates à exploiter quand l'histoire se veut culte de la vérité. Une troisième difficulté est liée à la consultation des sources, relativement récentes et que les Renseignements Généraux peinent encore à autoriser. Mais le plus difficile a été de repérer les spécificités de la Côte d'Opale, tant il apparaît que les dynamiques locales peuvent, parfois, être la simple reproduction de dynamiques nationales. Il s'agit bien sûr ici de mettre davantage l'accent sur l'originalité du littoral par rapport au reste de la métropole, plutôt que sur les similitudes.

C'est pourquoi la démarche consiste à étudier l'impact du conflit sur le littoral en partant de ce qui touche le plus les Français comme le départ des jeunes, ou bien évidemment leurs morts, pour aller vers ce qui a le moins d'impact, comme la vie économique qui est peu affectée. Une première partie s'intéresse aux hommes et aux femmes confrontés à la guerre, à travers l'étude des «petits gars de chez nous» sous le ciel d'AFN, de leurs retours au pays et de l'implication de leurs familles. La deuxième porte sur ces hommes et ces femmes qui ont pris position pendant le conflit. Les réactions locales face aux événements nationaux, les milieux les plus réceptifs ainsi que les engagements marginaux sont au coeur de ce développement. Les particularismes locaux viennent ensuite avec Calais, une municipalité qui devient favorable à de Gaulle ; Boulogne-sur-Mer et Dunkerque, deux villes socialistes ; Montreuil-sur-Mer, Saint-Omer et l'arrière-pays, plus conservateurs. La quatrième partie est consacrée aux liens, aux regards et à la mémoire. Liens que les autorités locales et les organisations caritatives tentent de maintenir avec les soldats et leurs familles, liens économiques qui se distendent avec l'indépendance alors que des liens affectifs sont maintenus par l'arrivée des rapatriés. La variété des acteurs explique la complexité des mémoires et des regards portés sur le conflit, 50 ans après la signature des accords de cessez-le-feu.

 

 

La Côte d'Opale en guerre d'Algérie, 1954-1962

Auteur : Marc Coppin

Date de saisie : 13/07/2012

Genre : Histoire

Editeur : Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve-d'Ascq, France

Collection : Histoire et civilisations


 

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