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Faits Divers

Mort Robert Boulin - La piste de l’assassinat relancée par sa famille

Sandrine Briclot, le mercredi 28 octobre 2009 à 04:00

L’affaire empoisonne la justice française depuis trente ans, presque jour pour jour. Surtout, elle ronge une famille, minée par un postulat qu’elle a toujours réfuté : celui du suicide de Robert Boulin, ministre du Travail dans le gouvernement de Raymond Barre et sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, dans un étang de la forêt de Rambouillet (Yvelines), le 30 octobre 1979.

Ces trois dernières décennies, les Boulin n’ont eu de cesse de réclamer de nouvelles investigations policières. Hier, Fabienne Boulin-Burgeat, persuadée que son père a été assassiné, a demandé la réouverture du dossier sur la base de nouveaux témoignages.

Sept éléments – six témoignages et un refus de la CIA, les services secrets américains, de « déclassifier » le dossier – pourraient relancer les investigations sur la mort de Robert Boulin. C’est en tout cas ce qu’espèrent la fille de l’ancien ministre et son avocat, Me Olivier Morice.

Mardi, le conseil a annoncé qu’il s’apprêtait à saisir le procureur général de Paris, Laurent le Mesle, d’une demande de réouverture de l’enquête. Une requête à laquelle le haut magistrat s’était déjà refusé en octobre 1997. Cette fois, la famille de Robert Boulin fonde sa demande sur de nouveaux éléments, révélés hier sur les ondes de France Inter, et susceptibles, selon elle, d’accréditer la thèse de l’assassinat vers laquelle elle a toujours penché.

Ainsi, Jean Charbonnel, un ex-ministre gaulliste, serait prêt à dévoiler des confidences faites par Alexandre Sanguinetti, ancien membre influent du Service d’action civique (Sac), décédé en 1980. Selon sa fille Laeticia, en effet, son père aurait tenu des propos sur l’« assassinat » de Robert Boulin, victime d’ « un règlement de compte politique ».

Omerta

Autre témoignage-clé, celui d’un ancien assistant des médecins légistes qui ont réalisé la deuxième autopsie du corps de Robert Boulin. Ce collaborateur aurait assisté à l’expertise, en 1983, et évoquerait aujourd’hui une trace de « coup » derrière le crâne du ministre et la marque d’un « lien » au poignet.

Par ailleurs, un ancien policier, aujourd’hui conseiller national UMP dans la 3e circonscription de Vendée, affirme que son oncle, à l’époque infiltré dans le « milieu » et enterré depuis 1980, aurait assisté à l’assassinat du ministre.

En outre, un autre ancien fonctionnaire du service de police judiciaire de Versailles, chargé de l’enquête, assurerait « ne plus croire au suicide » de l’homme d’Etat. Enfin, un ex-entrepreneur aurait rapporté des propos tenus par un responsable du RPR, trois semaines avant la mort du ministre : « Boulin a cru que c’était arrivé. Le problème sera bientôt réglé. On n’en entendra plus parler ! »

Me Olivier Morice l’a martelé hier : « Il faudrait que l’omerta cesse sur cette affaire, il faudra arrêter de se masquer la réalité dans ce dossier. » Sauf que, jusqu’à présent, la justice n’a jamais jugé que les pièces rapportées au fil des ans par les proches de la victimes étaient susceptibles d’infléchir sa position.

Depuis juin 1983, date à laquelle la famille Boulin a déposé une plainte pour « homicide volontaire », estimant que Robert Boulin n’avait pu se noyer dans « 50 centimètres d’eau », les magistrats chargés de l’enquête sont allés de déconvenues en surprises. Scellés disparus, organes prélevés par l’Institut médico-légal détruits, corps embaumé illégalement, procès-verbaux douteux…

Le 20 septembre 1992, la juge Laurence Vichnievsky rend un non-lieu, qui sera confirmé l’année suivante par la chambre d’accusation de la cour d’appel de Paris.

Depuis, des documentaires télévisés, des ouvrages, des enquêtes journalistiques tentent de résoudre le «  mystère Robert Boulin ». Un dossier qui repose désormais, une nouvelle fois, sur le bureau du plus haut magistrat du Palais de Justice de Paris.

Trente années de mystères

Octobre 1979. Robert Boulin, ministre du Travail du gouvernement de Raymond Barre, est soupçonné d’avoir acquis, dans des conditions douteuses, deux hectares de garrigue à Ramatuelle (Var), en 1974. Une enquête est ouverte.


30 octobre. L’homme d’Etat, 59 ans, est retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet (Yvelines). Le jour même, le juge Renaud Van Ruymbeke avait demandé l’ouverture des comptes bancaires du ministre. Dans une lettre posthume, Boulin expliquerait son geste : « Je préfère la mort à la suspicion, encore que la vérité soit claire. » Officiellement, il s’est noyé dans 50 cm d’eau après avoir absorbé des barbituriques.


7 juin 1983. Plainte contre X pour homicide volontaire de la famille Boulin, qui estime que des éléments infirment la thèse du suicide.


16 novembre. Le corps du ministre est exhumé.


13 janvier 1984. La 2e autopsie révèle deux fractures non relevées en 1979, une du nez et une du maxillaire supérieur, résultant d’un « choc direct » ou d’une « chute sur une substance dure et contondante ». Aucune analyse médicale des poumons, qui aurait dû établir la noyade, n’est trouvée dans le dossier de 1979. Le corps avait par ailleurs été « embaumé » sans l’accord de sa famille.


18 novembre 1987. Le juge Yves Corneloup demande l’exhumation et l’autopsie des poumons, mais les organes, placés dans des bocaux et enterrés au cimetière de Thiais, sont introuvables après dix jours de recherches.

 

Avril 1988. Plainte de la famille pour destruction de preuve.

 

Septembre 1991. Un non-lieu clôt l’instruction pour homicide volontaire.


15 janvier 2002. Un reportage de Canal+ met à mal la thèse du suicide.


19 mars. Fabienne Burgeat-Boulin, la fille de l’ancien ministre, demande au procureur général de Paris la réouverture de l’enquête sur la mort de son père. De nouvelles auditions ont lieu.


18 avril 2007. Mme Burgeat-Boulin réclame une nouvelle instruction, affirme que de nouveaux éléments accréditent la thèse de l’assassinat et met en cause le SAC (service d’action civique), une organisation d’activistes gaullistes.


20 juin. Elle assigne l’ex-président Valéry Giscard d’Estaing pour la réédition d’un passage litigieux de son livre accréditant la thèse du suicide de son ministre du Travail en 1979.

 

21 juin. La fille de l’ancien ministre est reçue par le procureur général de Paris, Laurent Le Mesle, qui doit se prononcer sur une éventuelle réouverture du dossier.


16 octobre. Le procureur général de Paris Laurent Le Mesle décide de ne pas rouvrir l’enquête.

 

 Edition France Soir du mercredi 28 octobre 2009 page 2

 

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