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Jhttp://www.images-chapitre.com/ima3/original/778/1054778_3027456.jpgamais l'histoire de la loi salique - cette disposition française empêchant les femmes d'hériter et de transmettre la couronne - n'avait été faite ; celle des relations entre les hommes et les femmes du point de vue du pouvoir non plus.


Un manque, une absence qui se révèlent au grand jour alors que la France peine toujours à faire de la place aux femmes dans les positions décisionnelles. pourtant ce qu'on a pu qualifier d'exception française n'a pas toujours eu le visage qu'on lui connaît. reprenant l'histoire de France à ses origines (les francs saliens, clovis), eliane viennot a cherché à comprendre les raisons de cette exclusion consacrée avec l'arrivée au pouvoir des Bourbons (henri IV), les premiers à devoir leur trône à la loi salique.


Le résultat est surprenant. mieux, il va à l'encontre des idées reçues. ce travail mené comme une enquête oú les bons et les méchants ne sont pas toujours ceux que l'on croit, oú les faux en écriture, mensonges et omissions abondent, met en lumière la remarquable mixité des pouvoirs pratiquée à certaines époques de l'ancien régime, avant que la loi salique ne constitue une étape centrale dans l'éviction des femmes des sphères du pouvoir.


Initié au XIIIe siècle, ce processus ne se fit pas sans résistances. les acteurs et les actrices de ce long conflit méritaient à coup sûr cette étude passionnante, en attendant peut-être de trouver une place dans les manuels scolaires.

 

 

La France, les femmes et le pouvoir ; l'invention de la loi salique, V-XVI siecle 

Auteur : Eliane Viennot 

Editeur : Perrin 

Date de parution : 12/10/2006 

EAN13 : 9782262020613 

Genre : Femmes  /  Femmes en politique  /  France  /  Politique et gouvernement 

Langue : français 

Nombre de page(s) : 765

 


 

http://semioweb.msh-paris.fr/Corpus/aar/images/viennot.jpgEliane VIENNOT est professeur à l’université de Saint-Etienne, membre de l’Institut Universitaire de France et présidente de la Société Internationale pour l’Etude des Femmes de l’Ancien Régime. Plus particulièrement spécialiste de la Renaissance (biographie de Marguerite de Valois en 2005), elle ne se limite pas à cette période dans son ouvrage sur l’histoire de la loi salique. Ainsi, celui-ci trouve un point de départ au Ve siècle et se poursuit jusqu’au XVIe siècle.


Dans son introduction, Eliane Viennot précise dès le début que ce qui pose problème en France, c’est « le partage du pouvoir entre les hommes et les femmes ». Elle précise qu’aujourd’hui encore, le coeur du pouvoir reste le monopole des hommes à 90% en France et que celle-ci se place au 19e rang Européen, ce qui en fait un « mauvais élève ». Elle précise que le débat sur la parité a fait ressurgir avec lui l’idée d’une « spécificité française ». Elle cite la philosophe Geneviève Fraisse qui déclare en 1993 « Mon hypothèse est que fonctionne encore la loi salique, cette loi française, d’abord française qui interdit la transmission de la couronne à une femme ».

 

L’auteur a travaillé longtemps sur les relations entre les femmes et le politique. Elle s’est spécialisée dans cette question pour la Renaissance. En 1989, Eliane Viennot, lors d’un colloque, se penche, avec d’autres chercheurs spécialistes de l’Ancien Régime, sur la question des femmes et du pouvoir avant la Révolution française. Révolution souvent présentée comme « un commencement » pour les femmes. Eliane Viennot souligne au contraire l’ambiguité de la Révolution par rapport à ce qui existe avant. Elle évoque une société contemporaine où la différence entre les sexes semble encore plus marquée que par le passé. Elle interroge : quelle femme de l’époque contemporaine a eu autant de poid politique que les régentes du XVe au XVIIe siècle. Elle souligne que la loi salique est à l’origine de ce phénomène en France mais que ce n’est pas le cas dans d’autres pays où elle a existé.


Elle pose alors une question clé : qu’est-ce que la loi salique ? La définition courante en fait une disposition qui empêche les femmes d’hériter et de transmettre la couronne mais Eliane VIENNOT montre que les choses sont beaucoup plus compliquées.


Eliane VIENNOT a rencontré la loi salique plusieurs fois notamment dans des pamphlets contre les régentes, dans des mémoires d’aristocrates, dans les débats publics sur la succession d’Henry III mais elle ne l’a jamais trouvée sous la plume des femmes.


Peu de chercheurs ont travaillé sur cette question. L’auteur évoque le flou qui entoure la loi salique : qu’est-elle et d’où vient-elle ? Un constat s’impose, elle n’a pas fait l’objet d’études approfondies fiables. Les informations se contredisent, seule certitude : tous l’assimilent aux Francs. Exclusion des femmes de la succession de la terre ? Exclusion de la succession de la couronne de France ?, etc... La nature de la loi pose elle-même problème : est-ce une pratique ? une règle ? une loi fondamentale ? La situer dans le temps est tout aussi difficile.

