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http://fr.academic.ru/pictures/frwiki/70/Fran%C3%A7ois_Clouet_002.jpgDocument archives du 01/08/2009 - La femme à sa toilette résume parfaitement l'idéal de la beauté au XVIe siècle en France. Il s'agit d'un portrait demi-nu, genre nouveau et d'autant plus audacieux que les personnes représentées appartiennent de toute évidence à la haute société, voire à l'entourage royal.

Dès Charles VIII, puis avec Louis XII et surtout sous le règne de François I er, la France vit à l'heure italienne. La noblesse et la cour découvrent la Renaissance et ses artistes qui viennent s'installer en France. Tous les arts sont prisés : peinture, sculpture, vitrail, tapisserie, orfèvrerie, décors monumentaux, émaux, décors de fêtes.

http://www.helmo.be/esas/mapage/images/franc1er.jpgFrançois Ier, baigné dès l'enfance dans cette culture transalpine - son prénom même n'est-il pas celui d'un ermite italien arrivé en France en 1482 ? - découvre l'Italie au cours de ces guerres interminables et d'un long séjour dans les prisons après le désastre de Pavie en 1525. À son retour, il choisit Fontainebleau pour s'installer. Le château médiéval nécessite des travaux de modernisation et d'embellissement. Qu'à cela ne tienne. Le roi engage un certain nombre d'artistes italiens qui vont créer un style, celui de l'école de Fontainebleau ; celle-ci s'exportera au-delà de nos frontières. La première école, constituée exclusivement d'artistes italiens tels que Rosso Fiorentino et surtout Primatice, assisté de Niccolò dell'Abate, durera de 1530 à 1570 ; la seconde, réunissant des artistes français comme Toussaint Dubreuil et Martin Fréminet, ou flamands tel Ambroise Bosschaert, s'épanouira sous le règne d'Henri IV.

Le style de la première école se caractérise par le goût prononcé pour une ornementation abondante et raffinée, des références symboliques et mythologiques et une grande découverte pour la France : une sensualité nouvelle dans la représentation du corps. Cette tendance correspond à la généralisation - du moins dans les demeures princières - de l'usage du bain, qui va devenir une véritable cérémonie. La toilette se passe, le plus souvent, dans un bassin de cuivre installé dans la chambre à coucher ou dans le cabinet attenant, de préférence près d'une cheminée. Un système de pavillon permet de fermer le baquet par une draperie afin de préserver chaleur et intimité. Le cérémonial de la beauté prend une dimension esthétique et sociale au point de donner naissance à un genre pictural bien particulier. Il prend pour modèle une femme à la beauté idéalisée, inspirée des canons antiques, et représentée, dévêtue à mi-corps, devant sa table de toilette, avec pour toile de fond son environnement familier. Sur la table de toilette, des accessoires : miroirs, peignes et brosses, cure-dents et cure-oreilles, éléments de parure, coffret-nécessaire de toilette, têtes de martre de cristal de roche censées éloigner les puces, petites boîtes contenant fards et crèmes de beauté. Toutes sortes d'onguents dont les scientifiques ont retrouvé aujourd'hui quelques traces et qu'ils ont pu analyser.

Poses codifiées et rigueur des compositions témoignent d'une culture de la toilette hissée au rang des beaux-arts. Et les thermes du château de Fontainebleau, aménagés dans les sous-sols, passeront pour un modèle du genre dans cette recherche d'un nouveau rapport au bien-être. Au XVIe siècle, la toilette devient publique et se transforme en cérémonie mondaine : on se baigne entre personne du même sexe et du même rang, entouré d'objets précieux, de parfums rares et de crèmes miracle. Le tout, dans une présentation élégante qui inspire des maîtres comme François Clouet ou Lavinia Fontana, Primatice, Jean Mignon, et Luca Penni dont les œuvres laissent entrevoir le luxe d'un appartement de bain à cette époque. Sobre et imposant, celui du château d'Écouen, ouvert exceptionnellement le temps d'une exposition , est une éloquente démonstration de cet art de vivre au temps des Valois. Une véritable mise en scène qui correspond, en fait, à la définition originale du mot « toilette » puisqu'elle désignait, à l'origine, « les linges, tapis de soie et autre étoffe qu'on étend sur la table pour se déshabiller le soir et s'habiller le matin ».

La dame au bain, emblème de l'école de Fontainebleau

http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=26171

Par Elisabeth Couturier


Crédit photographique : Dame au bain

http://fr.academic.ru/pictures/frwiki/70/Fran%C3%A7ois_Clouet_002.jpg

 

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