La période d’étude est vaste. L’auteur justifie ce choix en montrant qu’il est important de remonter au Francs Saliens pour comprendre quel problème pose le pouvoir féminin et de remonter au delà-de l’Ancien Régime pour en comprendre son évolution. Eliane VIENNOT évoque les difficultés rencontrées dans ses recherches : l’étendue de la période, son manque de connaissance sur certaines époques qui l’ont poussé à un gros travail de recherche, le manque d’informations, etc.


L’ouvrage d’Eliane Viennot s’articule en quatre parties. Celles-ci ont pour but de montrer les origines mais aussi les évolutions que la loi salique a connu du Ve au XVIe siècle. La première partie évoque les fondations de la loi salique du Ve au Xe siècle au travers du droits (les fondements « juridiques ») mais aussi de la pratique et montre un code qui reste très inoffensif.


Dans une seconde partie intitulée « l’âge des seigneurs, puissance des dames » allant du XIe au XIIe siècle, l’auteur montre qu’avec l’affaiblissement des autorités centrales et l’émergence d’élites nouvelles se renforcent les capacités d’action et d’affirmation de certaines femmes notamment dans les milieux sociaux et culturels les plus favorisés. Période où la loi salique semble être oubliée. Les troisième et quatrième parties de l’ouvrage couvrent une période allant du XIIIe siècle au XVIe siècle, évoquent la progressive réactivation de la loi salique et la mise en avant d’un « ordre naturel » qui fait de l’homme le principal protagoniste de l’histoire. La progression du pouvoir royal, la progression de l’Eglise, le développement des villes, l’importance des universités dans la formation des élites, la multiplication des clercs contribuent à cette dégradation progressive et débouchent peu à peu sur la transformation voire le détournement et d’un arrangement d’un des articles du code des Francs Saliens en loi de succession du royaume.


De toutes les recherches de l’auteur, découle une nouvelle vision des choses. Plusieurs éléments sont mis en lumière. Tout d’abord, le nombre important de femmes qui, entre le VIe et le XVIIe siècle, ont exercé le « pouvoir suprême » et la longueur de leur règne, leur diversité : des origines les plus nobles aux plus modestes et cela malgré la loi salique. Autre élément important à prendre en compte : les femmes qui, à d’autres niveaux de la société, ont exercé une autorité forte : comtesses, héritières de domaines, abbesses, maîtresses de métiers féminins, artistes, femmes de lettres, veuves, etc... Enfin, les recherches de l’auteur révèlent l’existence, courte mais bien réelle, d’un consensus sur le partage du pouvoir. L’auteur précise que « consensus ne veut pas dire droit » et que bientôt, cette idée fut en net recul. La conduite des groupes ou des affaires « revenant sans conteste aux hommes ». L’auteur montre que les femmes ont résisté à cette évolution, elles ont tenté de conforter leur légitimité et cela depuis les Francs. Eliane VIENNOT évoque leur énergie et leur inventivité dans les périodes les plus difficiles où la loi salique était réactivée. Enfin, dernier élément mis en lumière : le groupe des partisans d’une société où le pouvoir et les affaires sont le fait des hommes selon un « ordre naturel ». L’auteur montre que l’histoire de France elle-même en a subi les conséquences avec des déformations visibles jusqu’au milieu du XXe siècle environ : peu ou pas d’évocation des reines ou des régentes, évocations très négatives contre le pouvoir féminin. Selon l’auteur, les grands principes de liberté et d’égalité issus de la Révolution n’ont pas vraiment changé les choses. Eliane VIENNOT précise que les femmes étaient encore absentes des manuels d’histoire il y a peu. Le développement de l’histoire des femmes depuis quelques années change progressivement les choses mais semble encore selon l’auteur, laisser à l’écart la question des rapports entre les femmes et le pouvoir.


L’ouvrage est important car il éclaire sur un point de notre histoire encore peu connu, très flou et dont on a du mal à imaginer la complexité. Eliane VIENNOT se livre ici à une étude très précise des évolutions de la loi salique au fil du temps. Cet ouvrage est le fruit d’un travail de recherche long et sérieux, il semble reposer sur des bases solides, des recherches poussées. Parfois, l’auteur semble prendre parti pour les femmes et le ton devient plus tranchant ; même si cela peut surprendre le lecteur au départ, il devient au fil de la lecture la preuve de l’implication très forte de l’auteur dans cet ouvrage et on se laisse prendre au jeu, avec la ferme intention de connaître la fin de l’histoire.

 

jeudi 9 août 2007, par Véronique Marie

 


Femmes dans la société (52)

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